Oscar fit six pas dans la salle de soins.
Au septième, il posa davantage de poids sur la gauche.
S’arrêta.
Regarda son pied.
Puis continua.
Tout le monde pensait alors que le plus difficile était terminé.
Trois matins plus tard, Claire entra dans l’infirmerie et remarqua immédiatement quelque chose.
La patte regonflait.
Pas autant qu’avant.
Mais suffisamment.
Entre les mêmes doigts.
Oscar raccourcissait ses pas.
À midi, il recommença à lever le pied.
Le docteur Lefèvre l’examina sans attendre.
Pas de fièvre.
Pas de perte d’appétit.
Pas de plaie visible.
Le traitement avait été donné correctement.
Une nouvelle échographie fut réalisée.
Et cette fois, l’écran montra une deuxième ligne brillante.
Plus petite.
Plus profonde.
À quelques millimètres du premier trajet.
Le docteur Lefèvre resta silencieuse un instant.
Puis elle soupira.
Le morceau retiré avait probablement cassé avant son arrivée au refuge.
Un second fragment était resté caché dans une branche étroite du trajet sous-cutané.
La première intervention avait retiré la plus grande partie du problème.
Pas toute la cause.
Oscar retourna en salle de soins.
Mais cette fois, beaucoup de choses étaient différentes.
Il connaissait le tapis.
Il reconnaissait les petits tapotements avant qu’on touche sa patte.
Il connaissait Claire.
Il trembla lorsque la tondeuse démarra.
Mais ne se plaqua pas contre le sol.
Sous légère sédation, le docteur Lefèvre réussit à retrouver le deuxième fragment.
Moins d’un centimètre.
Barbelé.
Caché plus profondément.
Il n’avait atteint ni l’os ni le tendon.
La zone fut de nouveau nettoyée.
Un autre prélèvement réalisé.
Et le bandage remis.
Lorsque Oscar se réveilla, il ramena immédiatement la patte contre sa poitrine.
Claire attendait à l’extérieur.
Il ne vint pas vers elle.
Une minute passa.
Puis cinq.
Puis dix.
Claire resta assise.
Au bout d’un long moment, Oscar se redressa.
Avança sur trois pattes.
Posa très délicatement le pied bandé au sol.
Puis amena son museau contre les barreaux, juste à côté de la main de Claire.
Quelque chose avait changé.
La douleur était revenue.
Mais personne n’était parti.
Les deux semaines suivantes furent volontairement sans événement.
Pas de grande promenade.
Pas d’effort inutile.
Chaque matin, la patte était mesurée au même endroit.
Chaque soir, les soigneurs notaient la façon dont Oscar se levait, mangeait et réagissait lorsqu’on l’approchait.
Car Oscar criait rarement.
Même au plus fort de son infection, il n’avait presque jamais gémi.
Il fallait donc apprendre à lire autre chose.
Son museau qui se contractait.
Son oreille entaillée qui s’aplatissait.
Le temps qu’il gardait la patte levée.
La vitesse à laquelle il acceptait une friandise.
Au sixième jour, il mangea pendant le changement de bandage.
Une semaine plus tard, il fit dix pas en posant son pied.
Puis traversa tout le couloir.
Il continuait cependant à s’arrêter devant les seuils métalliques.
Claire ne tirait jamais sur la laisse.
Elle traversait.
Puis attendait.
Oscar regardait ses chaussures.
Reniflait le sol.
Et choisissait le moment où il avançait.
Au bout de quatre semaines, l’échographie ne montra plus ni fragment ni poche de liquide.
Les deux pattes avant avaient presque la même largeur.
Oscar fut autorisé à faire de plus longues promenades sur sol sec.
L’herbe haute, elle, restait interdite.
C’est alors que Claire proposa de l’accueillir temporairement chez elle.
Elle habitait dans une petite maison en périphérie de Vienne, avec une cour simple et un chemin en gravier.
Avant son arrivée, elle coupa toutes les herbes sèches et vérifia chaque coin du jardin.
Elle installa des tapis antidérapants dans le couloir.
Un panier bas.
Des gamelles stables.
Et une barrière permettant à Oscar de disposer d’une pièce calme sans être enfermé derrière une porte pleine.
Le premier soir, Oscar resta longtemps près de l’entrée.
Il observait les pieds de Claire chaque fois qu’elle changeait de pièce.
Lorsqu’elle s’arrêta près de son panier, il avança lentement la patte gauche.
Jusqu’à toucher sa chaussure.
Il n’y avait plus de porte entre eux.
La convalescence chez Claire dura encore plusieurs semaines.
Au début, Oscar ne marchait que cinq minutes sur un trottoir propre.
Après chaque sortie, elle regardait entre chacun de ses doigts.
Rougeur.
Chaleur.
Petite graine.
Douleur.
Tout était vérifié.
Sa démarche s’améliora plus vite que son comportement.
Physiquement, il pouvait rapidement poser tout son poids sur la patte.
Mais un bruit de pas brusque dans le couloir suffisait encore à le faire se coucher.
Et lorsqu’une personne s’approchait trop rapidement, il levait parfois son antérieur gauche.
Comme avant.
Claire comprit que le geste n’exprimait plus toujours de la douleur.
Parfois, c’était de la peur.
Parfois, une demande de distance.
Elle ne prenait jamais sa patte pour lui prouver qu’elle était guérie.
Elle s’arrêtait.
Se tournait légèrement.
Attendait qu’il la repose lui-même.
Lors du contrôle suivant, les deux antérieurs avaient exactement la même largeur.
Oscar avait repris du poids.
Les tissus cicatrisaient normalement.
Le docteur Lefèvre conseilla néanmoins à Claire de photographier les deux pattes une fois par semaine, toujours dans les mêmes conditions.
Le même carrelage.
La même distance.
La même lumière du matin.
Oscar apprit vite cette routine.
Il reniflait la serviette.
Restait debout quelques secondes.
Puis recevait une croquette.
Au début, dès que Claire approchait son téléphone, il levait la patte gauche.
À la quatrième semaine, il la laissa au sol.
Peu à peu, le poil repoussa entre ses doigts.
Et surtout, le beagle commença enfin à se comporter comme un beagle.
Il mettait son nez partout.
Il suivait l’odeur du petit-déjeuner d’une pièce à l’autre.
Il inspectait chaque sac de courses.
Chaque carton.
Chaque feuille rapportée sous les chaussures.
Pendant les promenades, son museau restait presque collé au sol.
Un après-midi, quelqu’un sonna à la porte.
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