Douze motards chauves l’attendaient devant l’école… ce garçon de 8 ans n’en croyait pas ses yeux

À huit ans, on le traitait d’« extraterrestre » à cause de sa chimiothérapie… puis douze motards chauves l’attendaient devant son école

— Papa… je ne veux pas y aller.

Lucas était assis sur la dernière marche du perron, son cartable serré contre sa poitrine comme un bouclier.

Il avait huit ans.

Sous la capuche de son sweat bleu, il n’y avait plus un seul cheveu.

Pour la troisième fois en trois semaines, mon fils refusait d’aller à l’école.

Je me suis accroupi devant lui.

— Lucas, regarde-moi.

Il a secoué la tête.

— Ils vont encore le dire.

Je savais exactement de quoi il parlait.

Depuis septembre, plusieurs enfants avaient découvert ce mot qui, dans leur bouche, semblait presque drôle.

« Extraterrestre. »

La première fois, c’était à la cantine.

Un garçon de sa classe l’avait lancé devant toute une table :

— Hé, regardez ! On dirait un extraterrestre !

Quelques enfants avaient ri.

Lucas aussi avait essayé de rire.

C’est ce que font parfois les enfants quand ils ont honte : ils rient avec ceux qui leur font mal pour essayer de faire croire que ça ne leur fait rien.

Mais le soir, dans la salle de bains, je l’avais surpris devant le miroir.

Il passait sa main sur son crâne nu.

Encore.

Encore.

Encore.

Onze mois plus tôt, le jour de ses sept ans, on nous avait annoncé qu’il souffrait d’une leucémie aiguë.

Il y a des phrases qui coupent une vie en deux.

Avant.

Après.

Avant, nous étions une famille ordinaire d’une petite commune du Puy-de-Dôme.

Je m’appelais Julien Morel, trente-neuf ans, plombier-chauffagiste.

Ma femme, Claire, travaillait à mi-temps dans une petite bibliothèque municipale.

Notre principale inquiétude consistait à savoir si Lucas avait pensé à ranger ses crampons de football ou s’il allait encore oublier son cahier de poésie.

Puis il y avait eu les analyses.

Les couloirs.

Les médecins parlant doucement.

Les regards que Claire et moi évitions de croiser.

Les traitements.

Et les cheveux de Lucas tombés par poignées durant les premières semaines.

Au début, il avait trouvé ça presque amusant.

— Papa, regarde, je ressemble à papi Marcel !

Mon père était chauve depuis ses quarante-cinq ans.

On avait tous ri.

Même mon père.

Surtout mon père.

Mais à huit ans, être différent n’est drôle que tant que personne ne décide d’en faire une faiblesse.

En octobre, Lucas avait cessé de lever la main en classe.

Puis il avait cessé de jouer dans la cour.

Ensuite, il avait demandé à manger à l’écart de la cantine.

Ses chaussures de football étaient restées trois mercredis de suite dans l’entrée.

Le vendredi précédent, au moment de se coucher, il m’avait dit :

— Papa, je pourrais faire l’école à la maison jusqu’à ce que mes cheveux repoussent ?

Il avait parlé sans pleurer.

C’était pire.

Les enfants qui pleurent espèrent encore qu’on puisse arranger les choses.

Lucas, lui, avait déjà pris sa décision.

Il voulait disparaître.

Le dimanche soir, Claire s’était endormie sur le canapé après avoir pleuré longtemps, le visage tourné vers le dossier pour que je ne la voie pas.

Vers minuit, je me suis retrouvé seul à la table de la cuisine.

Une tasse de café froid devant moi.

Le vieux carrelage beige que nous voulions changer depuis dix ans.

L’horloge offerte par ma mère pour notre mariage.

Et cette impression atroce qu’un père devrait toujours savoir quoi faire.

Mais je ne savais plus.

J’avais parlé aux enseignants.

L’école avait réagi.

Les enfants concernés avaient été repris.

Les adultes faisaient ce qu’ils pouvaient.

Pourtant, il suffit parfois d’un murmure dans un couloir pour détruire une matinée entière.

Alors j’ai pris mon téléphone.

Je suis allé sur le groupe public des habitants de notre secteur.

Et j’ai écrit.

« Bonsoir. Je m’appelle Julien. Mon fils Lucas a huit ans et suit un traitement contre une leucémie. Il n’a plus de cheveux à cause des soins. Depuis quelques semaines, certains élèves l’appellent “extraterrestre”. Il ne veut plus aller à l’école.

Je ne cherche pas à accuser qui que ce soit. Je suis juste un père qui ne sait plus comment aider son fils.

S’il y a parmi vous un enseignant, un éducateur, un sportif, quelqu’un qui a vécu la même chose… j’aimerais simplement lui montrer qu’il n’est pas seul.

Demain matin, je serai devant l’école avec lui vers 8 heures.

Merci d’avoir lu. »

J’ai hésité.

Puis j’ai appuyé sur « publier ».

Je n’attendais rien.

Vingt-six minutes plus tard, mon téléphone a vibré.

