Le chien grognait contre chaque passant… jusqu’à ce qu’une policière regarde sous ses pattes

Il le prit dans sa gueule.

Puis il le déposa sans le manger.

Et regarda la grille.

J’ai touché doucement le bout de son collier.

Ses muscles se contractèrent.

Mais il ne tourna pas les dents vers ma main.

Avec Élodie, nous avons commencé à le déplacer latéralement.

À peine quelques centimètres.

Lorsque le crochet de Julien toucha le métal, le chien retomba immédiatement.

Nous nous sommes arrêtés.

Les pompiers entourèrent alors leurs outils de tissu afin qu’ils ne claquent plus contre la grille.

Élodie étendit une couverture.

Nous recommençâmes.

Cette fois, lorsque le chien aperçut qu’une planche rigide couvrait immédiatement la petite zone libérée par son corps, il accepta de bouger.

Douze centimètres.

Puis vingt.

Enfin, il se retrouva entièrement sur la couverture.

Il ne tenta pas de fuir.

Il se tenait contre ma jambe, tremblant de fatigue, pendant que les pompiers plaçaient leurs crochets.

Julien me regarda.

— On y va ?

J’ai gardé une main sur le collier.

Pas pour immobiliser le chien.

Pour l’empêcher de se jeter de nouveau sur la grille.

— Doucement.

Le métal monta de quelques millimètres.

Une explosion de petits cris monta du noir.

Le chien referma la bouche.

Pour la première fois de toute la matinée, il ne grogna plus.

La grille était extrêmement lourde.

Les pompiers la soulevèrent progressivement, glissant des cales de bois sous le cadre.

Une lampe fut dirigée vers l’ouverture.

Personne ne parla.

À environ un mètre vingt sous le trottoir, une étroite corniche en béton longeait la paroi du conduit.

Elle était humide et couverte d’algues.

Plus bas, l’eau de pluie s’écoulait vers la rivière.

Sur cette corniche étaient serrés huit minuscules canetons.

Jaunes et bruns.

À peine âgés de quelques jours.

Sept restaient collés contre la paroi.

Le huitième se tenait trop près du bord.

Chaque fois qu’un véhicule lourd passait dans la rue, la structure vibrait et ses petites pattes glissaient.

J’ai immédiatement compris.

Les centaines de chaussures.

Les roues des chariots.

Les vibrations.

Le chien avait couvert l’ouverture avec son propre corps pour empêcher les gens d’ajouter leur poids à la grille.

La foule derrière le périmètre devint silencieuse.

Tous les téléphones étaient encore levés.

Mais personne ne commentait plus.

Les pompiers ne pouvaient pas simplement descendre.

Le passage était trop étroit, et une personne mal positionnée risquait de pousser les canetons dans le courant.

Ils commencèrent par installer deux petits filets de sécurité plus bas dans le conduit.

Si l’un des oiseaux tombait, il serait arrêté avant d’être entraîné.

Cela prit onze minutes.

Le chien observa chaque geste.

Une botte toucha le cadre métallique.

Il grogna une fois.

La botte recula.

Il se tut.

— Il continue à nous donner les consignes, souffla Élodie.

Le premier caneton remonta dans la main gantée de Julien.

Il tenait entièrement dans sa paume.

Son ventre était humide et ses petites pattes pédalaient dans le vide.

Le chien se dressa.

Julien descendit sa main suffisamment bas pour que l’animal puisse sentir le caneton.

Le museau gris effleura le gant.

Les oreilles du chien se relâchèrent.

Sa queue balaya une fois la couverture.

Le caneton fut placé dans une caisse garnie de serviettes tièdes.

Puis vint le deuxième.

Le troisième.

Le quatrième.

Le chien reniflait chaque nouveau survivant.

Au cinquième, ses jambes commencèrent à céder.

Élodie l’obligea doucement à rester couché.

Mais il gardait la tête tournée vers l’ouverture.

Le sixième caneton était coincé derrière un morceau de béton.

Un pompier dut s’allonger à plat ventre pendant que ses collègues le retenaient par les jambes.

Il essaya une première fois.

Rien.

Une deuxième.

Sa main ressortit avec un caneton tremblant autour de la patte duquel s’était enroulé un petit filament de plastique.

