Le colis volé, la plainte et le garçon qui a choisi de réparer

Est-ce que j’ai tort d’avoir dénoncé un lycéen pour avoir volé mon colis à 1200 euros, ce qui lui a fait perdre sa bourse d’études ?

J’ai commandé un ordinateur portable pour mon travail. 1200 euros. J’ai économisé pendant six mois. Il a été livré pendant mes heures de travail. J’ai une caméra de sécurité à l’entrée. L’image est d’une clarté absolue.

Le fils des voisins, Charles, un gamin de dix-sept ans, a remonté mon allée, a attrapé le carton et est reparti en courant avec, sous le bras. J’ai tout sur la vidéo. On le voit regarder directement l’objectif avant de le prendre.

Je suis d’abord allé voir ses parents. J’ai frappé à leur porte et je leur ai montré la vidéo. Je leur ai dit que je voulais juste récupérer l’ordinateur, ou l’argent, et que je n’irais pas plus loin. Sa mère a regardé les images et a dit : « C’est un bon garçon qui traverse une mauvaise passe. Vous ne savez pas ce qu’il a vécu. »

Son père m’a dit que je faisais toute une histoire pour « un simple carton livré sur internet » et m’a accusé de m’en prendre à leur fils par pur préjugé. Je leur ai répété que ça valait 1200 euros et que j’en avais absolument besoin pour mon job. Ils m’ont claqué la porte au nez.

J’ai réessayé deux fois. Je leur ai envoyé des SMS. J’ai demandé poliment. Ils ont lu mes messages sans jamais répondre. Puis, sa mère m’a envoyé un texto disant que je devais « faire preuve d’un peu d’indulgence » et arrêter de harceler sa famille. Harceler. Juste parce que je demandais à récupérer mon propre bien.

Après six mois à être ignoré, bloqué et traité comme si c’était moi le délinquant parce que je voulais mon ordi, j’ai porté plainte au commissariat. Je n’avais aucun autre moyen d’obtenir un remplacement. L’assurance ne couvrait rien sans dépôt de plainte. Mon travail en pâtissait car je n’avais pas le matériel nécessaire.

Six mois plus tard, la police a terminé son enquête. Ils ont interpellé Charles. Il a été mis en examen pour vol aggravé. Comme il a dix-sept ans, cela a tout remis en cause pour les écoles supérieures qui l’avaient accepté. Les bourses d’excellence qu’il avait réussi à obtenir ont été annulées.

Maintenant, tout le quartier fait exploser mon téléphone. Ses parents publient sur les groupes locaux que j’ai ruiné l’avenir d’un enfant pour « une stupide livraison ». Des gens laissent des mots sur mon pare-brise pour me dire que je devrais avoir honte.

Les parents racontent à tout le monde que j’ai préféré 1200 euros à la vie entière d’un gamin. Ils ne mentionnent jamais qu’ils ont eu six mois pour arranger les choses. Ils ne disent pas qu’ils m’ont accusé d’avoir des préjugés et m’ont fermé la porte au nez plutôt que de dire à leur fils de rendre l’objet.

Même le policier qui a pris ma plainte m’a dit en off que j’aurais dû laisser tomber, qu’une mention au casier judiciaire allait gâcher la vie de ce gamin pour toujours, et que j’aurais dû y penser avant de faire ma déposition.

Mais j’y ai pensé. Pendant six mois. Pendant que je mangeais des nouilles instantanées tous les jours parce que je n’avais pas les moyens de racheter un ordinateur dont j’avais besoin pour bosser. Pendant que ses parents me riaient au nez et couvraient un voleur.

Est-ce que j’ai tort ?

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