La sécurité pour autoriser Barnabé dans le couloir concerné.
Un nettoyage renforcé.
Émilie avait tous les certificats du chien dans un classeur énorme.
Claire trouva des couvertures et un jus de pomme.
Moi, je fis ce que je savais faire.
Donner un ordre aux choses, pas aux gens.
Sophie : matériel.
Responsable technique : salle.
Sécurité : couloir.
Claire : Léo.
Émilie : documents.
Camille : horaires et limites médicales.
La salle 1B n’avait rien d’exceptionnel.
Un canapé.
Deux fauteuils.
Une petite table.
Des magazines pour enfants.
Une fenêtre donnant sur une cour sombre.
Mais cette nuit-là, elle était disponible.
Parfois, l’humanité ressemble simplement à une pièce que personne n’avait pensé à utiliser autrement.
Barnabé entra le premier.
Il inspecta rapidement les lieux.
Puis revint s’asseoir contre Léo.
Le garçon expira.
Camille le regarda.
— Ton spécialiste travaille bien.
Léo eut presque un sourire.
Pendant l’heure suivante, personne ne prononça de grand discours.
Il y eut des constantes.
Des formulaires.
Une prise de sang.
Des questions.
Beaucoup de questions.
Léo supporta l’aiguille parce que Barnabé gardait sa tête contre son genou tandis que Claire lui faisait compter à rebours.
Vingt.
Dix-sept.
Quatorze.
Onze.
Sa voix tremblait.
Mais il continua.
Vers deux heures du matin, je sortis boire un café près des distributeurs.
Claire me rejoignit.
— Vous avez une tête affreuse.
— Vous aussi.
Elle me tendit un gobelet.
Le café avait un goût terrible.
Je le bus.
À travers la vitre, je voyais Léo appuyé contre Barnabé.
— Vous avez des enfants ? demanda Claire.
Elle connaissait pourtant la réponse.
— Une fille.
— Quel âge ?
— Vingt-sept ans.
— Vous êtes proches ?
Je regardai mon café.
— Pas autant que je le voudrais.
Le souvenir arriva sans prévenir.
Ma fille à quatorze ans.
Assise par terre après une crise d’angoisse.
Et moi debout devant elle, donnant des instructions.
Respire lentement.
Lève-toi.
Tout va bien.
Rien n’est dangereux.
Des phrases parfaitement rationnelles.
Prononcées avec exactement ce qui lui était inutile.
Ma femme m’avait dépassé, s’était assise sur le sol et avait serré notre fille contre elle.
Puis elle m’avait regardé.
— Elle n’a pas besoin d’un contrôleur aérien. Elle a besoin de son père.
Je n’avais jamais oublié.
— J’ai longtemps confondu savoir gérer une situation et savoir aimer quelqu’un, dis-je.
Claire resta silencieuse.
— Ça coûte cher, ce genre de confusion.
Elle hocha la tête.
— Mais vous avez appris.
Je regardai Léo.
— À mon âge, apprendre tard reste toujours mieux que ne jamais apprendre.
Vers deux heures trente, Camille vint nous chercher.
— Nous sommes dans les temps. La chambre d’Ava sera prête avec moins de deux heures de décalage. Les analyses de Léo permettent de poursuivre.
— Donc ça marche ?
— Pour cette nuit.
Elle marqua une pause.
— Mais à l’aube, Barnabé s’arrête à la porte de l’unité protégée.
Je regardai vers la salle.
— Léo le sait ?
— Pas encore complètement.
Nous y retournâmes.
Camille expliqua la situation avec une honnêteté presque brutale.
— Cette nuit, Barnabé reste ici. Demain matin, quand tu monteras dans la chambre protégée, il ne pourra pas franchir la dernière porte.
Léo se tourna immédiatement vers moi.
— Dites-lui.
Deux mots.
Comme si j’avais encore le pouvoir de modifier le monde.
Je m’accroupis.
— Léo…
— Dites-lui qu’elle n’a pas le droit.
— Je ne peux pas.
Son visage changea.
— Vous avez menti.
Sa mère eut un mouvement.
Je levai doucement la main.
Cette conversation, je la lui devais.
— Dans l’avion, je t’ai promis quelque chose que je pouvais garantir. Et je l’ai garanti.
Ses yeux se remplirent.
— Ici, je ne peux pas rendre une chambre sûre simplement parce que je le veux.
— Je déteste cet endroit.
— Je comprends.
— Je vous déteste aussi.
— Je comprends ça aussi.
Il me regarda, déconcerté.
Les adultes sont souvent pressés de corriger la colère des enfants.
Parfois, il faut d’abord leur laisser le droit de l’avoir.
— Tu peux être en colère contre moi, repris-je. Mais demain matin arrivera quand même.
Barnabé posa sa truffe contre son poignet.
— Tu m’as dit qu’il était courageux.
— Oui.
— C’est quoi, être courageux ?
Léo renifla.
— Faire quelque chose même quand on a peur.
— Exactement.
Je regardai Barnabé.
— Demain, il devra faire quelque chose de très difficile. Il devra rester de son côté de la porte même s’il veut te suivre.
Léo secoua la tête.
— Non.
— Et toi, tu devras emporter avec toi tout ce qu’il t’a appris.
— Non.
— Pas maintenant. Demain.
Je fis une pause.
— Tu n’es pas prêt cette nuit. Alors cette nuit, on se prépare.
Les heures suivantes furent difficiles.
Léo pleura contre le cou de Barnabé.
Émilie lui caressa doucement le dos.
Claire raconta des histoires absurdes d’anciens passagers pour le distraire.
Sophie lui expliqua le fonctionnement du moniteur.
Camille dessina même les différentes étapes du transfert sur un tableau effaçable.
Une case pour Barnabé.
Une case pour Léo.
Une porte entre les deux.
— Le but, expliqua-t-elle, n’est pas que le lien disparaisse quand la porte se ferme.
Léo ne répondit pas.
Mais il écoutait.
À cinq heures trente, la nuit commença à pâlir.
Ava fut transférée dans sa chambre avec une heure quarante-six de retard.
Dans la limite annoncée.
Damien passa devant notre salle.
Il s’arrêta.
Regarda Léo endormi contre son chien.
Puis me fit un petit signe de la main.
Je répondis de la même façon.
À six heures dix, l’équipe de transfert arriva pour Léo.
Deux infirmières.
Un aide-soignant.
Des masques propres.
Le chariot.
La porte.
Léo se redressa.
Barnabé également.
— C’est l’heure, dit Camille.
Le garçon saisit le harnais.
— Non.
Émilie s’approcha.
— Mon cœur…
— Non !
Cette fois, le cri remplit la pièce.
Barnabé se plaça contre lui.
Je retirai ma casquette.
Elle me semblait soudain inutile.
Je la posai sur une chaise.
Puis je m’agenouillai.
— Tu te souviens de ce qu’on a dit sur les uniformes ?
Léo pleurait.
— Je m’en fiche.
— Je sais.
Je montrai le chien.
— Si tu lui demandes de rester à une place précise, est-ce qu’il reste ?
Léo hésita.
— Oui.
— Même s’il veut te suivre ?
Le garçon regarda Barnabé.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il est bien entraîné.
— Parce qu’il sait faire son travail.
Je respirai.
— Et si le travail le plus courageux de Barnabé aujourd’hui était de rester ?
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