Je réfléchis.
— Je crois que le chien protège le petit.
Camille observa l’écran longtemps.
— Il a un nom ?
— Non.
— Alors il faut lui en donner un.
Elle choisit « Oslo » pour le chien parce que, selon elle, « il avait survécu dans la neige comme un chien du Nord ».
Pour le chaton, elle choisit « Plume ».
Le lendemain matin, je téléphonai à la clinique avant même de préparer le café.
Plume avait mangé quelques bouchées.
Oslo était toujours sous oxygène.
Mais il était vivant.
Après le travail, je passai les voir avec Camille.
La clinique nous autorisa à entrer quelques minutes.
Plume était réveillée.
Elle leva la tête lorsque nous approchâmes.
Oslo, lui, semblait épuisé.
Camille s’accroupit à distance.
— C’est lui ?
— Oui.
— Il est grand.
— Normalement, oui.
Elle resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Il est vraiment maigre.
Quand elle approcha lentement sa main, Oslo ouvrit un œil.
Camille ne le toucha pas.
Elle resta simplement là.
Plume sortit sa petite tête de sous la patte du chien.
Ma fille sourit.
— Papa, regarde.
Le chaton essaya de grimper sur le dos d’Oslo.
Il n’avait même pas la force de protester.
Pour la première fois, je vis sa queue bouger.
Une seule fois.
Mais elle bougea.
Les jours suivants, leur état s’améliora.
Plume récupéra plus vite.
Elle retrouva bientôt assez d’énergie pour jouer avec le tuyau de la perfusion, grimper sur les couvertures et tenter d’attraper l’oreille d’Oslo.
Lui restait faible.
Mais quelque chose étonnait le personnel.
Il refusait souvent de manger tant que Plume ne s’approchait pas de sa propre gamelle.
On pouvait déposer une portion devant lui.
Il reniflait.
Puis il attendait.
Dès que Plume commençait à manger à côté, Oslo mangeait à son tour.
— On dirait un vieux père inquiet, plaisanta un auxiliaire.
Mais personne ne savait d’où venait cette relation.
Le responsable du magasin accepta finalement de regarder les images des caméras de surveillance extérieures.
J’y retournai quelques jours plus tard.
La séquence commençait trois nuits avant celle où je les avais trouvés.
À 2 h 17 du matin, Oslo apparaissait seul au fond du parking.
Il boitait.
Il fouillait près des bennes.
Puis il disparaissait.
La nuit suivante, vers 1 h 40, il revenait.
Cette fois, il portait quelque chose dans sa gueule.
Le responsable arrêta l’image.
On distinguait une petite masse grise.
Plume.
Nous regardâmes la suite.
Oslo déposa le chaton derrière la benne.
Puis il repartit.
— Pourquoi il s’en va ? demandai-je.
Personne ne répondit.
Treize minutes plus tard, il revint avec un morceau de nourriture trouvé dans un sac.
Il le posa devant Plume.
Le chaton ne mangea pas.
Alors Oslo s’allongea près d’elle.
Dans les heures suivantes, il partit trois fois.
Chaque fois, il revenait.
La nuit d’après, la neige commença.
À partir de ce moment-là, il ne quitta plus le chaton.
Le responsable du magasin retrouva également une caméra donnant sur une rue voisine.
On y voyait Oslo apparaître en portant Plume dans sa gueule.
En remontant les enregistrements, il devint possible de reconstituer une partie du trajet.
Il avait parcouru plusieurs rues.
Près d’une maison vide en attente de travaux, il avait découvert le chaton sous un portail.
Pourquoi l’avait-il pris ?
Nous ne le saurions jamais.
Mais il l’avait transporté jusqu’au seul endroit où il savait probablement trouver des restes de nourriture et un peu d’abri.
Il aurait pu rester seul.
Il aurait eu plus de chances.
Il avait choisi l’inverse.
Deux semaines plus tard, Oslo quitta la clinique.
Plume était déjà totalement rétablie.
Une association locale prit en charge leur accueil temporaire.
J’expliquai immédiatement qu’ils devaient rester ensemble.
La bénévole me répondit :
— On va essayer.
Le mot « essayer » me dérangea.
— Non. Vraiment ensemble.
Elle sourit.
— On a compris.
Pendant plusieurs semaines, Camille et moi allions les voir le samedi.
Oslo reprenait du poids.
Son poil devenait brillant.
Ses pattes guérissaient.
Il commençait même à jouer.
Mais uniquement lorsque Plume était à proximité.
Elle, en revanche, était devenue une véritable tornade.
Elle grimpait sur son dos.
Elle se cachait derrière ses oreilles.
Elle lui mordillait la queue.
Oslo supportait tout.
Parfois il levait simplement les yeux vers nous avec une expression résignée qui faisait rire Camille.
Une fois, Plume tomba d’une petite étagère directement sur son ventre.
Oslo sursauta.
Puis il lui lécha le visage.
— Papa, dit Camille, il croit que c’est son bébé.
Je ne répondis rien.
Peut-être.
Ou peut-être était-ce plus simple.
Ils avaient survécu ensemble.
Cela suffisait.
Le problème arriva lorsque l’association commença à chercher une famille définitive.
Les demandes ne manquaient pas.
Mais presque toutes concernaient un seul animal.
« Nous aimerions le chien. »
« Nous cherchons seulement un chat. »
« Est-il possible d’adopter Oslo sans Plume ? »
« Plume peut-elle vivre sans chien ? »
La réponse restait la même.
Non.
Du moins, personne ne voulait tenter l’expérience.
Une fois, une porte se referma accidentellement entre eux pendant le nettoyage.
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