Léo avait aperçu un berger allemand à la limite du camping.
Le chien avançait entre les arbres avec une légère boiterie.
Léo avait pensé qu’il était perdu.
Alors il avait voulu l’aider.
Il avait suivi l’animal.
D’abord quelques dizaines de mètres.
Puis davantage.
Le chien avançait.
Léo avançait.
À sept ans, on ne pense pas en kilomètres.
On pense seulement :
« Il est juste là. »
Puis :
« Encore un peu. »
Puis :
« Je peux encore le voir. »
Lorsque Léo avait compris qu’il ne voyait plus le camping, il était déjà trop loin.
Le premier chien avait disparu dans les broussailles.
Léo s’était retrouvé seul.
Il avait essayé de revenir sur ses pas.
Mais dans une forêt dense, tous les arbres commencent vite à se ressembler.
Il marcha pendant des heures.
Puis le soleil descendit.
C’est alors qu’il tomba sur le deuxième berger allemand.
Celui que nous avions retrouvé.
Le chien était attaché au pied d’un arbre, incapable de se lever.
Léo s’approcha.
Il essaya de tirer sur la chaîne.
Impossible.
Il chercha autour du tronc.
Impossible de l’enlever.
Dans sa poche, il avait une petite barre de céréales prévue pour le goûter.
Il la donna au chien.
L’animal la mangea lentement.
Léo vit ensuite le seau vide.
Il chercha de l’eau.
Il n’en trouva pas.
Et puis la nuit tomba.
Imaginez ce moment.
Sept ans.
Perdu.
Sans lampe.
Sans veste.
Les bruits de la forêt autour de vous.
Personne qui répond lorsque vous appelez votre maman.
Léo aurait pu repartir.
Il aurait pu continuer au hasard.
Mais il regarda ce chien.
Le chien ne pouvait pas partir.
Alors Léo resta.
Lorsque le froid devint trop fort, il fit quelque chose qui lui vint instinctivement.
Il s’allongea contre lui.
Le chien était faible, mais son corps produisait encore un peu de chaleur.
Léo se colla contre son flanc.
Selon les médecins qui l’examinèrent ensuite, cette chaleur supplémentaire avait probablement compté énormément pendant les heures les plus froides.
Et le plus bouleversant, c’est que l’inverse était peut-être vrai aussi.
Léo serrait le chien contre lui.
Il lui parlait.
Il lui caressait l’oreille.
— Tiens encore.
C’est ce qu’il nous raconta plus tard.
— Je lui disais qu’on allait être trouvés.
Deux êtres perdus dans la forêt s’étaient donc couchés l’un contre l’autre.
Et pendant quelques heures, chacun avait donné à l’autre une raison de continuer.
Au matin, Léo entendit quelque chose au loin.
Il pensa qu’il s’agissait peut-être de personnes.
Il se leva.
Il promit au chien qu’il reviendrait.
Puis il partit chercher de l’aide.
Il monta vers la crête.
Se perdit encore.
Redescendit.
Remonta.
Lorsqu’il nous raconta son trajet, nous comprîmes qu’il avait plusieurs fois changé de direction pour essayer de revenir vers l’animal.
— Je voulais pas qu’il croie que j’étais parti pour toujours, expliqua-t-il.
Cette phrase ne m’avait pas marqué immédiatement.
Elle aurait dû.
Lorsque nous avons retrouvé Léo, il n’était plus qu’à huit cents mètres environ du chien.
Quand nous lui avons annoncé que deux membres de notre équipe étaient restés auprès de l’animal, son visage changea.
— Vous êtes sûrs ?
— Oui.
— Vous allez pas le laisser ?
— Non.
— Promis ?
— Promis.
Il posa encore une question.
— Vous allez pas lui faire du mal parce qu’il est vieux ?
Je lui expliquai qu’il allait être soigné.
Léo attrapa ma manche.
— Il est pas méchant.
Je lui dis que personne ne pensait qu’il était méchant.
Mais Léo insista.
— Il est pas méchant. Il a juste été laissé.
Cette phrase me reviendrait deux ans plus tard.
Pour l’instant, nous devions sauver le chien.
Son état était critique.
Déshydraté.
Très amaigri.
Affaibli au point qu’il ne pouvait pratiquement plus se lever.
La zone autour de son cou nécessitait également des soins.
Une vétérinaire, le docteur Morel, le prit en charge.
Elle ne fit aucune promesse.
Pendant les premières quarante-huit heures, personne ne savait s’il allait survivre.
Léo, de son côté, avait passé la nuit à l’hôpital en observation.
Il n’avait rien de grave à long terme, mais son corps avait beaucoup souffert du froid et de l’épuisement.
Pourtant, ce qui inquiétait le plus sa mère n’était pas son état physique.
C’était son agitation.
Léo demandait sans arrêt des nouvelles du chien.
— Il est où ?
— Chez le vétérinaire.
— Il est tout seul ?
— Non.
— Vous êtes sûrs ?
— Oui.
Quelques minutes plus tard, il recommençait.
Claire comprit alors quelque chose.
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