À 16 ans, il chuta douze fois… puis posa à son père une question déchirante

À 16 ans, il chuta douze fois de la moto de son père… puis cria une phrase qui bouleversa cet homme pour toujours

— Papa… tu m’aimes, au moins ?

La phrase claqua au milieu du terrain comme une gifle.

Julien venait d’arracher son casque et de le jeter dans les graviers.

Son jean était déchiré au genou. Son coude saignait légèrement. Ses mains tremblaient de fatigue, de colère et surtout d’humiliation.

À quelques mètres de lui, son père ne bougeait pas.

Michel Delmas, quarante-six ans, bras croisés sur son vieux blouson de cuir, le regardait simplement.

C’était la douzième chute de la matinée.

Et pour la douzième fois, il ne s’était pas précipité pour relever son fils.

Je m’appelle André.

J’ai aujourd’hui soixante-treize ans.

Pendant plus de trente ans, j’ai tenu un petit terrain privé à la sortie de Clermont-Ferrand, derrière une ancienne zone artisanale.

Rien de prestigieux.

Un rectangle de gravier, quelques cônes orange, un vieux bungalow qui me servait de bureau et une bande de bitume sur le côté.

Des pères venaient y apprendre à leurs enfants adultes ou adolescents à conduire une moto sans avoir la circulation, les ronds-points et les automobilistes pressés dans les jambes.

J’ai vu des centaines de débutants tomber.

J’ai vu des mères fermer les yeux.

Des pères courir avant même que leur enfant touche le sol.

Des hommes hurler :

— Coupe le moteur !

— Lâche l’embrayage !

— Pas comme ça !

Certains arrachaient presque le guidon des mains de leur fils.

Michel, lui, ne faisait rien.

La première fois que je l’ai vu, c’était au printemps 2014.

Il était arrivé un samedi matin avec son fils Julien.

Michel était un grand gaillard qui travaillait depuis toujours dans le bâtiment.

Le genre d’homme avec des mains épaisses, des rides autour des yeux et cette façon de marcher qu’ont ceux qui ont porté des sacs de ciment pendant trente ans.

Sa moto était vieille.

Noire.

Fatiguée.

Les sacoches étaient râpées.

Le réservoir avait perdu son brillant.

Il l’avait achetée l’année de la naissance de Julien.

Il en parlait presque comme d’un membre de la famille.

Julien, lui, venait d’avoir seize ans.

Grand, maigre, nerveux.

Une mèche toujours devant les yeux.

Des baskets usées.

Beaucoup d’assurance tant que personne ne lui demandait de faire quelque chose qu’il ne savait pas encore faire.

Michel gara la moto au milieu du terrain.

Il coupa le moteur.

Puis il tendit les clés à son fils.

Julien sourit.

— C’est tout ? Tu ne m’expliques rien ?

Michel haussa les épaules.

— Si.

Il désigna la moto.

— Ça va tomber.

Julien éclata de rire.

Trente secondes plus tard, elle tombait.

Il avait relâché l’embrayage trop brutalement.

La moto avait fait un bond maladroit.

Julien avait paniqué.

Et tout le monde s’était retrouvé dans les graviers.

Je regardais depuis mon bungalow avec mon café.

Julien leva immédiatement les yeux vers son père.

Michel ne bougea pas.

— Ben alors ? dit Julien.

Michel répondit :

— Relève-la.

Julien le fixa.

Il pensait probablement que son père plaisantait.

Michel ne plaisantait pas.

Julien souffla, se plaça comme il put, força sur ses jambes et remit la machine droite.

Deuxième essai.

Quelques mètres.

Calage.

Chute.

Michel :

— Relève-la.

Troisième essai.

Même chose.

Quatrième.

Cinquième.

À la cinquième chute, Julien avait déjà perdu son sourire.

À la huitième, il ne parlait plus.

À la dixième, il avait les larmes aux yeux.

Pas vraiment de douleur.

De rage.

La rage d’avoir seize ans et de découvrir que vouloir quelque chose ne suffit pas à savoir le faire.

Michel, lui, restait toujours à distance.

Il ne se moquait jamais.

Il ne criait jamais.

Il ne disait même pas :

— Je te l’avais dit.

Il attendait.

C’est ce qui était étrange.

Quand on regardait attentivement son visage, on comprenait que chaque chute lui coûtait.

Ses épaules se raidissaient.

Ses doigts se crispaient.

Mais ses pieds, eux, restaient à leur place.

Puis arriva la douzième chute.

Julien avait chaud.

Il était épuisé.

Il avait faim.

À cet âge-là, la fatigue transforme parfois une petite frustration en tragédie mondiale.

La moto tomba presque à l’arrêt.

Julien glissa.

Le gravier lui griffa la paume.

Il resta quelques secondes à genoux.

Puis il arracha son casque.

Il le lança loin devant lui.

— J’EN AI MARRE !

Michel ne répondit pas.

Julien se retourna.

— Tu me regardes tomber depuis ce matin !

Silence.

— Tu pourrais m’aider, quand même !

Michel resta immobile.

Alors Julien cria cette phrase.

— Papa… tu m’aimes, au moins ?

Je me souviens encore du visage de Michel.

Parce que pour la première fois de la matinée, son masque se fissura.

Sa mâchoire trembla.

Une seconde seulement.

Puis il baissa la tête.

Il attendit trois longues secondes.

Et enfin, il marcha vers son fils.

Pas vers la moto.

Vers Julien.

Il ne le releva pas.

Il s’assit simplement à côté de lui, sur le bord du bitume.

Julien pleurait maintenant.

Michel retira ses lunettes.

Il les posa près de sa botte.

Puis il dit :

— Écoute-moi bien.

Julien essuya son visage avec sa manche.

Michel reprit :

— Si je te relève chaque fois que tu tombes, tu apprendras à te remettre debout avec mes mains.

Il marqua une pause.

— Si je te laisse te relever tout seul, tu apprendras à te remettre debout avec tes jambes.

Julien détourna le regard.

Michel le regarda longtemps.

Puis il prononça la phrase que, dix ans plus tard, son fils comprendrait enfin.

— Et moi, mon grand… je ne serai pas toujours là.

Julien arrêta de pleurer.

Michel continua :

— Le jour où je ne serai plus là, je veux que tu saches déjà te relever.

Aucun des deux ne parla pendant plusieurs minutes.

J’étais toujours dans mon bungalow.

Je n’osais même plus boire mon café.

Michel finit par se lever.

Cette fois, il alla vers la moto.

Il la remit droite lui-même.

La seule fois de toute la matinée où il le fit.

Puis il se tourna vers Julien.

— Treizième essai.

Julien resta assis.

— Sérieusement ?

— Treizième essai.

— Je suis crevé.

— Je sais.

Cliquez sur le bouton ci-dessous pour lire la suite de l’histoire

Retour en haut