Puis elle l’avait attrapé doucement par la peau du cou.
Antoine avait eu peur.
Il l’avait suivie.
Miette avait déposé Oscar entre ses propres petits.
Le chiot aveugle avait cherché la chaleur.
Puis il avait commencé à téter.
Miette l’avait laissé faire.
Pendant plusieurs semaines, elle avait élevé cinq petits.
Quatre chatons.
Et un chien.
Antoine avait noté leur évolution dans un vieux carnet de travail.
Élodie l’a retrouvé dans le garage.
« Oscar a pris du poids. »
« Miette le ramène dans la boîte quand il s’éloigne. »
« Les chatons dorment contre lui. »
« Premier aboiement. Miette lui a donné un coup de patte. »
« Oscar pleure lorsque les chatons sortent du nid. »
Les quatre premiers chatons avaient ensuite été adoptés.
Miette avait refusé la vie en appartement.
Elle était restée autour de la maison.
Oscar, lui, la suivait partout.
Quand elle allait sous l’abri du jardin, il attendait devant.
Quand elle dormait sur le rebord d’une fenêtre, Oscar dormait en dessous.
Lorsqu’un orage éclatait, Miette entrait dans le vieux canapé.
Oscar se couchait à côté.
Antoine n’avait jamais réparé le tissu.
Élodie a compris pourquoi.
— C’est là que Miette l’avait installé quand il était petit.
Ce canapé n’était pas seulement un meuble.
Pour Oscar, c’était probablement le plus ancien endroit associé à la sécurité.
Élodie est ensuite venue voir les animaux.
Dès qu’Oscar l’a aperçue, il s’est levé.
Elle s’est accroupie.
— Coucou, mon grand.
Oscar a reniflé ses mains.
Son manteau.
Puis son poignet.
Élodie portait la vieille montre de son père.
Oscar a respiré son odeur plusieurs fois.
Ses pattes avant ont fléchi.
Il a posé la tête sur les chaussures d’Élodie.
Elle a murmuré :
— J’aurais dû revenir plus tôt.
Mais Oscar regardait déjà ailleurs.
Vers Miette.
Un chaton venait de crier.
Le petit gris s’affaiblissait encore.
Une soigneuse l’a emporté pour le réchauffer.
Oscar s’est mis à gratter la porte.
Lorsqu’on l’a laissé sortir, il a couru jusqu’à la table où se trouvait le chaton.
Puis il est reparti vers Miette.
Ensuite vers le chaton.
Il a fait le trajet plusieurs fois.
Élodie a reconnu immédiatement le comportement.
— Papa racontait qu’il faisait pareil quand il était petit. Quand on retirait un chaton de la boîte, Oscar faisait des allers-retours jusqu’à ce qu’on le remette.
Le petit gris a finalement recommencé à respirer normalement.
Oscar s’est couché.
Nous pensions alors que le plus difficile était terminé.
Nous avions tort.
Le lendemain, Miette a cessé de nourrir ses petits.
Sa température est montée brutalement.
Les vétérinaires ont découvert une infection grave.
Elle devait être opérée immédiatement.
Miette est partie au bloc.
Oscar est resté devant la porte de la salle de soins.
On lui a apporté à manger.
Il n’y a pas touché.
On lui a apporté une couverture.
Il l’a poussée vers le panier des chatons.
Lorsqu’une employée a tenté de l’emmener dans un endroit calme, Oscar a fait quelques pas.
Un chaton a pleuré.
Il est revenu.
Les six petits se regroupaient du côté du panier le plus proche de son corps.
Finalement, on a ouvert la caisse.
Oscar a reniflé chaque chaton.
Puis il s’est allongé autour d’eux.
Son torse contre un côté.
Ses pattes arrière contre l’autre.
Les chatons se sont calmés.
Élodie a chuchoté :
— Il se souvient de sa boîte.
Autrefois, Oscar avait été le cinquième petit contre le ventre de Miette.
Cette nuit-là, il était devenu le mur autour des siens.
Miette a survécu à l’opération.
L’infection était importante, mais elle avait été traitée à temps.
Pendant sa convalescence, elle ne pouvait plus allaiter.
Élodie a pris quelques jours de congé.
Elle a appris à préparer les biberons.
Les chatons devaient être nourris toutes les deux heures.
Oscar observait tout.
Il nettoyait les traces de lait sur leurs museaux.
Quand l’un d’eux rampait trop loin de la source de chaleur, il le poussait doucement du nez.
Une nuit, Élodie n’a pas entendu son réveil.
Oscar a attrapé le biberon vide posé au sol et l’a poussé jusqu’à sa main.
Encore une fois, il n’avait pas besoin de comprendre le fonctionnement d’un réveil.
Il savait seulement qu’un biberon dans la main d’Élodie faisait cesser les cris.
Le lendemain, Oscar a été autorisé à entrer quelques secondes dans la salle où récupérait Miette.
La chatte était faible.
Une patte entourée d’un pansement.
Oscar s’est approché lentement.
Il n’a pas touché son ventre.
Il s’est simplement allongé à côté de sa tête.
Miette a ouvert les yeux.
Elle a levé une patte.
Et elle l’a posée sur son museau.
Exactement comme dans le canapé.
Oscar a fermé les yeux.
C’est à ce moment-là qu’Élodie nous a expliqué l’origine de sa cicatrice.
Lorsqu’Oscar était encore jeune, l’un des chatons de Miette s’était coincé sous une étagère du garage.
Oscar avait entendu ses cris.
Il avait essayé de passer son museau à travers un morceau de grillage tordu.
Le métal lui avait ouvert le nez.
Il n’avait pas réussi à libérer le chaton.
Alors il avait aboyé jusqu’à ce qu’Antoine arrive.
Le petit avait été sauvé.
Pendant qu’Antoine attendait de pouvoir emmener Oscar se faire soigner, Miette avait nettoyé sa blessure.
Cette cicatrice n’était donc pas la trace d’une bagarre.
C’était le souvenir de la première fois où Oscar avait tenté de sauver l’un de ses petits.
Cinq ans plus tard, dans le canapé abandonné, Miette avait posé sa patte exactement sur cette cicatrice.
Comme si elle se souvenait elle aussi.
Tout devenait plus clair.
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