Douze motards chauves l’attendaient devant l’école… ce garçon de 8 ans n’en croyait pas ses yeux

Le prénom LUCAS était pyrogravé sur le côté.

— Elle n’a pas de moteur, avait protesté Lucas.

— Ton père n’aurait pas apprécié.

— Je peux en mettre un ?

— Demande à ton père.

— Non.

Tout le monde avait ri.

Mais au fil des mois, j’ai découvert que chacun de ces hommes portait sa propre histoire.

Gérard avait perdu une fille très jeune après une longue maladie.

Pendant presque dix ans, il avait été incapable d’entrer dans un service pédiatrique sans ressentir le besoin de ressortir immédiatement.

La première fois qu’il avait accompagné Lucas, il était resté six heures.

Malik, quarante et un ans, avait lui-même passé une partie de son adolescence à l’hôpital.

Il savait ce que c’était d’être « le garçon malade ».

Il savait aussi la sensation étrange de retrouver ses camarades après plusieurs semaines d’absence et de constater que tout le monde vous regarde différemment.

Patrick avait un petit-fils atteint d’une maladie chronique.

François donnait régulièrement son sang depuis plus de vingt ans parce que son frère avait eu besoin de nombreuses transfusions lorsqu’ils étaient jeunes.

Joël, ancien mécanicien, avait perdu sa femme après trente-sept ans de mariage.

Depuis sa retraite, il disait souvent qu’il ne servait plus à grand-chose.

Lucas lui confia un jour la mission de construire une boîte pour ranger ses cartes.

Joël passa deux semaines dessus.

Il fabriqua une boîte en chêne, beaucoup trop belle pour des cartes d’enfant.

Sur le couvercle, il grava :

« Pour le frère n°46. »

Quand Lucas l’ouvrit, il resta silencieux.

Puis il dit :

— Joël, quand je serai grand, tu m’apprendras à faire ça ?

Joël détourna le visage.

— Bien sûr.

Je compris seulement plus tard qu’il pleurait.

Voilà ce que je n’avais pas anticipé.

Je pensais que douze hommes étaient venus sauver le moral de mon fils.

En réalité, Lucas faisait quelque chose pour eux aussi.

Il leur donnait une raison de sortir du lit.

Une raison de se retrouver autrement que pour parler mécanique ou refaire le monde autour d’un café.

Une raison de se sentir utiles.

À soixante ou soixante-dix ans, on vous répète souvent que vous avez « bien mérité de vous reposer ».

Mais beaucoup de gens de cette génération n’ont jamais appris à se reposer.

Ils ont travaillé.

Élevé leurs enfants.

Payé leurs crédits.

Réparé leurs maisons le dimanche.

Aidé leurs parents vieillissants.

Puis un jour, on leur remet une montre, un bouquet, quelques applaudissements.

Et on leur dit :

« Profitez maintenant. »

Profiter de quoi ?

Henri me l’a expliqué un soir.

Nous étions assis devant leur atelier, deux cafés à la main.

— Tu sais, Julien, quand j’ai pris ma retraite, les six premiers mois, j’étais heureux.

Il a souri.

— Après, je suis devenu insupportable.

— Mireille me l’a confirmé.

— Elle exagère. Un peu.

Puis son visage est devenu sérieux.

— J’avais passé ma vie à avoir une destination. Une heure d’arrivée. Quelqu’un qui comptait sur moi. Et soudain plus rien.

Il regardait ses mains.

— Ton fils nous a redonné un endroit où être attendus.

Je n’ai rien trouvé à répondre.

Henri a ajouté :

— Alors ne va surtout pas raconter partout qu’on est des héros. Ça nous agacerait.

Pendant les mois suivants, les cheveux ne repoussèrent sur aucun des douze crânes.

Chaque semaine ou presque, ils repassaient le rasoir.

Même Patrick.

Sa femme avait effectivement été furieuse pendant environ vingt minutes.

Puis elle avait rencontré Lucas.

Après cela, c’est elle qui lui rappelait :

— Ta tête commence à repousser.

À l’école, les choses avaient changé elles aussi.

Pas miraculeusement.

Les enfants restent des enfants.

Mais le garçon qui avait lancé le surnom avait été repris sérieusement.

Ses parents avaient été reçus.

Les enseignants avaient travaillé sur les moqueries, la différence et la maladie sans transformer Lucas en mascotte.

Quelques semaines plus tard, le garçon s’est assis près de lui à la cantine.

— Je suis désolé.

Lucas lui avait répondu :

— D’accord.

Puis, après quelques secondes :

— Tu veux mon yaourt ? Je n’aime pas ceux à l’abricot.

C’était réglé.

Les enfants ont parfois cette capacité de tourner la page que nous, adultes, perdons quelque part entre les crédits immobiliers, les divorces, les rancunes familiales et les Noëls où personne ne sait plus pourquoi deux frères ne se parlent pas.

Lucas recommença le football au printemps.

Pas longtemps.

Ses forces variaient beaucoup.

Mais le premier mercredi où il remit ses chaussures, Henri et trois autres étaient derrière la petite main courante du stade municipal.

Ils essayèrent d’être discrets.

Imaginez quatre hommes chauves en cuir près d’un terrain d’enfants.

Ils n’étaient pas discrets.

Lucas marqua un but.

Henri cria si fort que l’arbitre se retourna.

— Henri ! avait hurlé Claire.

— Pardon !

Deux minutes plus tard, il recommença.

Au mois de mai, après des mois de traitement, le médecin nous annonça enfin que les examens étaient bons.

Je n’utiliserai jamais le mot « fin » concernant ce genre de maladie.

Les familles apprennent à être prudentes.

Il y aurait encore des contrôles.

Des rendez-vous.

Des peurs chaque fois qu’un enfant semblerait fatigué un peu trop longtemps.

Mais ce jour-là, nous avions le droit de respirer.

Lucas avait terminé son traitement.

Lorsque nous sommes sortis, ils étaient tous là.

Les douze.

Pas dans le service.

Dehors.

Sur le parvis.

Avec leurs crânes parfaitement rasés.

Lucas les regarda.

— C’est fini.

Henri hocha la tête.

— Oui.

— Alors vous pouvez laisser repousser vos cheveux.

Patrick leva immédiatement les bras.

— Enfin !

Tout le monde éclata de rire.

Henri posa une main sur l’épaule de Lucas.

— Marché respecté.

Quelques semaines plus tard, les cheveux de mon fils commencèrent à revenir.

D’abord un duvet.

Puis des cheveux très fins.

Blond foncé.

Claire passait parfois la main dessus comme si elle touchait quelque chose de précieux.

Un soir de juillet, Lucas m’a demandé mon téléphone.

— Pourquoi ?

— Je dois appeler Henri.

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