Après quatorze nuits sans dormir, Lucas n’a demandé qu’une seule chose à l’infirmière

Mais mon cerveau s’était arrêté à :

« Allez chercher le chien. »

J’ai embrassé Lucas.

— Je dois faire un aller-retour à la maison.

— Pourquoi ?

— Une surprise.

— Quelle surprise ?

— Si je te le dis, ce n’est plus une surprise.

Il a levé les yeux au ciel.

Et ce petit geste d’agacement m’a rendu presque heureux.

C’était la première réaction vraiment normale que je voyais chez lui depuis longtemps.

J’ai conduit jusqu’à Angers.

Plus de deux heures de route.

Je suis passé chercher Biscotte.

Quand j’ai ouvert la porte de la maison, il a déboulé dans l’entrée, puis s’est arrêté derrière moi.

Il a regardé vers la voiture.

Puis vers moi.

Puis derrière moi encore.

Il cherchait Lucas.

Depuis plus de deux semaines, il le cherchait partout.

La première nuit, il avait dormi devant la porte de sa chambre.

Ensuite, il s’était installé sur son lit.

Chaque fois que je rentrais prendre des vêtements, Biscotte courait derrière moi jusqu’à la chambre en pensant probablement que Lucas allait réapparaître.

Je me suis accroupi devant lui.

— On va le voir.

Ses oreilles se sont dressées.

Je sais qu’un chien ne comprend pas chaque phrase.

Mais celui-là a compris quelque chose.

Je l’ai lavé.

Puis nous sommes allés chez le vétérinaire pour le contrôle demandé.

Quand j’ai expliqué la raison de l’urgence, il a organisé les documents nécessaires rapidement.

Puis Biscotte est monté dans la voiture.

D’habitude, au bout de vingt minutes, il tournait trois fois sur lui-même et s’endormait.

Pas cette fois.

Pendant tout le trajet, il est resté assis.

Droit.

Le regard devant lui.

Comme s’il avait une mission.

À l’hôpital, on nous attendait à une entrée convenue à l’avance.

J’avais une laisse courte.

Une couverture propre.

Les papiers.

Et un niveau de stress que je n’avais jamais ressenti pour promener un chien de ma vie.

Nous avons traversé un couloir.

Puis un autre.

Des gens nous regardaient.

Certains souriaient.

D’autres avaient l’air surpris.

Une dame s’est écartée légèrement contre le mur lorsque nous sommes passés.

Je ne lui en veux pas.

Biscotte était massif, et les chiens de ce type impressionnent parfois.

Lui ne regardait personne.

Il avançait.

Il reniflait.

Puis il s’arrêtait.

Comme s’il cherchait une odeur connue au milieu de toutes les autres.

À quelques mètres de la chambre, quelque chose a changé.

Il a tiré sur la laisse.

Pas brutalement.

Mais avec certitude.

Sa queue s’est mise à remuer.

Il savait.

Claire était devant la porte.

— Il ne sait toujours rien, m’a-t-elle murmuré.

J’ai retenu Biscotte dans le couloir.

Je suis entré seul.

Lucas était à moitié assis dans son lit.

Son teint était pâle.

Ses yeux fatigués.

Il regardait un dessin animé sans réellement le suivre.

Je me suis approché.

— Lucas ?

— Quoi ?

— Quelqu’un est venu te voir.

Il a tourné la tête.

J’ai fait un pas sur le côté.

Biscotte a passé la tête dans l’encadrement de la porte.

Le visage de mon fils a changé.

Je ne trouve pas d’autre manière de le dire.

Il ne s’est pas simplement mis à sourire.

C’était comme si quelqu’un avait rallumé la pièce de l’intérieur.

Ses yeux se sont ouverts.

Sa bouche aussi.

Il est resté une seconde sans respirer.

Puis :

— Biscotte…

Le même mot que trois nuits plus tôt.

Mais pas la même voix.

Biscotte a entendu son nom.

Et toute la discipline qu’il avait gardée pendant le trajet a disparu de sa queue.

L’arrière de son corps s’est mis à se balancer de gauche à droite.

Il a poussé un petit gémissement aigu que je ne lui avais jamais entendu faire.

Puis il a essayé d’avancer.

— Doucement, mon grand.

Je me suis approché du lit.

Tout le monde observait.

Claire.

Une autre infirmière.

Moi.

Lucas tendait déjà une main.

Biscotte a posé ses pattes avant contre le bord du lit.

Et là, il s’est calmé.

Instantanément.

Il a regardé Lucas.

Puis les fils.

Puis le lit.

Il n’avait reçu aucune formation pour ça.

Personne ne lui avait appris à éviter quoi que ce soit.

Pourtant, il s’est déplacé lentement.

Prudemment.

Avec cette étrange délicatesse qu’ont parfois les animaux lorsqu’ils comprennent que la personne devant eux est fragile.

On l’a aidé à monter en respectant les consignes.

Biscotte a avancé centimètre par centimètre.

Puis il a fait ce qu’il faisait tous les soirs depuis quatre ans.

Il s’est retourné.

Et s’est couché le long du dos de Lucas.

Exactement à sa place.

Le poids de son corps contre celui de mon fils.

Sa tête près de l’oreiller.

Lucas a fermé les yeux.

Puis, presque sans réfléchir, son pied a reculé.

Il est venu se glisser sous le menton de Biscotte.

Comme à la maison.

Personne ne parlait.

J’ai regardé l’horloge.

Je ne sais même pas pourquoi.

Peut-être parce que pendant quatorze nuits, l’heure avait été mon ennemie.

Une minute.

Deux minutes.

Biscotte respirait lentement.

Trois minutes.

Lucas ne bougeait plus.

À la cinquième minute, Claire m’a regardé.

Je l’ai regardée.

Mon fils dormait.

Pas un de ces sommeils légers dont il sortait au moindre bruit.

Il dormait vraiment.

Le visage relâché.

La bouche légèrement ouverte.

Une main posée sur le cou de Biscotte.

Le chien est resté contre lui pendant des heures.

Il n’a presque pas changé de position.

Personne n’a parlé fort dans la chambre.

Même les professionnels qui devaient entrer faisaient tout avec une attention particulière.

Je suis resté dans le fauteuil.

À regarder.

À écouter.

Deux respirations.

Comme chez nous.

Je pourrais facilement raconter cette histoire comme si Biscotte avait accompli un miracle.

Ce serait joli.

Ce serait aussi trop simple.

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