Suis-je en tort d’avoir empêché ma femme d’imposer à notre fille de 13 ans une fête pour ses premières règles alors qu’elle l’avait suppliée de ne pas le faire ?
Ma femme et moi avons deux filles, avec huit ans d’écart. L’aînée a 21 ans et a quitté la maison pour ses études à la fac. La plus jeune a 13 ans. Elles sont complètement différentes. L’aînée est très sociable, extravertie, elle adore être le centre de l’attention. La cadette est timide, plutôt casanière et déteste être mise en avant. C’est le genre d’enfant qui pleure avant les goûters d’anniversaire parce qu’elle ne veut pas que tout le monde chante pour elle.
Il y a quelques mois, ma fille de 13 ans est entrée dans mon bureau en bafouillant, complètement paniquée. Elle venait d’avoir ses premières règles. Je l’ai rassurée, je lui ai donné les serviettes hygiéniques que ma femme avait achetées plus tôt dans l’année, on a regardé ensemble comment s’en servir, je lui ai ramené de la glace et des antidouleurs, et je lui ai dit qu’il n’y avait pas de quoi avoir honte et qu’elle pouvait toujours m’en parler.
Quand ma femme est rentrée, notre fille lui a raconté ce qui s’était passé. Ma femme s’est tout de suite mise à pleurer en disant que son bébé grandissait. Puis elle a demandé qui on devait inviter pour fêter ça. Le visage de ma fille s’est décomposé. Elle a dit qu’elle n’en voulait pas. Elle ne voulait que personne ne le sache. Ma femme a insisté lourdement. Ma fille l’a ignorée et est partie dans sa chambre. Ma femme a essayé de me convaincre de la faire changer d’avis. Je lui ai répondu que notre fille avait dit non, et qu’il fallait laisser tomber.
Deux jours plus tard, je suis rentré après avoir fait quelques courses. Avant même que je puisse monter l’escalier, ma fille a couru vers moi et m’a demandé si elle pouvait faire ses devoirs dans mon bureau. Elle ne demande jamais ça d’habitude. Elle a filé à l’étage. Je suis entré dans le salon et ma femme l’avait décoré comme dans une émission de télé-réalité. Des ballons. Des banderoles. Il y avait des amies de la famille et des voisines assises là, en train de patienter. Elle avait invité du monde pour célébrer les premières règles de notre fille, contre sa volonté expresse.
J’ai pris ma femme à part dans le couloir. Elle a essayé de me contourner pour aller chercher notre fille. Je lui ai barré la route. Je lui ai demandé ce qu’elle fabriquait. Elle m’a sorti que notre fille ne pensait pas vraiment ce qu’elle disait quand elle avait refusé. Que c’était un truc « entre femmes » et que je ne pouvais pas comprendre. Que notre fille devait apprendre à ne pas avoir honte de son corps.
Je lui ai répondu que notre fille n’avait pas honte. Elle était informée. Elle gérait la situation. Elle n’avait juste pas envie d’en parler devant un public. Ma femme a rétorqué que ce n’était de toute façon pas à moi de lui en parler. Je lui ai rappelé qu’elle était au travail et que notre fille était en panique. J’étais censé l’ignorer pendant quatre heures ? Ma femme a dit que j’aurais pu l’appeler. J’ai répondu qu’elle aurait mis une heure à rentrer et que notre fille avait besoin d’aide sur le moment.
Elle a encore essayé de me bousculer pour passer. Je n’ai pas bougé. Je lui ai dit non. Notre fille ne veut pas de ça, et je ne te laisserai pas la forcer.
Ma femme est retournée dans le salon et a dit aux autres femmes que la fête était annulée parce que je me comportais comme un con. Je l’ai suivie. Je leur ai dit calmement que j’appréciais leurs intentions, mais que notre fille avait été très claire sur le fait qu’elle ne voulait pas de ça, et que ma femme essayait de lui forcer la main. Plusieurs mères ont regardé ma femme avec une évidente déception. Ma femme a commencé à faire marche arrière, en bafouillant qu’elle pensait que notre fille ne parlait pas sérieusement.
J’ai enlevé les décorations. Tout le monde est parti. Notre fille est descendue, a ignoré les excuses à moitié sincères de sa mère, et a fait ses devoirs sur la table de la cuisine comme d’habitude.
Ma femme m’en a voulu à mort pendant une semaine. Elle a dit que j’avais sapé son autorité de parent. Que je l’avais fait passer pour une idiote devant les voisines. Que j’étais un homme qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas.
J’étais un père qui a écouté sa fille quand elle a dit non. J’étais un père qui l’a protégée pour ne pas qu’on la donne en spectacle dans un moment qu’elle voulait garder intime. J’étais un père qui s’est interposé entre son enfant et une mère qui avait décidé que ses propres sentiments comptaient plus que les limites de sa fille.
Suis-je en tort pour ça ?
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