Il disait que ses coups ne comptaient pas, jusqu’au jour où je suis partie

Mon copain m’a frappée et je veux rompre. Il prétend que ce n’était pas un vrai coup.

Il y a une demi-heure, je suis rentrée après avoir promené nos chiens dans le froid. J’avais les doigts gelés. Je me suis approchée de mon copain par-derrière pendant qu’il était dans la cuisine, et pour plaisanter, je lui ai posé mes mains glacées sur la nuque. J’étais juste taquine. C’était un geste affectueux. Je ne l’agressais pas.

Il s’est à moitié retourné et m’a donné un coup de poing sur la cuisse. Fort. Ce n’était pas une claque. Ce n’était pas une petite bourrade. C’était un coup de poing fermé. La douleur a irradié dans ma jambe et a persisté pendant plusieurs minutes. Je suis restée là, sous le choc, pendant qu’il se mettait tout de suite à s’excuser. Mais je l’ai regardé et je lui ai dit que je voulais rompre.

Maintenant, il me dit que je suis folle. Il dit que ce n’était pas un vrai coup. Que c’était un réflexe. Que n’importe qui aurait réagi pareil en sentant des mains froides. Il dit que c’est moi qui l’ai provoqué. Que je dois assumer de l’avoir surpris.

Il dit que si je suis prête à mettre fin à cinq ans de relation et à briser notre famille pour une toute petite réaction instinctive, c’est que je suis instable émotionnellement et que j’utilise notre fils comme une arme.

Il y a deux semaines, on se disputait en public et il m’a donné un coup de poing sur le haut du bras pour me faire taire. Ça n’a pas laissé de bleu, mais l’intention m’a terrifiée.

Quand je lui en ai reparlé ce soir, il m’a dit que j’exagérais ça aussi. Il a dit que ce n’était pas non plus un vrai coup. Qu’il m’avait à peine touchée. Que je parlais par-dessus lui et qu’il fallait que je m’arrête.

Il a dit que j’avais de la chance qu’il ne soit pas le genre d’homme à vraiment frapper les femmes, parce que ce qu’il a fait ne compte pas. Il a dit que la vraie maltraitance, c’est un œil au beurre noir et une côte cassée, et que j’insulte les vraies victimes en comparant ma situation à la leur.

Nous avons un petit garçon de six mois. Nous vivons ensemble. Je suis censée croire qu’un homme qui me frappe deux fois en deux semaines, puis m’explique qu’aucun des deux coups n’était « vrai », est un père sécurisant.

Je suis censée m’excuser d’avoir eu les mains froides. Je suis censée accepter que mon corps serve de test de réflexes et que si je le surprends, je mérite d’être frappée. Je suis censée rester dans cette maison et élever un bébé avec un homme qui me regarde dans les yeux après m’avoir frappée et me dit que j’ai inventé la douleur.

En ce moment, il est dans la chambre, au téléphone avec sa mère, en train de lui dire que je suis hystérique et que je menace de lui enlever son fils pour un rien.

Il lui raconte que c’est moi qui l’ai touché en premier. Que c’est moi la violente. Que j’ai besoin d’une thérapie. Et moi, je suis plantée dans le salon, avec la cuisse qui me lance, en train de me demander si je suis vraiment folle de vouloir partir.

Est-ce que j’ai tort de vouloir quitter un homme qui m’a frappé la jambe et qui me dit ensuite que ce n’était pas un vrai coup ?

Ou est-ce que c’est mon copain le vrai monstre pour m’avoir frappée, avoir minimisé son geste, et avoir retourné la situation pour me faire passer pour l’agresseur alors que je veux juste nous protéger, mon fils et moi ?

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