Il ouvre une vieille remise gelée… ce qu’il découvre serré dans un coin le bouleverse

Huit chiots grelottaient dans une remise gelée… mais ce qu’ils ont fait pour survivre a poussé leurs sauveteurs à prendre une décision inhabituelle.

— Ne les séparez surtout pas.

La vétérinaire avait à peine terminé sa phrase que le plus petit chiot se mit à trembler de nouveau.

Pas de froid, cette fois.

Son frère venait simplement d’être éloigné de quelques mètres pour être examiné.

Je m’appelle Julien Morel. J’avais quarante-trois ans lorsque cette histoire a commencé, un matin de février, dans la campagne bourguignonne, à une vingtaine de kilomètres de Dijon.

À cette époque, j’étais policier depuis près de dix-sept ans.

J’avais déjà répondu à toutes sortes d’appels : portes forcées, accidents, voisins inquiets, animaux perdus, maisons abandonnées.

Mais jamais je n’avais entendu un silence aussi inquiétant que celui de cette vieille remise.

L’appel était arrivé peu avant sept heures.

Une habitante d’un petit hameau avait entendu des gémissements derrière une maison inhabitée.

Elle disait les avoir remarqués pendant la nuit.

Au début, elle avait pensé à un chat.

Puis elle avait compris qu’il y avait plusieurs voix.

Et surtout, qu’elles devenaient de plus en plus faibles.

Lorsque je suis arrivé, les champs étaient encore blanchis par le gel.

Les clôtures en bois semblaient couvertes de verre.

Près du chemin, une femme m’attendait en bottes, emmitouflée dans un long manteau matelassé.

Elle s’appelait Madeleine Vasseur.

Elle avait soixante-douze ans, vivait seule depuis la mort de son mari et connaissait chaque maison du secteur.

— C’est derrière, m’a-t-elle dit. Près de la vieille grange.

Sa lampe de poche tremblait légèrement dans sa main.

— Vous avez entendu quelque chose ce matin ?

Elle a hoché la tête.

— Beaucoup moins qu’hier soir.

Cette réponse m’a inquiété davantage que si elle avait dit oui.

Nous avons traversé le jardin envahi d’herbes sèches.

La maison était vide depuis plusieurs mois. Les volets étaient fermés, la boîte aux lettres penchait et une gouttière battait doucement contre le mur.

Derrière se trouvait une petite remise en bois.

La porte tenait encore grâce à un vieux loquet rouillé.

Je me suis approché.

Plus aucun bruit.

Madeleine a murmuré :

— C’était là.

J’ai soulevé le loquet avec mes gants.

La porte s’est ouverte dans un grincement.

Une odeur d’humidité, de paille sale et de vieux carton est sortie de l’obscurité.

J’ai allumé ma lampe.

Une étagère cassée.

Des sacs vides.

Une caisse renversée.

Un morceau de toile de jute.

Puis quelque chose a bougé dans le fond.

Au début, je n’ai pas compris ce que je regardais.

On aurait dit une seule masse tremblante avec trop de pattes.

Puis une petite tête noire s’est levée.

Un museau blanc est apparu dessous.

Une oreille tachetée.

Une petite patte grise.

J’ai compté.

Une fois.

Puis encore.

Huit.

Huit chiots serrés les uns contre les autres.

Ils avaient peut-être deux mois.

Certains étaient noirs, d’autres fauves, gris ou blancs, avec des taches irrégulières.

Ils s’étaient entassés tellement fort qu’on distinguait à peine leurs corps.

Le plus grand avait posé son menton sur le dos d’une petite chienne beige.

Une chiotte tachetée dormait presque sous deux autres.

La plus petite était au milieu.

Je ne voyais d’elle qu’une patte qui tremblait.

Ils ne jappaient pas.

Ils n’en avaient plus l’énergie.

Un petit mâle avec une bande blanche sur le museau a essayé de gémir.

Le son ressemblait à un souffle.

Madeleine, derrière moi, a porté une main à sa bouche.

— Mon Dieu…

Je me suis accroupi.

— Doucement… Je suis là.

Le chiot au museau blanc a levé les yeux.

Puis, lorsque j’ai tendu la main, il a fait quelque chose que je n’ai jamais oublié.

Il n’est pas venu vers moi.

Il s’est enfoncé davantage contre ses frères et sœurs.

Comme si, même affamé, même épuisé, même gelé, il était convaincu que le seul endroit sûr au monde se trouvait au milieu d’eux.

C’est là que j’ai compris.

Ils avaient passé la nuit à se réchauffer les uns les autres.

Il n’y avait ni mère, ni nourriture, ni eau.

Seulement un carton aplati et un morceau de tissu humide.

Quelqu’un les avait laissés là.

Eux avaient fait ce qu’ils pouvaient.

Ils étaient devenus la couverture de leurs frères et sœurs.

J’ai appelé les services animaliers et une clinique vétérinaire de garde.

Puis j’ai retiré ma veste.

Lorsque j’ai essayé de prendre le premier chiot, les autres ont gémi.

Le deuxième a essayé de le suivre.

Le troisième s’est agrippé au tissu sous lui.

Je me suis arrêté.

Les séparer, même quelques secondes, semblait les paniquer.

Alors j’ai étalé ma veste sur le sol et j’ai glissé mes bras sous toute la portée.

