Élise siffla deux fois.
Le saint-bernard s’assit immédiatement.
La grille céda.
L’eau tomba dans le conduit avec un bruit profond.
Nous avons descendu la caméra.
L’image disparut sous le ruissellement.
Des feuilles tournaient devant l’objectif.
Puis une forme claire heurta la paroi.
Le troisième chiot.
Plus petit que les autres.
Couleur crème, avec une oreille sombre.
Le courant le poussait contre une jonction de deux tuyaux.
Toutes les quelques secondes, sa tête passait sous l’eau.
Impossible d’envoyer quelqu’un.
Le tuyau faisait à peine soixante centimètres.
Et l’eau montait toujours.
Lucas proposa l’épuisette.
Élise secoua la tête.
— Elle va se retourner avec le courant.
C’est alors que le saint-bernard s’écarta.
Il se mit à tirer sur quelque chose coincé près d’une palette.
Un ancien câble électrique.
Il le mordit, recula et le traîna jusqu’aux pieds d’Élise.
Au début, j’ai pensé qu’il perdait le contrôle.
Puis il lâcha le câble devant elle.
Pas devant moi.
Devant la personne qui portait le harnais de secours.
Élise le regarda.
— Tu veux une corde ?
Le câble était inutilisable.
Mais l’idée était bonne.
Lucas prit une corde fine.
Nous fabriquâmes une boucle rembourrée et la fixâmes à une longue perche.
Le chiot disparut sous la surface.
Le saint-bernard aboya.
Une fois.
Élise descendit la boucle.
Premier essai.
Raté.
La corde se coinça sur une vis.
Deuxième essai.
La boucle passa sur le dos du chiot.
Le chien se plaça de l’autre côté de la grille.
Il baissa la tête.
Puis émit trois petits sons, très courts.
Pas ses aboiements habituels.
Le chiot remua une oreille.
Puis une patte.
Élise dirigea la perche vers ce mouvement.
La boucle passa sous une patte avant.
Puis autour du poitrail.
— Maintenant !
Nous avons tiré.
Le courant résistait.
Le petit corps heurta une paroi.
Disparut.
Puis réapparut juste sous l’ouverture.
Élise se pencha jusqu’à l’épaule.
Lucas la tenait par la ceinture.
Je tenais Lucas.
Le chien avait posé ses deux pattes avant au bord.
Élise attrapa la corde.
Puis le chiot.
Elle le souleva.
Le corps était mou.
Claire arriva en courant.
Mais le saint-bernard avait déjà touché le chiot.
Deux coups de langue sur le visage.
Le museau sous la mâchoire.
Puis, dès que Claire s’agenouilla avec son matériel, il recula.
Encore ce même comportement.
Approcher.
Vérifier.
Libérer l’espace pour l’humain.
Claire frotta le chiot avec une serviette.
Élise plaça un petit masque de ventilation sur son museau.
Dix secondes.
Vingt.
Je regardais sa poitrine.
Rien.
Le saint-bernard se tenait derrière Claire.
Sa mâchoire inférieure tremblait.
Trente secondes.
Puis le chiot inspira brutalement.
Ses pattes se raidirent.
Un cri presque inaudible sortit sous le masque.
Le saint-bernard s’assit si vite qu’une gerbe d’eau éclaboussa son ventre.
Lucas se détourna et posa les deux mains contre le mur.
Claire sourit.
— Trois. On les a tous les trois.
Quelqu’un le répéta à la radio.
Trois.
Tous les trois.
Le chien, pourtant, ne semblait pas considérer son travail terminé.
Il revint vers la grille.
Écouta.
Puis contrôla la bouche d’égout précédente.
Et celle d’avant.
Puis la première grille près du trottoir.
Il vérifia les quatre ouvertures.
Une par une.
Ce n’est qu’après cela qu’il revint vers les chiots.
Claire les installa dans un grand bac tapissé de couvertures et de poches chauffantes.
Le chiot noir rampait déjà sur les autres.
Le brun toussait encore.