Élodie le coupa délicatement.

Sept.

Il en restait un.

Et le dernier avait cessé d’appeler.

C’est cela qui alarma le chien.

Il se redressa brusquement.

Passa devant mon genou.

Posa une patte sur le rebord de béton.

Puis tourna la tête vers une petite ouverture située sous le bord du trottoir.

Julien orienta sa lampe.

Quelque chose de jaune bougea.

Le huitième caneton avait quitté la corniche.

Il avançait dans un conduit latéral.

Encore quelques centimètres et personne ne pourrait plus l’atteindre.

Le chien aboya deux fois.

Le caneton s’immobilisa.

Était-ce à cause du bruit ?

De la lumière ?

De l’épuisement ?

Je n’en sais rien.

Mais il s’arrêta assez longtemps.

Le pompier glissa un petit filet souple.

Puis il le ramena.

Le huitième caneton était dedans.

Ses yeux restaient fermés.

Une aile tombait légèrement plus bas que l’autre.

Élodie posa deux doigts contre son petit corps.

— Il respire.

La queue du chien frappa ma chaussure.

Lorsque le dernier caneton fut placé sous une serviette chaude, les cris reprirent progressivement.

Faibles d’abord.

Puis plus nombreux.

Le chien se leva.

Il renifla chaque ouverture de la caisse.

Son museau s’arrêta longtemps à l’endroit où reposait le dernier caneton.

Puis il se détourna.

Quelqu’un commença à applaudir.

D’autres suivirent.

Le chien sursauta.

Il recula immédiatement vers la grille.

— Stop !

J’ai levé la main.

Les applaudissements cessèrent.

Le silence revint.

Élodie lui proposa encore du poulet.

Cette fois, il avala un morceau.

Puis un deuxième.

Ensuite, quelque chose d’étrange se produisit.

Il contourna la caisse.

Regarda vers les quais.

Tira doucement sur sa longe.

Nous pensions qu’il voulait fuir la foule.

Nous nous trompions.

Il parcourut une dizaine de mètres.

S’arrêta.

Regarda derrière lui.

Puis aboya une fois.

Je fis quelques pas vers lui.

Il repartit.

Je m’arrêtai.

Il s’arrêta aussi.

Derrière nous, huit canetons appelaient.

Le chien les regarda.

Puis regarda de nouveau vers la rivière.

— Il veut qu’on le suive, ai-je dit.

Élodie hésita.

— Il est épuisé.

Un pompier souleva la caisse.

Le chien repartit immédiatement.

Nous venions de terminer le sauvetage que tout le monde était venu regarder.

Mais le chien semblait savoir que ce n’était que la moitié de l’histoire.

Nous avons avancé en petit groupe vers les quais.

Le chien marchait lentement.

Sa patte arrière droite boitait légèrement, probablement à cause du coup dont témoignait la marque sur son flanc.

À chaque arrêt, il vérifiait que la caisse suivait.

Puis il repartait.

Après plusieurs rues, il descendit vers un ancien débouché d’évacuation donnant sur la Saône.

Il s’arrêta près d’une barrière.

En contrebas, une cane nageait en cercles serrés près de l’ouverture du conduit.

Elle appela.

Huit petites voix répondirent depuis la caisse.

La cane changea immédiatement de direction.

Elle nagea vers nous.

Le chien aboya une seule fois.

La mère se rapprocha encore.

C’était cela qu’il essayait de nous montrer.

Les canetons avaient probablement suivi leur mère sur le trottoir pendant la nuit.

Elle avait franchi la grille.

Eux étaient tombés entre les barreaux.

Incapable de les rejoindre, elle avait ensuite suivi le trajet du conduit jusqu’à son débouché dans la rivière.

Elle pouvait entendre ses petits.

Mais pas les atteindre.

Le chien, lui, avait vu dans quelle direction elle était partie.

Voilà pourquoi, entre deux appels des canetons, il regardait toujours vers la rivière.

Une soigneuse spécialisée dans la faune sauvage nous rejoignit.

Elle examina les huit petits.

Sept étaient surtout froids et épuisés.

Celui dont la patte avait été prise dans le plastique devait recevoir quelques soins.

Le dernier présentait une contusion à l’aile, sans fracture apparente.

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