Le berger allemand était presque enseveli, mais son dernier mouvement révélait un secret sous la terre

Oslo marchait toujours à droite.

Miette toujours à gauche.

En fin d’après-midi, ils ressortaient.

Le samedi, lorsqu’André avait suffisamment de forces, il les emmenait jusqu’au lac de Valmont.

Miette se reposait près d’un vieux peuplier.

Oslo cherchait des branches au bord de l’eau.

Même lorsque la sécheresse avait commencé à transformer le lac, André avait conservé cette promenade.

Les chiens connaissaient l’endroit.

Ils connaissaient surtout son odeur.

Au début du mois d’août, André avait été retrouvé mort chez lui après un malaise.

C’était Oslo qui avait alerté la voisine en aboyant devant sa porte.

Miette était restée couchée près du côté gauche du vieil homme.

Oslo se tenait près de l’entrée avec une laisse dans la gueule.

Le fils d’André était arrivé le lendemain.

Ne pouvant pas accueillir immédiatement deux grands chiens, il les avait confiés provisoirement à un cousin vivant à la campagne.

Il comptait revenir les chercher après avoir réglé la succession.

La maison.

Les papiers.

Les meubles.

Les comptes.

Les semaines avaient passé.

Les chiens avaient été installés dans un grand enclos.

Ils étaient nourris correctement.

Ils avaient de l’eau.

Mais personne ne reproduisait les promenades d’André.

Chaque après-midi, vers l’heure habituelle de la sortie, Miette se plaçait contre la clôture.

Et regardait vers l’est.

Vers Gap.

Vers leur ancienne maison.

Un jour de septembre, le portail de l’enclos fut mal verrouillé.

Oslo réussit à pousser le battant.

Miette le suivit.

Ils partirent avant le lever du jour.

Nous avons ensuite reconstitué une partie de leur trajet grâce à plusieurs témoignages.

Les deux chiens ne semblaient pas errer au hasard.

Ils avançaient dans la même direction.

Ils ont suivi des chemins agricoles.

Longé des entrepôts.

Traversé des quartiers périphériques.

Au petit matin, ils sont arrivés devant la maison d’André.

La voisine les a retrouvés sur l’enregistrement de sa petite caméra de porte.

Oslo a monté les marches.

Miette est restée sur le trottoir.

Il a reniflé la porte.

Gratté deux fois.

Puis il s’est assis.

Personne n’a ouvert.

La maison avait déjà été vidée.

Les sols avaient été nettoyés.

Les murs repeints.

L’odeur d’André disparaissait peu à peu sous celle des produits ménagers et des visiteurs.

Après plusieurs minutes, Oslo a quitté le perron.

Il est retourné vers Miette.

Puis ils ont repris la route.

Mais pas en direction de l’enclos.

Ils ont choisi l’itinéraire qu’André empruntait le samedi.

Celui du lac.

Ils avaient parcouru des dizaines de kilomètres pour retrouver les deux endroits qui, pour eux, représentaient encore leur maître.

La maison était vide.

Alors ils étaient allés chercher le vieux chemin du lac.

Miette s’était enfoncée dans la boue.

Oslo avait réussi à s’en sortir.

Puis il avait entendu Miette derrière lui.

Et il était revenu.

La deuxième nuit à la clinique fut la plus difficile.

L’état de Miette s’est brusquement aggravé.

La vétérinaire m’a appelé en pleine nuit.

— Si vous voulez venir, faites-le maintenant.

Ma femme, Sophie, est venue avec moi.

Elle travaillait depuis longtemps auprès d’enfants et possédait une patience étrange avec les animaux anxieux.

Elle s’est assise par terre devant la cage d’Oslo, légèrement de côté pour ne pas le fixer.

Le chien refusait toujours de manger.

Sophie a posé un petit morceau de poulet près de lui.

Il l’a senti.

Puis il a regardé Miette.

Sophie a déplacé le morceau dans sa direction.

Oslo l’a mangé.

Les soigneurs ont compris.

À partir de ce moment-là, ils plaçaient sa gamelle de manière qu’il puisse voir la cage de Miette.

Il mangeait.

Lorsque la gamelle était déplacée au fond, il n’y touchait presque plus.

Oslo ne demandait pas à être collé à Miette en permanence.

Il voulait seulement vérifier qu’elle n’avait pas disparu.

Plus tard dans la nuit, la vétérinaire l’a autorisé à entrer quelques minutes dans la salle de soins.

Deux personnes l’ont soutenu avec une sangle.

Ses jambes tremblaient encore.

Miette respirait sous une cloche transparente.

Oslo s’est approché.

Il a reniflé le plastique.

Puis il s’est couché le long du côté ouvert de la table.

Il a posé son museau près de la patte gauche de Miette.

Son rythme cardiaque, jusque-là très lent, a légèrement augmenté.

Oslo est resté là jusqu’au matin.

Miette a passé la nuit.

Quelques jours plus tard, elle respirait seule.

Lorsqu’elle a ouvert les yeux, Oslo dormait sur une couverture au-dessous de la table.

Elle a tourné la tête vers le bruit de sa respiration.

Sa patte avant a glissé doucement dans sa direction.

Oslo s’est réveillé avant même qu’elle ne le touche.

Il s’est levé.

Puis il a placé son front sous sa patte.

Sophie se tenait près de moi.

Elle a essuyé ses yeux.

— On les prend chez nous.

Je l’ai regardée.

— Temporairement ?

Elle a regardé les deux chiens.

— Tous les deux. Et on verra bien ce que veut dire « temporairement ».

Le fils d’André est revenu quelques jours plus tard.

Il avait apporté un vieux sac de toile appartenant à son père.

Oslo l’a senti avant même de reconnaître l’homme.

Ses oreilles se sont dressées.

Le fils a sorti une chemise à carreaux qu’André portait souvent.

Oslo a enfoui son museau dedans.

Miette s’est approchée plus lentement.

Elle a reniflé le tissu, posé une patte dessus et s’est couchée.

Le fils est resté silencieux longtemps.

Puis il a murmuré :

— J’aurais dû les prendre avec moi.

Personne ne lui a répondu.

Il ne pouvait pas réellement les garder.

Son logement n’était pas adapté.

Son travail l’obligeait à partir toute la journée.

Après la mort de son père, les urgences s’étaient accumulées : les obsèques, les papiers, les réparations de la maison, les meubles, les voyages.

Les chiens avaient fini par devenir une tâche de plus sur une longue liste.

Il a accepté qu’ils soient confiés définitivement à une nouvelle famille.

Il nous a donné la chemise.

Les deux gamelles métalliques d’André.

Et une photographie prise au bord du lac l’année précédente.

André se trouvait au milieu.

Oslo à sa droite.

Miette à sa gauche.

Tout semblait soudain avoir un sens.

À la clinique, Oslo refusait d’être séparé d’elle parce qu’André les emmenait presque toujours ensemble.

Miette regardait vers l’est chaque après-midi parce que c’était la direction de la maison.

Et les marques sur le collier d’Oslo prenaient également un autre sens.

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