— J’ai mal partout.
— Je sais aussi.
— Et si je retombe ?
Michel remit ses lunettes.
— Tu connais la suite.
Julien le détesta probablement un peu à cet instant.
Mais il se releva.
Il récupéra son casque.
Treizième essai.
Il parcourut quinze mètres.
Quatorzième.
Presque trente.
Au quinzième, il atteignit enfin le cône installé à l’autre bout du terrain.
Il tourna.
Revint.
Et s’arrêta sans tomber.
Michel ne cria pas bravo.
Il ne leva pas les bras.
Il lui fit simplement un petit signe de tête.
Mais moi, de mon bureau, j’avais vu son sourire.
À quatorze heures, Julien faisait des tours complets.
Sur le chemin du retour, Michel lui paya un jambon-beurre et une boisson dans une petite station routière.
Ils ne reparlèrent pas des douze chutes.
Pas ce jour-là.
Pendant des années, Julien n’en parla presque jamais.
Pour comprendre Michel, il faut connaître son propre père.
René Delmas était maçon.
Un homme courageux.
Travailleur.
Présent.
Et terriblement inquiet.
René avait eu Michel tardivement et l’avait élevé avec cette peur permanente qu’il puisse lui arriver quelque chose.
Petit, Michel ne pouvait pas grimper à un arbre sans entendre :
— Descends, tu vas tomber !
À vélo, son père courait derrière lui avec une main sur la selle.
À la piscine :
— Pas trop loin !
À l’école, René vérifiait chaque devoir.
À vingt ans, il téléphonait encore aux employeurs de son fils.
À vingt-trois ans, il l’accompagna à un entretien d’embauche.
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