Le petit crème respirait vite et difficilement.
Nous pensions que le saint-bernard allait immédiatement les rejoindre.
Mais il attendit à distance.
Claire lui fit signe.
— Viens les voir.
Seulement alors, il approcha.
Il renifla chaque petit de la tête à la queue.
Puis posa son menton sur le bord du bac, près du chiot crème.
Un photographe arrivé après avoir entendu parler du sauvetage leva son appareil.
Le saint-bernard se plaça entre l’objectif et les petits.
Claire demanda au photographe de reculer.
Le chien ne bougea qu’après le départ des chiots vers la clinique vétérinaire de garde.
Quand on voulut le faire monter dans un compartiment séparé du véhicule, il refusa.
Il ne grogna pas.
Il ne mordit pas.
Il se coucha simplement près de la roue arrière.
Cent vingt kilos de chien mouillé.
Deux adultes ne réussirent pas à le déplacer.
J’ai ouvert la porte latérale pour qu’il voie le bac.
Il s’est levé aussitôt.
Et il est monté.
Pendant le trajet, il ne s’est jamais couché.
Il restait debout dans les virages, le corps appuyé contre le bac pour empêcher les chiots de glisser.
À la clinique, les trois petits furent immédiatement emmenés en soins.
Le saint-bernard voulut les suivre.
Une assistante ferma la porte.
Alors il se coucha en travers.
Comme devant la bouche d’égout.
La pluie s’était arrêtée.
Mais pour lui, la recherche continuait.
Le personnel l’appela immédiatement « Maman ».
Cela semblait logique.
Il avait protégé les chiots.
Il avait suivi leurs déplacements sous la rue.
Il se plaçait entre eux et les inconnus.
La vétérinaire, le docteur Marion Lefèvre, commença par l’examiner.
Environ sept ans.
Un poids bien inférieur à ce qu’il aurait dû être.
Des coussinets fissurés.
Des griffes usées de façon irrégulière.
Une cicatrice de dix centimètres près de l’épaule droite.
Et cette sangle orange.
Ce n’était pas un collier.
C’était le reste d’un harnais.
Quelqu’un l’avait coupé.
Marion examina son ventre.
Puis recommença.
— Ce chien n’allaite pas.
Claire regarda vers la pièce des chiots.
— Peut-être qu’ils ont été séparés plusieurs jours ?
Marion secoua la tête.
— Non. Elle a été stérilisée il y a longtemps.
Tout le monde se tut.
Le saint-bernard ne pouvait pas être leur mère.
Nous avions interprété toute son attitude à travers cette idée.
Il avait risqué sa vie pour trois chiots qui n’étaient même pas les siens.
Le noir et le brun se stabilisèrent rapidement.
La petite crème avait inhalé beaucoup d’eau.
Les prochaines heures seraient décisives.
Le saint-bernard refusa de manger.
On lui proposa une gamelle.
Il la renifla à peine.
Puis un soigneur ramena le bac contenant les trois chiots dans la pièce.
Le chien mangea.
Debout.
Sans quitter la petite crème des yeux.
Ma fille Léa arriva vers 20 heures.
Elle avait seize ans.
Depuis six ans, elle me demandait un chien.
Depuis six ans, je répondais non.
— On la ramène à la maison, déclara-t-elle.
— Elle appartient peut-être à quelqu’un.
Léa désigna la sangle déchirée.
— Alors il faut déjà retrouver cette personne.
Avant que je puisse répondre, Claire entra avec son téléphone.
Une petite supérette située près de l’atelier possédait une caméra tournée vers la ruelle.
Le gérant avait reconnu le chien sur les images diffusées dans le quartier et avait transmis les enregistrements des onze nuits précédentes.
Le premier datait du 7 juillet.
À 1 h 13, le saint-bernard entra dans la ruelle avec une boîte alimentaire écrasée dans la gueule.
Il la posa près de la grille.
Puis recula.
Une chienne bringée, très maigre, apparut derrière une clôture endommagée.
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