Le chien mourait de froid, mais son dernier geste pour ce chaton a bouleversé tout le monde

Oslo resta assis d’un côté.

Plume de l’autre.

Aucun ne cria.

Aucun ne gratta.

Ils se couchèrent simplement contre la porte, museau contre le bas du bois.

Ils attendirent.

Quand on ouvrit, Plume se glissa immédiatement sous le cou d’Oslo.

Ce fut tout.

Trois mois passèrent.

Puis un couple se présenta.

Élodie et Marc vivaient dans une maison avec un petit jardin, à une trentaine de kilomètres de Lyon. Ils avaient déjà eu des chiens et des chats.

Ils voulaient adopter les deux.

Ensemble.

Ils passèrent plusieurs heures avec eux.

Oslo sembla détendu.

Plume joua avec Élodie.

Marc posa beaucoup de questions.

Tout paraissait parfait.

Le jour du départ, Camille pleura.

— Ils vont être heureux, lui dis-je.

— Tu promets ?

— Oui.

Je le croyais vraiment.

Je regardai Oslo monter dans leur voiture.

Plume voyageait dans une caisse fixée juste à côté.

Avant que la portière se ferme, Oslo tourna la tête vers moi.

Je lui tapotai doucement le flanc.

— C’est bon, mon grand.

Quatre jours plus tard, mon téléphone sonna à 21 h 38.

C’était la bénévole de l’association.

Sa voix était étrange.

— Mathieu, Plume s’est échappée.

Je me levai d’un bond.

— Comment ?

— Une porte donnant sur le jardin est restée ouverte quelques secondes. Elle est sortie.

— Et Oslo ?

Silence.

— Il a cassé une partie du grillage environ vingt minutes après.

Je sentis mon ventre se nouer.

— Il est parti ?

— Oui.

— Après elle ?

— On pense.

La température devait descendre sous zéro.

Une nouvelle chute de neige était annoncée pendant la nuit.

Je réveillai ma voisine pour lui demander de rester avec Camille.

Puis je pris la camionnette.

Lorsque j’arrivai, une dizaine de personnes cherchaient déjà.

On parcourut les rues.

On appela.

On vérifia les garages ouverts, les jardins, les passages entre les maisons.

Rien.

À minuit, la neige commença.

Je repensai immédiatement à la première nuit.

La benne.

Le vent.

Le corps d’Oslo recouvrant Plume.

Je refusais de revivre cela.

Vers 1 h 30, une femme nous appela.

Elle croyait avoir vu un grand chien sombre traverser près d’une petite zone artisanale.

Nous nous y rendîmes.

Je coupai le moteur.

Tout était silencieux.

Puis j’entendis un bruit.

Pas un aboiement.

Un petit miaulement.

Je courus derrière un bâtiment.

Trois bennes étaient alignées contre un mur.

Mon cœur se serra avant même que je les voie.

Oslo était là.

Couché sur le côté.

Son dos tourné vers le vent.

Sa queue recourbée vers son ventre.

Et sous sa poitrine se trouvait Plume.

Exactement comme la première fois.

Je m’agenouillai dans la neige.

— Oslo.

Son oreille bougea.

Plume sortit la tête.

Elle était mouillée, mais indemne.

Oslo me regarda.

Puis il reposa son menton sur elle.

Cette fois, je compris quelque chose que j’avais peut-être refusé de voir depuis le début.

Nous avions tous essayé de décider ce qui était le mieux pour eux.

La clinique.

L’association.

Les familles.

Moi.

Nous parlions d’adoption, d’organisation, de logement, de compatibilité.

Eux avaient réglé la question depuis longtemps.

Ils s’étaient choisis.

Je les ramenai dans la camionnette.

Sur la banquette arrière, Plume se glissa immédiatement entre les pattes d’Oslo.

Il posa la tête sur elle.

Comme toujours.

Mais cette nuit-là, quelque chose avait changé en moi.

Lorsque je rentrai à la maison au petit matin, Camille était réveillée sur le canapé.

Ma voisine était repartie se coucher.

Ma fille se précipita vers la porte.

— Tu les as trouvés ?

Je lui montrai la banquette arrière.

Ses yeux s’agrandirent.

— Ils sont là !

Plume miaula.

Oslo remua la queue.

Camille me regarda.

— Ils retournent chez les gens ?

Je restai silencieux.

Elle comprit immédiatement.

— Papa…

— Quoi ?

— On a un jardin.

— Petit.

— Mais on en a un.

— On a déjà beaucoup de choses à gérer.

— Moi, je peux aider.

— Un chien comme Oslo coûte cher.

— Je peux arrêter de demander une console pour mon anniversaire.

Je la regardai.

— Tu voulais vraiment cette console.

— Oslo veut Plume plus que moi je veux une console.

Je faillis rire.

Mais elle était parfaitement sérieuse.

J’appelai l’association plus tard dans la matinée.

Puis le couple.

Ils étaient bouleversés par ce qui s’était passé.

Ils reconnaissaient avoir sous-estimé la vitesse de Plume et la détermination d’Oslo.

Nous discutâmes longtemps.

Finalement, ils acceptèrent que les animaux reviennent temporairement chez moi.

Temporairement.

C’est le mot que j’utilisais.

Pendant les deux premiers jours.

Au troisième, Oslo avait choisi sa place près du radiateur.

Au quatrième, Plume avait découvert qu’elle pouvait dormir sur le dossier du canapé.

Au cinquième, Camille avait installé deux bols identiques dans la cuisine.

Au sixième, j’avais acheté un grand panier.

Inutilement.

Plume dormait dedans.

Oslo préférait le sol à côté.

Une semaine plus tard, la bénévole m’appela.

— Alors ?

Je regardai le salon.

Camille faisait ses devoirs.

Plume jouait avec le lacet de sa chaussure.

Oslo dormait contre le canapé, une patte posée sur le dos du chat.

— Je crois qu’ils ont déjà décidé.

La bénévole rit doucement.

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