Douze motards ont stoppé sous la pluie… pour ce qu’ils ont découvert dans un carton détrempé

Cette journée a permis de financer du matériel pour plusieurs familles d’accueil.

Une partie de l’argent a également aidé d’autres animaux trouvés abandonnés les semaines suivantes.

Chance n’avait rien fait d’extraordinaire.

Elle avait dormi.

Mangé.

Grandi.

Et pourtant, le simple fait qu’elle soit encore là poussait les gens à agir.

Michel a résumé cela un soir :

— Elle a vécu. À nous de transmettre cette chance.

C’est ainsi qu’est née notre caisse de secours.

Nous n’étions pas des vétérinaires.

Nous ne jouions pas aux héros.

Nous travaillions avec des professionnels et des refuges.

Nous organisions des transports.

Nous achetions du matériel.

Nous participions aux soins lorsque c’était possible.

Chance grandissait souvent sous la table pendant nos réunions.

Elle se réveillait, traversait le cercle de bottes puis s’endormait sur les pieds de quelqu’un.

Elle n’avait aucune idée qu’une partie de tout cela avait commencé grâce à elle.

À presque un an, elle a participé à sa première vraie sortie solidaire.

Pas assise librement sur une moto.

Nous avions fait aménager un petit espace sécurisé, rembourré et ventilé dans un side-car, avec un harnais adapté et des pauses fréquentes.

La vétérinaire avait tout vérifié.

Puis Nadia avait vérifié derrière elle.

Chance avait été habituée progressivement pendant plusieurs mois.

Quelques minutes à l’arrêt.

Puis un trajet très court.

Puis une route calme.

Elle adorait ça.

Le jour de la grande sortie, plus de trois cents motos nous ont rejoints.

Chance était installée dans son espace, oreilles au vent, le regard fixé devant elle comme si elle avait toujours fait cela.

Les gens souriaient avant même de connaître son histoire.

Puis ils l’apprenaient.

Et beaucoup avaient les yeux humides.

À l’arrivée, il y avait des stands d’adoption, des associations locales et des familles venues chercher des informations.

Une mère s’est approchée de moi avec son fils adolescent.

Le garçon venait de perdre son vieux chien.

Depuis, il répétait qu’il n’en voulait plus jamais.

Puis il avait vu Chance.

Il a demandé à sa mère si on pouvait être triste de perdre un animal et quand même être heureux d’en aimer un autre.

Ce jour-là, ils sont repartis avec un petit chien noir adopté auprès d’un refuge.

Quelques mois plus tard, nous avons reçu une photo.

Le chien dormait contre le garçon.

Au dos, sa mère avait écrit :

« Chance lui a permis d’aimer encore. »

Nous avons gardé cette photo sur notre tableau pendant des années.

Les collectes se sont multipliées.

Pour les animaux âgés.

Pour les portées trouvées sans leur mère.

Pour les soins vétérinaires coûteux.

Pour des refuges ayant besoin de couvertures.

Pour des familles d’accueil manquant de matériel.

À trois ans, Chance était devenue la reine officieuse du local.

Elle volait régulièrement la chaise de Gérard pendant les réunions.

Elle possédait une couverture dans presque tous nos véhicules.

Elle accompagnait parfois des bénévoles lors de visites en maison de retraite, où elle se couchait tranquillement près des résidents.

Un jour, une petite fille m’a demandé :

— Elle est célèbre ?

Chance était en train de lécher une cuillère recouverte de pâtée avec une absence totale de dignité.

J’ai répondu :

— Non. Elle est utile.

Plus tard, Nadia m’a corrigé.

— Non, Raymond. Elle est aimée. Ce qui est utile, c’est ce que nous faisons parce que nous l’aimons.

Elle avait raison.

Chance ne comprenait rien aux factures vétérinaires.

Rien aux familles d’accueil.

Rien aux transports.

Elle ne savait pas qu’une photo d’elle pouvait convaincre quelqu’un de faire un don.

Elle était simplement vivante.

Parfois, c’est déjà assez pour rappeler aux autres qu’ils peuvent agir.

Cinq ans après le matin du fossé, notre groupe avait participé à l’aide de trois cent douze animaux.

Je me rappelle précisément ce chiffre parce que Nadia l’avait écrit en grand sur une banderole.

Trois cent douze animaux transportés, soignés, placés ou soutenus par des actions directement liées à nos collectes.

Des chiens.

Des chats.

Deux lapins.

Une chèvre.

Et un perroquet particulièrement agressif dont Gérard affirmait qu’il avait essayé de l’insulter personnellement.

Cela ne voulait pas dire que tout finissait toujours bien.

Il y avait aussi les échecs.

Les animaux trop malades.

Les placements qui ne fonctionnaient pas.

Les nuits silencieuses après une mauvaise nouvelle.

Les dossiers compliqués.

Les gens qui nous décevaient.

Le sauvetage n’est pas une succession de miracles.

Mais trois cent douze vies avaient reçu quelque chose parce qu’une petite chienne avait continué à respirer dans un carton.

À l’occasion de cet anniversaire, nous avons organisé une rencontre dans un grand parc.

La vétérinaire a parlé de prévention.

Des bénévoles ont parlé de familles d’accueil.

Nadia a rappelé qu’un animal sauvé n’était jamais un accessoire pour les réseaux sociaux.

Puis Gérard s’est levé.

Nous avons tous été surpris.

Il détestait parler devant une foule.

Il a pris le micro.

Chance était couchée près de ma botte.

— Je l’ai tenue sur le chemin de la clinique, a-t-il commencé. J’étais persuadé qu’elle allait mourir sous mon blouson. Alors je me disais que, si ça arrivait, au moins elle partirait au chaud.

Personne ne bougeait.

— Mais elle n’est pas partie. Elle est restée. Depuis, chaque fois qu’on aide un animal, j’ai l’impression qu’on rembourse un petit morceau de cette chance-là.

Il a baissé les yeux vers elle.

— C’était la plus petite.

Chance a remué la queue.

— Finalement, c’est elle qui avait le plus grand travail.

Tout le monde a ri en essuyant ses yeux.

Le même après-midi, un véhicule est arrivé avec trois jeunes chiens trouvés sous une maison abandonnée.

Pas de journalistes.

Pas de grande histoire.

Seulement trois animaux ayant besoin d’un endroit où dormir.

En moins d’une heure, des familles d’accueil avaient été trouvées.

Des rendez-vous vétérinaires pris.

Du matériel réuni.

Chance observait tout cela à quelques mètres, le museau en l’air.

Voilà ce qu’elle avait réellement créé.

Pas une légende.

Pas une mascotte.

Un réflexe.

Voir.

S’arrêter.

Agir.

Chez moi, elle restait pourtant un chien parfaitement ordinaire.

Elle ronflait.

Volait mes chaussettes.

Détestait les bains.

Pensait que mon fauteuil lui appartenait.

Poursuivait les écureuils sans jamais avoir compris qu’ils montaient aux arbres.

Et dormait souvent contre mes vieilles bottes.

Cliquez sur le bouton ci-dessous pour lire la suite de l’histoire

Retour en haut