Le berger allemand était presque enseveli, mais son dernier mouvement révélait un secret sous la terre

Une soigneuse arrivée avec l’équipe vétérinaire a nettoyé sa bouche.

Un secouriste a commencé les compressions.

Le mâle s’est traîné jusqu’à elle.

Il a posé une patte sur le bord de la planche.

Personne n’a eu le courage de la retirer.

Après plusieurs compressions, la femelle a toussé.

Un mélange de boue et d’eau est sorti de sa bouche.

Puis sa poitrine s’est soulevée.

Une fois.

Deux fois.

Le mâle a approché son nez de son museau.

Ensuite, il s’est laissé tomber sur le sol.

Comme s’il venait seulement de s’autoriser à abandonner ses dernières forces.

Nous avons installé la femelle dans le premier véhicule.

Lorsque nous avons voulu mettre le mâle dans un autre compartiment, il a refusé.

Pour la première fois, il s’est débattu.

Il cherchait la femelle du regard.

Nous avons rapproché leurs cages.

Il s’est calmé immédiatement.

Les portes se sont fermées.

Et seulement à ce moment-là, le mâle a accepté de boire.

À la clinique vétérinaire, personne ne connaissait leurs noms.

Sur les fiches, on les a d’abord appelés « chien un » et « chien deux ».

Le mâle avait environ six ans.

Il était gravement déshydraté, beaucoup trop maigre, et ses coussinets étaient détruits.

La femelle semblait avoir dix ou onze ans.

Elle souffrait d’une infection pulmonaire provoquée par la boue qu’elle avait inhalée.

Ses articulations arrière étaient usées depuis longtemps.

Son rythme cardiaque descendait parfois dangereusement.

On l’a placée sous oxygène.

Le mâle, lui, refusait de s’allonger.

Il tremblait devant sa cage, le regard fixé vers la salle où se trouvait la femelle.

La vétérinaire a alors demandé qu’on tourne leurs espaces l’un vers l’autre.

Dès qu’il a aperçu la silhouette de sa compagne derrière la paroi transparente, il s’est couché.

Le lendemain matin, Élodie et moi sommes retournés au lac.

Nous voulions comprendre comment deux chiens avaient pu se retrouver au milieu d’un bassin asséché, à plusieurs centaines de mètres de la rive.

Leurs traces étaient encore visibles.

Elles commençaient près d’un ancien rideau de roseaux.

Deux séries d’empreintes avançaient côte à côte.

Au début, elles étaient régulières.

Puis celles de la femelle devenaient plus profondes.

Ses pattes arrière traînaient légèrement.

Le mâle commençait à tourner autour d’elle.

Devant.

Derrière.

Puis sur le côté.

Ils avaient atteint une zone qui paraissait solide.

Elle ne l’était pas.

Sous quelques centimètres de terre sèche se cachait encore une boue épaisse.

La femelle avait traversé la croûte la première.

Elle s’était enfoncée jusqu’au ventre.

Les traces du mâle racontaient la suite.

Il avait creusé près de ses épaules.

Puis près de ses hanches.

Il avait essayé de la tirer.

Et surtout, ses empreintes montraient qu’il avait réussi à sortir.

Deux fois.

Une série de traces quittait la zone boueuse et parcourait presque six mètres sur la partie dure.

Puis elle revenait.

Élodie s’est arrêtée.

— Il était libre.

J’ai suivi les empreintes du regard.

Oui.

Le mâle n’avait pas été piégé en même temps que la femelle.

Il s’était échappé.

Puis il était retourné vers elle.

Plus loin, nous avons découvert plusieurs petites dépressions dans la terre.

L’une se trouvait contre la femelle.

Une autre était placée du côté où soufflait le vent du soir.

Le mâle avait dormi là.

Une troisième zone montrait des traces de langue autour de la petite ouverture d’air.

Il avait probablement léché la boue humide pour empêcher la fissure de se refermer.

Nous avons aussi retrouvé ses traces jusqu’à une flaque d’eau isolée.

Il avait réussi à l’atteindre plusieurs fois.

Mais chaque série d’empreintes revenait ensuite vers la femelle.

En comparant les couches de boue et le séchage du sol, nous avons estimé qu’il avait continué ainsi pendant plusieurs jours.

Il partait boire.

Il revenait.

Il creusait.

Il se couchait contre elle.

Puis il repartait.

Au bout de trois jours, ses traces n’atteignaient plus l’eau.

Le quatrième jour, son corps s’était lui aussi enfoncé.

Le cinquième, il ne restait probablement plus que sa tête et ses oreilles visibles.

Dans les roseaux, Élodie a découvert quelque chose qui brillait.

Deux petites médailles métalliques.

L’une était tordue.

L’autre était encore accrochée à un morceau de cuir bleu.

Nous avions enfin leurs noms.

Le mâle s’appelait Oslo.

La femelle, Miette.

Une adresse figurait sur les deux médailles.

Une petite maison située dans un quartier ancien de Gap.

Le propriétaire s’appelait André Delmas.

J’ai appelé le numéro inscrit.

Un répondeur s’est déclenché.

La voix d’un homme âgé disait :

« Vous êtes chez André. Je suis sûrement dehors avec Oslo et Miette. Laissez un message, nous vous rappellerons tous les trois en rentrant. »

Je l’ai écouté deux fois.

Puis je suis allé à l’adresse.

La maison était vide.

Un panneau annonçait qu’elle venait d’être vendue.

Les rideaux avaient disparu.

Dans le salon, on distinguait encore sur les murs les rectangles plus clairs laissés par d’anciens cadres.

Une voisine d’une soixantaine d’années est sortie de chez elle.

Lorsqu’elle a vu les deux médailles dans ma main, son visage a changé.

— Vous les avez trouvés ?

— Oui.

Elle a porté une main à sa bouche.

— Ils sont vivants ?

— Pour l’instant, oui. Mais la femelle est encore très faible.

La voisine a regardé la maison vide.

— Cela fait presque deux semaines qu’ils ont disparu.

— Où est leur propriétaire ?

Elle a baissé les yeux.

— C’est justement le problème.

André Delmas avait vécu dans cette maison pendant près de quarante ans.

Ancien mécanicien agricole, il avait pris sa retraite à soixante-douze ans.

Sa femme, Colette, était morte quelques années plus tôt.

Son fils unique vivait dans le sud-ouest de la France.

Oslo était arrivé le premier.

André l’avait adopté lorsqu’il était encore jeune.

Le chien débordait d’énergie et avait déjà changé plusieurs fois de foyer.

Lorsque l’homme s’était assis pour le rencontrer, Oslo s’était appuyé contre son genou droit.

André avait ri.

— Lui, il a compris de quel côté j’ai mal.

Miette était arrivée plus tard.

Elle était déjà âgée.

Elle se fichait des jouets et des friandises.

Lorsque André s’était assis près d’elle, elle avait simplement posé la tête sur sa chaussure gauche.

Il était reparti avec elle le jour même.

Leur voisine connaissait toutes leurs habitudes.

Chaque matin, vers six heures, André sortait avec les deux chiens.

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