Deux jours après notre mariage, il a fait disparaître mon vieux chat sans me demander

Ceci est la suite de mon histoire avec Marius. Je pensais que le plus difficile avait été de le retrouver au refuge. Je me trompais. Quelques semaines plus tard, quelqu’un a sonné à ma porte avec une enveloppe que je n’avais aucune envie d’ouvrir.

Après le départ de Didier, l’appartement est redevenu silencieux.

Pas exactement comme avant.

Avant, ce silence me pesait parfois.

Maintenant, il me rassurait.

Le panier de Marius était de nouveau à sa place, près du mur du salon. Sa gamelle d’eau était exactement là où elle avait toujours été.

Je faisais attention à ne plus déplacer les meubles.

Même une chaise.

Même un petit tabouret.

J’avais compris quelque chose que je n’avais jamais vraiment remarqué avant.

Pour moi, déplacer un fauteuil de vingt centimètres ne changeait presque rien.

Pour Marius, cela pouvait changer tout son monde.

Les premiers jours après le refuge, il dormait beaucoup.

Plus que d’habitude.

Il se réveillait parfois brusquement, relevait la tête et restait immobile comme s’il cherchait à comprendre où il se trouvait.

Alors je lui parlais.

« Tu es à la maison, mon grand. »

Il tournait légèrement la tête vers ma voix.

Puis son corps se détendait.

La nuit, je laissais la porte de ma chambre ouverte.

Il venait parfois jusqu’au seuil.

Il ne montait plus sur le lit depuis longtemps, mais il restait quelques minutes sur le tapis avant de repartir.

Je crois qu’il vérifiait simplement que j’étais là.

Et, pour être honnête, je faisais la même chose avec lui.

Je me levais pour boire un verre d’eau et, avant de retourner me coucher, je regardais toujours vers son panier.

Je voulais voir sa petite silhouette grise.

Je voulais entendre sa respiration.

Je voulais être certaine que rien n’avait encore disparu.

Ma fille, Élodie, est venue de Lyon le week-end suivant.

Elle savait seulement que Didier et moi nous étions séparés.

Je ne lui avais pas raconté tous les détails au téléphone.

Je n’en avais pas eu la force.

Quand elle est arrivée, elle a posé son sac dans l’entrée et m’a serrée longtemps dans ses bras.

Puis elle a vu Marius.

Il dormait sur son coussin.

Élodie s’est accroupie près de lui.

« Coucou, vieux monsieur. »

Marius a levé la tête.

Il connaissait encore sa voix.

Il s’est approché doucement et lui a donné un petit coup de museau contre la main.

Élodie a souri.

Puis elle s’est mise à pleurer.

Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai réalisé à quel point elle avait eu peur, elle aussi.

Nous avons bu du café dans la cuisine.

Je lui ai tout raconté.

Elle m’a laissée parler jusqu’au bout.

Quand j’ai terminé, elle a regardé sa tasse pendant quelques secondes.

« Maman… tu sais que ce n’était pas seulement à propos de Marius, n’est-ce pas ? »

« Oui. »

« Tu aurais pu lui pardonner ? »

La question m’a surprise.

Pas parce qu’elle était mauvaise.

Parce que je me la posais moi-même depuis plusieurs jours.

« Peut-être pour une parole maladroite. Peut-être pour une dispute. Mais là… il a pris une décision à ma place. Une décision qu’il savait irréversible si je ne retrouvais pas Marius à temps. »

Élodie a hoché la tête.

Elle n’a pas essayé de me dire ce que je devais faire.

Et je lui en ai été reconnaissante.

Les semaines suivantes, j’ai repris ma routine.

Travail.

Courses.

Ménage.

Appels avec Élodie.

Et Marius.

Chaque matin, je lui donnais son petit déjeuner avant de partir.

Chaque soir, je disais son nom dès que j’entrais.

« Marius, je suis rentrée. »

Même s’il était dans la pièce voisine.

Même s’il dormait.

Je voulais qu’il sache.

Un mercredi soir, presque un mois après le départ de Didier, quelqu’un a sonné.

Marius dormait.

Je suis allée ouvrir.

C’était Didier.

Il avait maigri.

Ou peut-être que je ne le regardais simplement plus de la même manière.

Il tenait une enveloppe dans une main.

« Je ne vais pas entrer », a-t-il dit.

Je n’ai rien répondu.

Il m’a tendu l’enveloppe.

« Je voudrais juste que tu lises ça. Pas maintenant si tu ne veux pas. »

J’ai hésité avant de la prendre.

« Pourquoi tu n’as pas simplement appelé ? »

Il a baissé les yeux.

« Parce que je savais que j’allais essayer de me justifier. Et je crois que j’ai déjà trop fait ça. »

Cette phrase m’a surprise.

Il a regardé derrière moi.

Marius venait d’apparaître au bout du couloir.

Il avançait lentement.

Quand il a entendu la voix de Didier, il s’est arrêté.

Son corps s’est tendu.

À peine.

Mais je l’ai vu.

Didier aussi.

Il n’a pas essayé de s’approcher.

Il a simplement dit :

« Je suis désolé, Marius. »

Puis il est parti.

J’ai gardé l’enveloppe sur la table pendant deux jours.

Je passais devant.

Je la regardais.

Puis je continuais mon chemin.

Le vendredi soir, je l’ai ouverte.

Il n’y avait que deux pages.

Didier ne demandait pas que je revienne.

Il ne disait pas que j’avais exagéré.

Il ne disait pas que lui aussi avait souffert.

Il écrivait simplement qu’il avait compris quelque chose trop tard.

Pendant les mois avant notre mariage, il avait imaginé notre vie ensemble comme une maison neuve.

Propre.

Simple.

Sans les habitudes de l’autre.

Sans les objets inutiles.

Sans ce qui lui semblait encombrant.

Et il avait fini par traiter Marius comme un problème à régler.

Il écrivait :

« Je croyais faire de la place pour nous. En réalité, j’ai voulu faire de la place seulement pour ma façon de vivre. »

J’ai relu cette phrase plusieurs fois.

Puis je suis allée m’asseoir dans le salon.

Marius était dans son fauteuil.

Je lui ai raconté la lettre.

Oui.

Je parle à mon chat.

Je l’ai toujours fait.

« Tu vois, il a compris certaines choses. »

Marius n’a rien répondu, évidemment.

Il a simplement bâillé.

J’ai ri.

C’était la première fois depuis longtemps que je riais en parlant de Didier.

Je n’ai pas repris contact avec lui.

Pas tout de suite.

Mais j’ai gardé la lettre.

Au printemps, Marius a commencé à avoir plus de difficultés.

Il connaissait toujours l’appartement.

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