Cette chienne étouffait dans un bocal… mais après sa libération, elle refusait obstinément de repartir

Elle étouffait dans un bocal depuis des heures… mais une fois libérée, cette chienne affamée a refusé de nous suivre et nous a conduits ailleurs

Le bruit nous suivait depuis presque un kilomètre.

Toc.

Silence.

Toc.

À 12 h 39, nos six motos avançaient sur une petite route forestière du Morvan, à l’écart des villages, quand je l’ai entendu pour la première fois.

La chaleur de juillet tremblait au-dessus du bitume. Les cigales couvraient presque le ronronnement des moteurs.

Mais ce bruit-là ne ressemblait à rien de naturel.

Toc.

Comme une bouteille qu’on frappait contre un arbre.

J’ai levé le poing.

Les cinq autres ont immédiatement ralenti derrière moi.

Quand nous avons coupé les moteurs, la forêt est devenue étrangement silencieuse.

Puis le bruit a recommencé.

Toc.

Élodie a retiré son casque.

À quarante-trois ans, elle était la plus petite de notre groupe, mais aussi celle qui entendait toujours la première quand quelque chose clochait.

— Ce n’est pas un oiseau.

Nous avons laissé les motos sur le bas-côté et suivi le son à travers les fougères.

Je m’attendais à trouver un promeneur blessé, une boîte métallique coincée sous une branche ou peut-être des jeunes qui avaient abandonné des déchets.

À la place, une chienne bringée est sortie de derrière un sapin.

Sa tête était entièrement coincée dans un grand bocal en verre.

Elle avançait comme si elle était ivre.

Son épaule heurtait un arbre.

Puis sa hanche.

Le bocal pendait devant elle et tirait son cou vers le sol.

À travers le verre sale, on voyait à peine son museau.

Seule la buée produite par sa respiration nous indiquait qu’elle était encore vivante.

Quand elle a entendu nos pas, elle a paniqué.

Elle a tenté de courir.

Le bocal a frappé un tronc et elle est tombée sur le flanc.

Ses pattes ont gratté les aiguilles de pin.

Puis, contre toute logique, elle s’est relevée.

Mais elle ne cherchait pas la route.

Elle se tournait toujours dans la même direction.

Vers le nord-ouest.

— Ne lui courez pas après, a dit Marc. On l’encercle doucement.

Marc avait travaillé plusieurs années comme secouriste. Avec les animaux, il avait la même façon de parler qu’avec les humains blessés : lentement, sans gestes brusques.

Nous nous sommes espacés pour empêcher la chienne de descendre vers un talus rocheux.

Elle a encore parcouru quelques mètres.

Puis ses jambes ont lâché.

Elle s’est effondrée près d’un vieux chêne déraciné.

J’avais déjà approché des chiens terrorisés.

Certains montrent les dents.

D’autres essaient de mordre.

Elle, non.

Même allongée, elle continuait à ramper.

Pas loin.

Mais toujours dans cette même direction.

J’ai attrapé doucement le bocal avant qu’il ne frappe une racine.

Derrière le verre trouble, ses yeux étaient presque fermés.

Sa langue sombre reposait contre le fond.

Marc a posé deux doigts contre sa poitrine.

— Son cœur s’emballe.

— On peut tirer le bocal ?

Il a observé le rebord serré derrière les oreilles de la chienne.

— Pas comme ça. On va lui faire très mal.

Élodie est revenue avec la trousse de secours que nous gardions toujours dans une sacoche.

Nous avons protégé le verre avec une couverture épaisse, essayé de lubrifier le rebord et maintenu le cou de l’animal.

Rien ne bougeait.

Sa tête était probablement entrée quand elle n’était pas encore gonflée.

Mais après des heures à se débattre, la peau derrière ses oreilles avait enflé.

Le bocal était devenu un piège.

Puis, pendant une fraction de seconde, sa poitrine a cessé de bouger.

Marc m’a regardé.

— On casse.

J’avais déjà brisé des vitres pour aider des automobilistes.

Mais là, le verre entourait deux yeux, deux oreilles et un cou déjà meurtri.

J’ai placé le petit brise-vitre contre la base épaisse du bocal.

