Mon copain dit que j’ai ruiné notre relation à cause de mes règles.
J’ai 23 ans et mon copain en a 30. Ça fait deux ans qu’on est ensemble. On ne vit pas ensemble parce que j’habite dans un tout petit studio au fond du jardin de mon proprio, et qu’il n’y a pas la place pour lui.
De mon côté, il est hors de question que j’aille m’installer avec lui et ses colocs. J’ai grandi en étant la seule fille avec cinq frères. Mon père et mes frères m’obligeaient à jeter mes protections hygiéniques dans la poubelle à l’extérieur de la maison. Je n’avais pas le droit d’en parler. J’ai appris très tôt que mon corps était un truc dégueulasse et que mon rôle, c’était de le cacher.
Quand je sais que je vais voir mon copain, ou que je suis au boulot ou en public, j’utilise un disque menstruel. Ça marche bien pour de courtes durées.
Mais la nuit, quand je sais que je suis seule, je mets des culottes de règles jetables. Je n’ai pas à m’inquiéter de bouger dans tous les sens et d’avoir des fuites. Je n’ai pas peur du syndrome du choc toxique. J’ai moins de crampes. Ce n’est pas sexy du tout. Ça ressemble littéralement à une couche. Mais je dors. Je suis toute seule. Et j’ai bien le droit d’être à l’aise dans mon propre lit.
Mon copain avait prévu un petit week-end à Barcelone avec ses potes. Départ le vendredi, retour le lundi. Je savais qu’il ne serait pas là, alors j’ai décidé de dormir confortablement.
Il y a eu un changement de programme pendant leur séjour, et ils sont finalement rentrés le dimanche soir tard au lieu de lundi. Il a décidé de ne rien me dire pour me faire la surprise. Donc, je me suis couchée dimanche soir vers 21 heures comme d’habitude, en portant ce que je porte quand je suis seule et que j’ai mes règles.
À un moment donné en plein milieu de la nuit, il s’est glissé dans mon lit. Il a senti la culotte. Il a sursauté comme si je l’avais électrocuté. Il a allumé la lumière et m’a regardée avec un pur dégoût. Il m’a dit que j’étais répugnante.
Il a dit que j’étais juste là, vautrée dans mon propre sang comme un animal. Il a dit que j’étais sale. Il a dit que mon lit puait l’abattoir. Je me suis levée, j’ai pris une douche, je me suis frottée la peau jusqu’à ce qu’elle soit rouge, et j’ai mis mon disque menstruel. Quand je me suis recouchée, il m’a tourné le dos et s’est endormi sans dire un mot. Il m’a traitée comme si j’avais contaminé sa surprise.
Lundi, je suis allée bosser et je n’ai eu aucune nouvelle de lui. Pas un texto. Pas un appel. Silence radio total. Mardi après-midi, il a débarqué à mon studio. Il a dit qu’il avait réfléchi. Il m’a sorti que, maintenant, quand il m’imagine, tout ce qu’il voit c’est une gamine avec une couche. Il a dit qu’il n’arrivait pas à se sortir cette image de la tête.
Il m’a demandé si j’utilisais ça pour prendre du plaisir. J’ai répondu que bien sûr que non. Il a dit qu’il ne me croyait pas. Il a dit que j’étais une petite amie horrible pour lui avoir caché ça. Il a dit que je lui avais fait perdre tout son temps et son énergie. Il a dit que n’importe quel mec serait horrifié de découvrir que sa copine met secrètement des couches pour aller dormir.
J’ai essayé de m’expliquer. Je lui ai dit que c’était pour le confort quand je suis toute seule. Je lui ai dit que je savais très bien que ce n’était pas attirant. Je lui ai dit que je ne mettais ça que quand il n’était pas là. Je l’ai supplié. Je lui ai dit que je l’aimais et que je ne voulais pas gâcher notre histoire. Je lui ai promis de ne plus jamais en utiliser. Je préférais encore tacher mes draps et me réveiller en pleine souffrance plutôt que de le perdre.
Il m’a regardée comme si j’étais pathétique. Il a dit que ce n’était pas suffisant. Il a dit que le vrai problème, c’était que j’aie mes règles tout court. Il a dit que l’idée même que je saigne tous les mois le dégoûtait profondément. Il m’a ordonné d’en parler à mon médecin pour changer de contraception afin de ne plus jamais avoir mes règles. Il a dit que c’était simple. Que c’était facile. Il a dit que n’importe quelle femme qui tient vraiment à son couple courrait chez le gynéco.
Je lui ai répondu que je ne voulais pas changer de contraception. Je lui ai dit que mon corps n’était pas défectueux et que je ne voulais pas m’assommer de médicaments juste parce que ma biologie le répugne. Il m’a traitée de connasse. Il a dit que j’étais égoïste. Il a dit que je choisissais mes règles plutôt que lui.
Il a dit que je prouvais que je ne l’avais jamais aimé parce que je refusais de faire un truc aussi simple pour qu’il se sente mieux. Il a dit que si je tenais vraiment à lui, j’aurais déjà appelé le médecin. Il a dit qu’il était dégoûté par moi et qu’il ne savait pas s’il pourrait un jour me toucher à nouveau, à moins que je règle ce problème.
J’ai rendez-vous chez le médecin vendredi. Je l’ai pris parce que je suis terrifiée à l’idée de le perdre. Mais là, je suis assise dans mon studio, je regarde la boîte de culottes menstruelles que je suis censée jeter à la poubelle, et je me demande pourquoi c’est moi qui dois changer tout le fonctionnement de mon corps pour qu’un mec de 30 ans n’ait pas à faire face au fait que les femmes saignent.
Est-ce que j’ai tort de refuser que mon mec supprime médicalement mes règles parce qu’il trouve mon corps dégueulasse ?
Ou est-ce que c’est lui qui vient de prouver qu’il ne m’aime pas, et qu’il aime juste l’idée d’une femme qui ne fonctionne pas comme un véritable être humain ?
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