Elle était enfin sauvée… puis la chienne a replongé dans la voiture pour une raison bouleversante

La chienne était presque sauvée… puis elle a replongé dans la voiture noyée, vers un siège bébé que tout le monde croyait vide.

Pendant une seconde, j’ai cru que la panique lui avait fait perdre la tête.

La grande Golden Retriever venait enfin de passer par la vitre arrière brisée. Elle avait probablement passé de longues minutes enfermée dans ce SUV à moitié englouti, avec une eau brune qui lui était montée des pattes jusqu’au poitrail, puis presque jusqu’au museau.

Elle était dehors.

Elle pouvait vivre.

Pourtant, au lieu de se laisser tirer vers notre corde de sécurité, elle posa ses deux pattes arrière contre mon gilet de sauvetage et se propulsa de nouveau à l’intérieur du véhicule.

— Non… reviens !

Elle disparut dans l’habitacle.

Je m’appelle Raymond Delmas. J’ai soixante-six ans et, après trente-deux années comme sapeur-pompier, je pensais avoir vu suffisamment de situations absurdes pour ne plus être surpris.

Je me trompais.

Ce matin-là, je participais bénévolement aux secours avec cinq membres de notre petit groupe de motards, Les Cavaliers du Pont. Nous aidions depuis l’aube dans plusieurs villages du Gard après des pluies torrentielles qui avaient transformé des routes tranquilles en torrents.

Nous transportions des couvertures, de l’eau, des lampes, quelques trousses de premiers secours.

Nous n’étions pas là pour jouer aux héros.

Mais lorsqu’un riverain nous avait signalé une voiture coincée contre une glissière de sécurité, personne n’avait attendu.

Le SUV se trouvait à une trentaine de mètres de la chaussée encore praticable, retenu par une rambarde déformée et un gros morceau de branche.

Le courant frappait le côté du véhicule avec une telle force qu’il se déplaçait parfois de quelques centimètres.

Puis revenait.

Puis bougeait encore.

Six hommes tenaient la corde attachée à mon harnais.

Une seconde ligne avait été installée en secours.

Mon ami Mathieu attendait dans une zone moins profonde, prêt à venir jusqu’à moi si quelque chose tournait mal.

Lorsque j’avais cassé la vitre arrière, j’avais vu cette chienne.

Grande.

Épuisée.

Le poil couleur miel collé au corps.

Une petite tache blanche sous le menton.

Une oreille légèrement repliée.

Et surtout ces yeux ambrés qui ne regardaient pas vers la sortie.

Ils regardaient derrière elle.

Elle était venue jusqu’à moi.

J’avais passé une main sous son poitrail.

Puis elle s’était arrachée à mes bras pour retourner dans la voiture.

Quelques secondes plus tard, son museau réapparut.

Elle tenait un lapin en peluche détrempé.

Je compris immédiatement.

Du moins, je crus comprendre.

— D’accord, ma belle… tu voulais ton jouet.

Elle lâcha la peluche.

Puis elle aboya vers le plancher arrière.

Une fois.

Deux fois.

Et replongea.

Je dirigeai ma lampe dans l’habitacle.

Sur la banquette arrière se trouvait une base de siège pour bébé, encore attachée par la ceinture.

Vide.

Les sangles flottaient dans l’eau.

Je sentis mon estomac se nouer.

— J’ai un siège bébé, annonçai-je vers la rive. Base vide. La chienne refuse de sortir. Je vérifie derrière.

Le courant étouffait presque ma voix.

La chienne réapparut avec une couverture rose entre les dents.

Elle tira dessus.

Le tissu se tendit sous la surface.

Quelque chose apparut.

Une poignée noire.

Je compris alors qu’il n’y avait pas un seul élément.

Il y en avait deux.

La base était restée fixée à la banquette.

Mais la coque amovible du siège bébé avait basculé dans l’espace au niveau des pieds.

Un sac flottait au-dessus, cachant presque entièrement la coque dans l’eau trouble.

À l’intérieur, un bébé était encore attaché.

— Il y a un enfant !

Sur la rive, tout changea immédiatement.

Les hommes cessèrent de parler.

Les cordes se tendirent.

Mathieu entra dans l’eau avec sa seconde ligne.

Je fixai un petit mousqueton de sécurité à la structure du véhicule et enfonçai mon bras par la fenêtre.

Mes doigts touchèrent la poignée du siège.

Je tirai.

Impossible.

Une sangle tordue retenait encore la coque.

L’eau poussait mon épaule contre le cadre de la vitre brisée.

La chienne attrapa la couverture rose et tira dans l’autre direction.

Grâce à elle, j’aperçus la sangle.

Je sortis mon coupe-ceinture.

Une fois.

Deux fois.

La fibre céda.

La coque remonta.

Mais elle resta coincée contre l’encadrement de la portière.

À cet instant, le SUV bougea brutalement.

Le métal grinça contre la glissière.

— Raymond ! cria quelqu’un.

Je savais ce que cela signifiait.

Si la voiture pivotait, la fenêtre arrière se retrouverait face au courant.

Nous perdrions notre seul accès.

Je tirai de toutes mes forces.

Trop lourd.

De l’eau remplissait une partie du siège.

Je distinguai enfin le visage du bébé.

Une petite fille.

Moins d’un an.

La tête légèrement tournée.

Les yeux fermés.

Je ne voyais aucun mouvement.

La chienne passa sous mon bras.

Elle poussa du museau la couverture qui flottait devant le visage de l’enfant.

C’est là que je le vis complètement pour la première fois.

— Préparez le matériel nourrisson ! Et faites venir les secours médicaux immédiatement !

Mathieu arriva près de moi.

La coque était encore bloquée.

La chienne mordit une sangle lâche près de mon poignet.

En tirant tous les trois dans des directions différentes, nous réussîmes à changer légèrement l’angle.

Quelques centimètres.

Encore.

Puis le siège passa enfin par la fenêtre.

Je le tendis à Mathieu.

— Prends-la !

Il serra la coque contre lui.

La corde le ramena vers la rive.

Ce n’est qu’après avoir vu le bébé s’éloigner que la chienne cessa de lutter.

Je glissai mon bras sous son ventre.

Elle se laissa faire.

Nous fûmes tirés vers l’herbe au moment où, derrière nous, le SUV pivota d’un quart de tour.

La fenêtre que nous venions d’utiliser disparut presque sous l’eau.

Sur la rive, je sortis la petite fille de son siège.

Elle ne respirait pas normalement.

La chienne s’effondra à côté de mon genou.

Son museau se retrouva juste devant une petite chaussette rose.

Je commençai les gestes de réanimation que j’avais répétés tant de fois au cours de ma carrière.

La chienne ne quittait pas l’enfant des yeux.

Elle n’avait jamais pu sortir le bébé de cette voiture.

Alors elle avait fait la seule chose qui lui était possible.

Elle était restée près de l’endroit exact où nous devions chercher.

La petite fille s’appelait Lucie Morel.

Elle avait huit mois.

Nous ne l’apprîmes que beaucoup plus tard.

Ses parents, Julien et Claire, avaient quitté leur appartement peu après six heures du matin.

L’eau commençait à envahir le parking de leur résidence, à la périphérie d’une petite commune située entre Nîmes et les villages des Cévennes.

Ils avaient prévu de parcourir moins de trois kilomètres jusqu’à la maison de la sœur de Claire, construite sur un terrain plus élevé.

Maya, leur Golden Retriever de sept ans, était assise à côté de Lucie.

Claire avait adopté Maya bien avant de rencontrer Julien.

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