— Tenez-la.

Un coup sec.

Crac.

Sous la couverture, le verre s’est fendu.

Nous avons retiré les morceaux un par un.

Quand la dernière partie s’est détachée, la chienne a aspiré l’air dans un bruit rauque.

Puis elle s’est écroulée sur mes chaussures.

Marc a versé un peu d’eau dans sa paume.

Elle a tourné la tête.

Élodie a ouvert un sachet de nourriture.

La chienne n’a même pas regardé.

À la place, ses yeux se sont fixés sur les morceaux de verre emballés dans la couverture.

Elle a recommencé à ramper vers eux.

— Mais qu’est-ce que tu fais ? ai-je murmuré.

Je l’ai bloquée avec mon bras.

Elle a poussé un petit gémissement de frustration.

Puis sa patte a gratté la couverture.

Quelque chose de sec a bougé entre les morceaux de verre.

Élodie s’est penchée.

— Elle veut ce qu’il y avait dedans.

J’ai passé délicatement les doigts entre les morceaux protégés.

J’ai senti quelque chose de dur.

Une petite croûte.

Je l’ai sortie.

C’était un bout de pain.

Un simple morceau de pain blanc, sec et couvert de poussière.

La chienne l’a pris entre ses dents avec une incroyable douceur.

Puis elle a tourné la tête.

Encore vers le nord-ouest.

Marc a replacé de l’eau devant elle.

Elle l’a contournée.

Elle a voulu marcher.

Six pas.

Au septième, elle est tombée.

Je l’ai rattrapée sous la poitrine.

Elle ne devait pas peser plus de dix-huit kilos alors que sa taille indiquait qu’elle aurait dû en faire facilement vingt-cinq.

Sous son pelage, je sentais chaque côte.

— On l’emmène chez le vétérinaire, a dit Marc.

Il avait raison.

Ses gencives étaient encore très sombres. Sa respiration sifflait. Ses pattes étaient abîmées et son cou portait une large trace rouge.

J’ai soulevé la chienne.

Puis je me suis tourné vers la route.

Aussitôt, elle s’est débattue.

Le morceau de pain est resté coincé doucement entre ses dents, mais ses pattes avant se sont tendues vers le sol.

— Doucement…

Une patte blanche a poussé contre mon torse.

J’ai changé de direction.

Vers les arbres.

La chienne s’est immédiatement calmée.

Élodie l’a remarqué.

— Tourne vers les motos.

Je l’ai fait.

La chienne s’est remise à lutter.

Je suis revenu vers le nord-ouest.

Elle s’est immobilisée.

Marc a regardé les bois devant nous.

— Elle essaie d’aller quelque part.

Devant nous, le terrain plongeait dans un petit ravin couvert de ronces, de branches tombées et de jeunes sapins.

Aucun sentier.

Aucun bâtiment.

Rien.

Pourtant, tout le corps de cette chienne semblait pointer dans cette direction.

Nous avons décidé de la suivre quelques minutes avant de rejoindre le véhicule d’assistance.

Je la portais.

Élodie marchait près de moi.

Les autres ouvraient le passage.

Et la chienne est devenue notre boussole.

Quand Julien prenait le mauvais passage entre deux arbres, elle relevait le museau.

Quand nous nous arrêtions, elle agitait ses pattes.

Quand nous avancions dans la bonne direction, elle se détendait contre mon bras pour économiser ses forces.

Au bout d’une vingtaine de mètres, nous avons trouvé la première trace.

Une rainure courbe traversait une zone de terre rouge.

De petits éclats de verre brillaient à l’intérieur.

Le bocal avait frotté là.

Juste à côté, une empreinte de patte portait une tache sombre.

Nous avons continué.

Plusieurs troncs présentaient des marques en demi-cercle à quelques centimètres du sol.

Toujours à la hauteur du bocal.

Et surtout, les traces allaient dans les deux sens.

Certaines venaient du nord-ouest.

D’autres y retournaient.

Élodie s’est arrêtée.

— Elle est déjà passée ici plusieurs fois.

Marc a décroché une petite touffe de poils bringés d’une ronce.

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