Pendant 26 jours, elle léchait le même coin du refuge… jusqu’au retour du huitième chiot

Puis chutait.

Chaque matin, vers 6 h 30, Camille nous appelait.

Je mettais parfois le téléphone près du box de Romy quand Plume émettait un petit son.

Je n’étais pas certaine qu’une chienne comprenne une voix transmise par un haut-parleur.

Mais je voyais les oreilles de Romy bouger.

Après chaque appel, elle se levait.

Elle allait vers le carré.

Elle le léchait.

Puis elle revenait compter ses petits.

Toujours dans le même ordre.

Le mâle le plus gros.

La petite aux pattes blanches.

Le chiot avec une tache brune près de l’oreille.

Les autres.

Et enfin l’espace vide près de sa patte gauche.

Romy reniflait cet espace deux fois.

Les premiers jours, nous avons appelé cela du chagrin.

Au bout d’une semaine, nous avons parlé d’anxiété.

Vers le dixième jour, certains commencèrent à employer le mot « obsession ».

Dans un refuge, les journées sont réglées.

Les sols doivent être lavés.

Les box désinfectés.

Les animaux déplacés.

Les fiches médicales mises à jour rapidement.

Tout comportement répété qui complique ce rythme finit vite par être considéré comme un problème.

Ce qui nous troublait, c’est que Romy était parfaitement calme dans toutes les autres situations.

Elle marchait en laisse sans tirer.

Elle laissait les soigneurs approcher sa nourriture.

Elle acceptait les visiteurs.

Elle ne montrait aucune agressivité.

Il n’existait qu’un seul sujet sur lequel elle refusait de céder.

Le carré du box 18.

Le huitième jour, un agent pulvérisa du désinfectant dessus.

Romy passa sous la trappe à moitié fermée et s’allongea immédiatement sur la zone humide.

Elle ne grogna pas.

Elle ne mordit personne.

Elle refusa seulement de bouger.

Nous dûmes la guider doucement hors du box pour terminer le nettoyage.

Quand nous la laissâmes revenir, Romy passa presque cinquante minutes à lécher le béton propre.

Ce soir-là, j’écrivis dans mon carnet personnel :

« Elle ne nettoie pas quelque chose. Elle remet quelque chose. »

Je n’osai pas le mettre dans son dossier.

Cela paraissait absurde.

Au onzième jour, les autres chiots commencèrent à explorer leur box.

Dès qu’un petit s’éloignait trop, Romy le récupérait et le ramenait contre son ventre.

Ensuite, elle les sentait tous.

Jamais elle ne se trompait.

Ce même jour, Plume ouvrit enfin les yeux.

Camille nous envoya une photographie.

L’œil gauche était trouble.

L’œil droit ne suivait pas correctement un mouvement.

L’infection avait probablement atteint sa vision.

Personne ne savait encore dans quelle mesure.

Nous avons commencé à sortir les chiots en bonne santé dans un petit parc d’exercice.

Romy supportait la séparation tant qu’elle pouvait les voir.

Si l’un disparaissait derrière les jambes d’un soigneur, elle se redressait immédiatement.

Une collègue plaisanta :

— On dirait une conductrice de car scolaire. Sept montent, sept doivent redescendre.

Nous avons ri.

Le rire s’est arrêté quand les premiers chiots partirent en famille d’accueil.

Deux quittèrent le refuge au dix-septième jour.

Romy sentit leurs emplacements vides.

Elle vérifia les cinq restants.

Puis elle traversa jusqu’au carré.

Deux autres partirent au dix-neuvième jour.

Romy compta trois petits.

Puis les espaces.

Puis le carré.

Au vingt-troisième jour, il ne restait plus qu’un chiot sain avec elle.

Nous l’avions appelé Oscar.

Un gros mâle gris qui dormait sur le cou de sa mère et mordillait son oreille lorsqu’il se réveillait.

Romy sentait Oscar.

Puis les places vides laissées par les autres.

Puis elle allait dans le box 18.

Parce que sept chiots avaient quitté Romy selon un processus terminé.

Ils étaient partis.

Plume, elle, était sortie par une ouverture dont Romy avait appris qu’elle servait aussi au retour.

Au vingt-quatrième jour, la docteure Morel relut les notes.

Elle évoqua prudemment un traitement si le comportement continuait.

Mais elle demanda une expérience supplémentaire.

Nous avons placé trois tissus dans le box 18.

L’un portait l’odeur de Romy.

Le second celle d’Oscar.

Le dernier était propre.

Romy les ignora.

Camille nous envoya alors une petite compresse qui avait été sous Plume pendant un repas.

Je la déposai à plusieurs mètres du carré.

Romy entra dans le box.

Elle prit la compresse.

La transporta jusqu’à la trappe.

La posa sur le carré.

Puis elle lécha la compresse.

Le béton.

Et enfin sa patte gauche.

La vétérinaire regardait depuis le couloir.

— Ce n’est pas aléatoire, dit-elle.

— Alors qu’est-ce qu’elle fait ?

Elle secoua lentement la tête.

— Je ne sais pas encore.

C’était probablement la réponse la plus importante que nous avions entendue.

Parce qu’elle nous obligeait enfin à observer au lieu de corriger.

Le lendemain, à la clinique, Camille réalisa un test avec Plume.

Elle posa le chiot à une extrémité d’une petite salle calme.

À l’autre bout, elle plaça une compresse propre.

Plume ne réagit presque pas.

Camille remplaça la compresse par un morceau de tissu que Romy avait léché.

Le nez de Plume se leva immédiatement.

Le chiot parcourut environ quatre-vingts centimètres.

Lentement.

En se trompant deux fois de direction.

Mais elle atteignit le tissu.

Camille recommença.

Même résultat.

Le lendemain matin, elle téléphona.

— Ne nettoyez surtout pas le box 18 aujourd’hui.

Plume rentrait.

À 16 h 55, Romy se leva.

Elle traversa le box.

Et commença à lécher le carré presque vingt minutes plus tôt que d’habitude.

La voiture de la clinique n’était pas encore arrivée.

Elle se trouvait encore à plusieurs rues du refuge.

Romy léchait plus vite.

Puis elle plaça sa patte gauche près de la trappe.

Et regarda le couloir.

À 17 h 11, la porte arrière s’ouvrit.

Camille entra avec la caisse.

Plume tremblait sous une couverture jaune.

Romy entendit son premier gémissement.

Tout son corps se figea.

Oscar se réveilla contre elle.

Romy le sentit une fois.

Puis elle se dirigea vers le carré.

Camille installa Plume dans le box voisin.

Elle pesait un peu plus d’un kilo.

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