Huit petits corps.

Huit ventres glacés.

Huit cœurs dont je sentais à peine les battements.

Je les ai enveloppés ensemble.

La plus petite a réussi à sortir son museau.

Elle l’a posé contre mon uniforme.

Son souffle était faible.

Mais présent.

— Je vous prends tous, ai-je murmuré.

Je ne sais pas pourquoi j’ai dit cela à voix haute.

Peut-être pour eux.

Peut-être pour moi.

Toujours est-il qu’en les serrant contre ma poitrine, leurs tremblements ont semblé diminuer légèrement.

Dans la voiture, je n’ai pas mis le chauffage à fond.

La vétérinaire au téléphone m’avait conseillé de réchauffer progressivement l’habitacle.

J’ai posé ma veste ouverte sur le siège passager.

Les huit chiots sont restés collés.

Madeleine se tenait près de la portière.

— Ils vont s’en sortir ?

Je voulais lui dire oui.

Je n’en savais rien.

— On va leur donner toutes leurs chances.

Quelques minutes plus tard, Claire Renaud est arrivée.

Elle travaillait pour le service animalier du secteur.

Quarante ans, cheveux roux cachés sous un bonnet, visage marqué par les hivers passés dehors.

Elle a ouvert la portière.

Son expression a changé immédiatement.

— Les huit étaient comme ça ?

— Oui.

— Pas de mère ?

— Rien.

Elle a observé le groupe.

— On ne les sépare pas pendant le transport.

C’était exactement ce que j’espérais entendre.

Elle a sorti un grand sac isolant, plusieurs serviettes propres et une couverture thermique.

Nous avons déplacé les huit en même temps.

Chaque fois qu’un chiot glissait légèrement à l’écart, il gémissait et les autres cherchaient à se rapprocher.

Claire a secoué la tête.

— Ils se sont probablement maintenus en vie comme ça toute la nuit.

Nous avons rejoint la clinique.

La vétérinaire de garde s’appelait Sophie Lambert.

Une femme d’une cinquantaine d’années, calme, précise, avec cette manière de parler qui rassure avant même qu’on comprenne pourquoi.

Elle nous attendait avec son assistant, Hugo.

Des tapis chauffants avaient été installés.

Des couvertures.

Des seringues d’alimentation.

De l’eau.

Du matériel d’examen.

Sophie a soulevé un coin de la serviette.

— Gardons-les ensemble autant que possible.

Je me suis rendu compte que nous étions déjà trois à avoir compris la même chose.

L’examen a duré longtemps.

Les chiots étaient déshydratés, affamés et très refroidis.

Heureusement, aucun n’avait de fracture.

Quelques coussinets étaient irrités.

Deux toussaient légèrement.

Mais la plus petite avait une température tellement basse que Sophie n’a rien dit pendant plusieurs secondes.

Elle l’a replacée immédiatement entre deux chiots plus grands.

— Elle a besoin de leur chaleur.

Claire a soufflé :

— Heureusement que Madame Vasseur a appelé.

Je regardais la petite chienne.

— Ils ont été trouvés. Ce n’est pas exactement la même chose qu’avoir eu de la chance.

Sophie a hoché la tête.

Au moindre examen individuel, le comportement se répétait.

Un chiot éloigné de la portée commençait à pleurer.

Les autres cherchaient sa voix.

La plus petite, malgré sa faiblesse, essayait même de ramper vers ceux qui gémissaient.

Vers midi, ils étaient plus stables.

Dans l’après-midi, certains ont réussi à manger.

Le soir, les huit dormaient dans un grand parc chauffé.

Toujours empilés.

La différence, c’est que cette fois, ils dormaient sur des couvertures propres.

Au chaud.

Avec des humains à proximité.

Je suis resté devant la vitre plus longtemps que nécessaire.

Mon collègue Thomas m’a rejoint avec deux cafés.

— Tu sais que tu as un problème ?

— Je travaille sur une affaire.

— Non.

Il m’a tendu le gobelet.

— Tu es déjà en train de leur donner des prénoms.

Je n’ai pas répondu.

Parce qu’il avait raison.

Le lendemain, la clinique avait besoin de noms pour les dossiers.

Le petit mâle au museau blanc est devenu Vasco, parce qu’il était toujours le premier à lever la tête lorsqu’une personne entrait.

La femelle beige qui dormait contre lui est devenue Maya.

Le gros chiot noir, deux fois plus lourd que la plus petite, a reçu le nom de Gaston.

Claire a baptisé la petite chienne Plume.

— Parce qu’elle ne pèse presque rien.

Le mâle gris et blanc est devenu Nuage.

La femelle tachetée, Poppy.

Un chiot brun avec une seule oreille noire a été appelé Biscotte après s’être endormi le museau dans sa gamelle.

La dernière, une femelle noire et feu, très silencieuse, est devenue Alma.

Huit noms.

Vasco.

Maya.

Gaston.

Plume.

Nuage.

Poppy.

Biscotte.

Alma.

Huit raisons supplémentaires de retourner à la clinique.

L’enquête avançait moins vite.

Madeleine avait aperçu un vieux véhicule clair près de la maison la veille au soir, mais elle n’avait pas distingué la plaque.

Nous avons photographié les traces de pneus.

Cliquez sur le bouton ci-dessous pour lire la suite de l’histoire

Retour en haut