Elle est venue pour un chaton, puis une vieille chatte a tout changé

J’étais venue pour prendre un chaton. Puis j’ai vu une vieille chatte poser son seul jouet devant moi, comme si elle essayait de se faire aimer.

J’avais décidé avant même d’entrer.

Je voulais un chaton.

Pas parce que je n’aimais pas les chats adultes. Je me disais juste que ce serait plus simple. Un chaton, c’est un début. Il n’a pas déjà toute une histoire derrière lui. Pas de mauvaises habitudes venues d’ailleurs. Pas de blessures qu’il faut deviner sans rien savoir.

C’est ce que je me racontais.

Mais au fond, la vraie raison était moins jolie.

À ce moment-là, j’avais déjà ma dose.

J’étais fatiguée. Des factures. Des soucis. Des mauvaises nouvelles. Fatiguée aussi de rentrer le soir dans un appartement tellement silencieux que j’entendais le frigo démarrer depuis ma chambre.

Je n’avais pas envie de quelque chose de compliqué en plus.

Je voulais petit. Je voulais doux. Je voulais un peu de léger.

Dans le refuge, ça sentait la javel, le linge propre et cette odeur chaude des animaux qu’on reconnaît tout de suite.

Une bénévole m’a accueillie avec gentillesse.

— Vous cherchez quoi ?

— Un chaton, j’ai répondu sans réfléchir.

Elle a hoché la tête.

— On en a plusieurs.

Elle m’a emmenée vers le fond. Puis je me suis arrêtée devant un box placé assez bas.

À l’intérieur, il y avait une chatte adulte, assise bien droite, avec un vieux nounours en peluche dans la gueule.

Elle ne miaulait pas.

Elle ne grattait pas.

Elle ne faisait pas de cinéma.

Elle regardait juste les gens passer.

Et dès que quelqu’un s’approchait, elle se levait, avançait doucement et posait le nounours devant la porte.

Comme un petit cadeau.

Comme si elle proposait ce qu’elle avait de plus précieux.

Je me suis arrêtée net.

La bénévole a suivi mon regard et son visage a changé tout de suite.

— Ce nounours, elle l’avait déjà quand elle est arrivée ici.

Je l’ai regardé de plus près. Une oreille presque arrachée, les coutures ouvertes, la bourre qui sortait sur le côté. Franchement, c’était le genre de truc qu’on jette sans y penser.

— Elle fait ça souvent ? j’ai demandé.

— Presque à chaque fois, m’a répondu la bénévole.

J’ai senti quelque chose se serrer dans ma poitrine.

— Pourquoi ?

Elle a pris une seconde avant de répondre.

— Sa famille l’a laissée. Après ça, elle s’est accrochée à ce jouet. Et puis elle a commencé à le poser devant les gens qui passent. Comme si elle croyait qu’en donnant ce qu’elle avait de mieux, quelqu’un finirait par vouloir d’elle.

Je n’ai pas su quoi dire.

Alors j’ai eu ce petit rire bête qui sort parfois quand quelque chose vous touche trop vite, trop fort.

La chatte a repris le nounours et a reculé un peu, comme si elle s’était trompée.

J’ai regardé du côté des chatons.

C’était quand même pour ça que j’étais venue.

Pour quelque chose de simple. De léger. De facile à aimer.

J’ai même fait quelques pas.

Puis quelqu’un est passé devant son box, a regardé à peine une seconde, et a continué sa route.

Aussitôt, elle s’est relevée et a reposé le nounours devant la porte.

C’est là que ça m’a attrapée.

Pas seulement parce qu’on l’ignorait.

Mais parce qu’elle recommençait quand même.

Parce qu’après avoir été laissée, elle trouvait encore la force d’espérer.

Et ça, je crois que c’est ce qui m’a bouleversée.

Je me suis dit qu’on fait ça, nous aussi, parfois.

Pas avec un jouet.

Mais avec notre patience. Notre gentillesse. Notre silence. Notre énergie.

On donne ce qu’on peut, parfois même ce qui nous coûte, en espérant que cette fois quelqu’un restera.

D’un coup, mon idée du petit animal “simple” m’a paru bien vide.

Je n’avais pas besoin de parfait.

J’avais besoin de vrai.

Je me suis accroupie devant le box.

La chatte est venue doucement, a posé le nounours entre nous, puis elle a levé les yeux vers moi.

Je n’ai pas pris le jouet.

J’ai juste posé ma main près de la porte.

— T’as pas besoin de faire ça, ma belle, j’ai murmuré.

La bénévole n’a rien dit.

Au bout d’un moment, j’ai levé la tête vers elle.

— Je prends celle-là.

Elle a souri tout de suite. Les yeux un peu brillants.

— J’espérais que vous diriez ça.

Ça fait maintenant deux ans.

Aujourd’hui, cette chatte dort sur mon lit comme si elle était chez elle depuis toujours. Elle me suit dans la cuisine le matin. Elle m’attend près de la porte quand je rentre. Je lui ai acheté plein de jouets neufs qui ne l’intéressent presque pas.

Parce que celui qui compte vraiment, c’est toujours ce vieux nounours.

Tous les soirs, elle le prend avec elle.

Toutes les nuits, elle dort avec la patte dessus.

Sauf qu’aujourd’hui, ce n’est plus une façon de se faire choisir.

C’est juste un vieux jouet qu’elle garde contre elle, dans une maison où elle n’a plus rien à prouver.

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