Mon mari, Laurent, m’avait demandé de ne pas allaiter devant son père. Alors, quand le bébé a eu faim pour la première fois, je me suis levée pour aller dans une autre pièce. Je voulais respecter la volonté de mon mari, même si ça ne m’enchantait pas vraiment.
Mon beau-père, Bernard, a levé la tête et m’a demandé où j’allais. Je lui ai expliqué que je devais nourrir le bébé. Et cet homme – né en 1946, l’aîné d’une fratrie de neuf enfants, qui a grandi dans une ferme – m’a regardée et m’a sorti : « Si tu crois que je n’ai jamais vu ma mère allaiter mes frères et sœurs, tu es folle. Reste donc là. » Puis il m’a dit de me rasseoir.
Alors, je me suis rassise. J’ai donné le sein à mon bébé juste là, dans le salon, et mon beau-père n’a pas bronché. Il a été élevé dans l’après-guerre par une femme forte qui a allaité neuf gosses et qui n’avait absolument pas de temps à perdre avec des bêtises comme la pruderie. C’est un homme de la campagne. Il en a vu d’autres dans sa vie. Ce genre de chose ne le dérange pas du tout.
Laurent a attendu que son père aille se coucher. Et là, il a complètement explosé.
Il m’a reproché de l’avoir humilié. Il a dit que j’avais fait exprès de défier ses règles devant son propre père. Que je l’avais fait passer pour un faible en ignorant sa demande, comme si son avis ne comptait pour rien dans sa propre maison. Il m’a traitée de fille en manque d’attention. Que je voulais juste me « donner en spectacle » et que j’avais utilisé la présence de son père comme excuse pour n’en faire qu’à ma tête. Il m’a balancé en plein visage que j’étais une mauvaise épouse et une mère encore pire, parce que mon ego passait avant son bien-être.
Je lui ai répondu que son père ne s’était pas du tout senti mal à l’aise. Qu’après tout, c’était lui qui m’avait dit de rester assise !
Mon mari a rétorqué que ça n’avait aucune importance. Que j’aurais dû l’écouter lui, et pas son père. Il m’a dit textuellement : quand il me dit de faire un truc, je dois le faire, et si je ne le supporte pas, c’est que je n’ai peut-être pas ma place dans sa famille.
Je lui ai dit que j’avais juste nourri notre bébé. Il a répondu que j’aurais pu donner un biberon. Je lui ai rappelé que notre bébé n’a que trois semaines et qu’on doit encore trouver nos marques avec l’allaitement. Il m’a dit que ça, c’était mon choix et que je n’avais pas à l’imposer aux autres. Sa maison, ses règles, a-t-il lâché, et si je ne peux pas respecter ça, je n’ai qu’à me trouver un autre endroit pour nourrir notre fils, Léo.
Je l’ai regardé et j’ai eu une prise de conscience soudaine : cet homme est en train de me hurler dessus parce que j’ai allaité le petit-fils de son père sous les yeux de son père – à qui ça ne posait pas le moindre problème.
Vous en pensez quoi ? J’ai tort de me dire que mon mari est un macho autoritaire pour qui le pouvoir compte plus que tout le reste ? Ou est-ce qu’un homme qui exige de sa femme qu’elle aille se cacher dans une autre pièce pour allaiter, puis qui pique une crise de colère quand elle ne le fait pas, n’est tout simplement qu’un misogyne qui a enfin montré son vrai visage ?
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