Un message privé.

L’expéditeur s’appelait Henri Delmas.

La photo montrait un homme massif d’une soixantaine d’années, barbe grise, blouson de cuir, bras croisés devant une moto.

Son message tenait en quatre lignes.

« Julien,

On a vu ton message.

Sois devant l’école avec ton garçon demain à 7 h 55.

Ne lui dis rien.

Fais-nous confiance.

Henri. »

J’ai relu trois fois.

Puis une quatrième.

J’ai montré le téléphone à Claire lorsqu’elle s’est réveillée.

— Tu connais cet homme ?

— Pas du tout.

— Et tu comptes vraiment y aller ?

— On doit déjà y aller à l’école.

— Julien…

— Je sais.

Nous n’avons presque pas dormi.

À 7 h 47, Lucas était toujours assis sur le perron.

— Papa… s’il te plaît.

Je me suis assis à côté de lui.

— On va juste essayer aujourd’hui.

— Pourquoi aujourd’hui serait différent ?

Je n’avais aucune réponse honnête.

Alors j’ai dit :

— Parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver un lundi.

Il m’a lancé ce regard que les enfants commencent à avoir vers huit ou neuf ans, quand ils comprennent que les adultes improvisent beaucoup plus qu’ils ne veulent l’admettre.

Puis il s’est levé.

À 7 h 56, nous avons traversé le petit parking devant l’école élémentaire.

Lucas marchait lentement.

Sa capuche presque jusqu’aux yeux.

Une main dans la mienne.

L’autre tirant son cartable.

Puis il s’est arrêté.

Devant le portail se tenaient douze hommes.

Deux rangées parfaitement alignées.

Douze blousons de cuir usés.

Douze paires de bottes.

Des hommes de trente à presque soixante-dix ans.

Des grands.

Des petits.

Des maigres.

Des costauds.

Des barbes blanches, des moustaches, des tatouages anciens un peu délavés.

Mais surtout…

Douze crânes complètement rasés.

Pas tondus court.

Rasés.

À blanc.

Lucas a levé lentement la tête.

Sa main s’est crispée dans la mienne.

Il a compté.

Je l’ai vu bouger légèrement les lèvres.

Un.

Deux.

Trois.

Quatre.

Jusqu’à douze.

L’homme placé devant les autres devait mesurer près d’un mètre quatre-vingt-dix.

Un ventre généreux.

Une barbe poivre et sel.

Des rides profondes autour des yeux.

Il avait probablement l’âge d’être le grand-père de Lucas.

Il s’est avancé.

Puis cet homme immense s’est mis à genoux devant mon fils.

Sur le bitume.

Sans se soucier de son pantalon.

Lucas le fixait.

— Monsieur…

Sa voix tremblait.

— Pourquoi vous êtes chauve, vous aussi ?

L’homme a souri.

— Parce qu’on s’est rasés ce matin.

Lucas a regardé les autres.

— Tous ?

— Tous.

— Pourquoi ?

L’homme a pris une inspiration.

Puis il a répondu :

— Parce qu’on a entendu qu’un garçon courageux se faisait traiter d’extraterrestre simplement parce qu’il n’avait plus de cheveux.

Silence.

Même les parents qui arrivaient derrière nous ne parlaient plus.

— Alors, on s’est dit qu’il fallait régler un petit problème.

Lucas fronça les sourcils.

— Quel problème ?

— Si être chauve fait de toi un extraterrestre, alors regarde autour de toi.

Il a désigné les onze autres hommes.

— Ça fait beaucoup d’extraterrestres dans le village.

Quelques adultes ont ri doucement.

Lucas a essayé de retenir un sourire.

L’homme s’est rapproché.

— Mais entre nous, petit… nous, on préfère dire autre chose.

— Quoi ?

— Motard.

Les yeux de Lucas se sont agrandis.

— Je ne suis pas motard.

— Pas encore officiellement.

L’homme a glissé la main dans la poche intérieure de son blouson.

Il en a sorti un petit écusson en tissu.

Dessus, une moto stylisée.

En dessous, brodé à la main :

« LUCAS — COPAIN D’HONNEUR — N°46 »

Lucas l’a pris avec précaution.

— C’est à moi ?

— Taillé pour toi.

— Mais je n’ai même pas de moto.

L’homme a éclaté de rire.

— À huit ans, heureusement !

Pour la première fois depuis des semaines, j’ai entendu mon fils rire devant son école.

Un vrai rire.

Court.

Mais entier.

L’homme lui a tendu sa grosse main.

— Moi, c’est Henri.

Lucas l’a serrée.

— Lucas.

— Je sais.

Henri a baissé la voix.

— Écoute-moi bien, Lucas. Les gens peuvent t’appeler comme ils veulent. Ils peuvent regarder ton crâne, tes vêtements, ta taille, ta tête. Ils peuvent décider en trois secondes qu’ils savent qui tu es.

Il a tapé doucement sur son propre crâne rasé.

— Nous aussi, on nous regarde parfois de travers.

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