Ma copine est enceinte de treize semaines et jure sur sa vie qu’elle ne m’a jamais trompée. Est-ce que j’ai tort de la croire ?
Ça fait quatre ans qu’on est ensemble. Moi, je suis lesbienne. Elle, bi mais totalement engagée avec moi. On parlait de se pacser, on regardait les bagues, on faisait des plans sur la comète pour notre avenir.
Le mois dernier, elle a commencé à se plaindre de son ventre : ballonnements, prise de poids juste au niveau de l’abdomen. Elle est plutôt mince, sportive, donc ça se voyait tout de suite. Elle s’est mise à fond au sport, a fait super attention à ce qu’elle mangeait, mais rien ne changeait. Je lui disais d’être patiente, que le corps humain est parfois bizarre. La grossesse ne m’a jamais traversé l’esprit. Évidemment.
Hier, elle est allée chez le médecin. Elle m’a appelée au boulot en larmes, me disant qu’on devait se parler tout de suite. J’ai foncé à la maison, le cœur battant à tout rompre, en pensant à une tumeur, un cancer, le pire du pire. Je l’ai trouvée sur le canapé, le visage gonflé par les pleurs, elle arrivait à peine à respirer.
Elle m’a annoncé qu’elle était enceinte de treize semaines.
J’ai arrêté de respirer. Je n’arrêtais pas de répéter « Quoi ? » en boucle pendant que mon cerveau court-circuitait complètement. Elle était hystérique, jurant qu’elle n’avait aucune idée de comment c’était arrivé, me suppliant de croire qu’elle n’avait couché avec personne. Ni avec un mec, ni avec personne. J’ai posé la question qui tue : « Tu m’as trompée ? ». Elle a pleuré de plus belle : « Je te le jure devant Dieu, non. Je ne sais pas comment, mais je n’ai rien fait. »
On en a discuté pendant une heure. La logique dit qu’elle l’a forcément fait. La biologie dit qu’il n’y a pas d’autre moyen. Mais je n’arrête pas de repasser les trois derniers mois dans ma tête. On vit ensemble. On a les mêmes horaires de bureau, du lundi au vendredi. Pas de soirées tardives, pas de textos louches, pas de trous dans son emploi du temps que je ne pourrais pas expliquer.
Et si elle savait qu’elle avait fauté — si elle savait que c’était possible — pourquoi serait-elle allée chez le médecin ? Pourquoi n’aurait-elle pas pris la pilule du lendemain ? Pourquoi n’aurait-elle pas essayé de le cacher ? Au lieu de ça, elle était sincèrement perdue face à sa prise de poids depuis des semaines, elle cherchait des régimes avec moi, sans jamais agir comme quelqu’un qui cachait la vérité.
J’ai dormi chez une pote hier soir. Tout le monde me dit que je suis d’une naïveté affligeante, qu’elle m’a évidemment trompée et que je dois la quitter. Mais son incompréhension avait l’air tellement vraie. Sa peur ressemblait à de l’innocence, pas à de la culpabilité.
Elle n’arrête pas de faire sonner mon téléphone, elle me supplie de parler. Je suis assise là, paralysée, à me demander si je perds la tête. Y a-t-il une seule chance, la moindre possibilité, qu’elle dise la vérité ? Ou est-ce que je suis juste désespérée de croire à l’impossible parce que je l’aime ?
Que feriez-vous à ma place ? Ferez-vous confiance à la science ou à ses larmes ? Ferez-vous vos valises ou exigerez-vous un test de paternité et des explications ?
Est-ce que j’ai tort de vouloir la croire malgré la biologie ? De garder l’espoir que ce n’est pas la fin de notre histoire ? De ne pas fuir immédiatement la femme qui a peut-être tout détruit, mais qui est peut-être aussi perdue que moi ?
Est-ce que j’ai tort de l’aimer assez pour envisager l’impossible ?
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