Sous ses pattes se trouvait un gant rouge déchiré.
Le gant disparut pendant son passage au refuge.
Pour quelqu’un qui ignorait son histoire, ce n’était qu’un vieux morceau de tissu.
Pour Biscotte, c’était autre chose.
Quand ce gant disparut, il se mit à en chercher d’autres.
Élodie avait bien essayé de retrouver son chien.
Mais une erreur de nom avait compliqué les recherches.
Au refuge, Biscotte était devenu Milo.
Son dossier contenait une orthographe différente du nom utilisé par Élodie.
Une photo le montrait couvert de poussière, tournant presque le dos à l’objectif.
Pendant qu’Élodie cherchait un petit chien beige appelé Biscotte, le refuge présentait un chihuahua nommé Milo.
Et le 12 octobre, je l’avais adopté.
Une erreur de nom.
Un sac d’affaires rangé au mauvais endroit.
Un numéro de téléphone coupé.
Un gant jeté.
Des détails minuscules.
Biscotte, lui, continuait à nous les rapporter un par un.
Quelques jours plus tard, Sophie reçut enfin un message d’une intervenante accompagnant Élodie et Léa dans une autre ville.
Elles allaient bien.
Le logement temporaire n’acceptait pas les animaux.
Mais une visioconférence pouvait être organisée.
À 18 h 10, j’ai posé mon ordinateur sur le sol de la buanderie.
Milo attendait à côté du morceau de gant rouge.
La connexion s’établit.
L’écran resta noir quelques secondes.
Puis une voix d’enfant demanda :
— Il est là ?
Milo se leva d’un bond.
— Biscotte ?
Il courut derrière l’ordinateur.
Regarda sous la table.
Dans le couloir.
À travers la vitre de la porte.
Puis l’image apparut.
Une petite fille aux cheveux bruns était assise dans une pièce aux murs pâles.
Milo revint vers l’écran.
— Biscotte.
Il posa son nez contre son visage affiché sur la vitre.
De la buée apparut.
Sa queue frappait le sol si vite que tout son corps tremblait.
Il poussa un son étrange, à moitié gémissement, à moitié aboiement.
Léa couvrit sa bouche avec ses mains.
— Je ne t’ai pas abandonné. J’ai essayé de revenir.
Biscotte ne pouvait pas comprendre les mots.
Mais il connaissait cette voix.
Léa montra alors un gant rouge.
L’autre moitié de la paire.
Milo s’immobilisa.
— J’ai gardé celui-là.
Élodie apparut derrière sa fille.
Elle s’excusa immédiatement.
Je lui répondis qu’elle n’avait pas à s’excuser auprès de moi.
Son chien était en sécurité.
— Il s’appelle Biscotte, corrigea Léa.
Puis elle réfléchit.
— Mais Milo, c’est joli aussi.
Je lui promis d’utiliser les deux.
Nous nous sommes rencontrés le dimanche suivant dans un lieu neutre, à mi-chemin.
J’avais apporté Biscotte, les gants, son vieux panier et la photographie protégée dans une pochette.
Léa attendait dans l’entrée avec un manteau rouge.
J’ouvris la caisse de transport.
Biscotte bondit avant même que j’aie attaché sa laisse.
Il glissa sur le sol.
Se releva.
Puis courut.
Léa s’accroupit.
Le petit chien grimpa à l’intérieur de son manteau comme sur la vieille photographie.
On ne voyait plus que sa tête.
Son corps tremblait contre elle.
Élodie se détourna quelques secondes.
Je posai le sac de gants au sol.
Biscotte descendit du manteau.
Il trouva le gant rouge réparé.
Puis le posa sur les genoux de Léa.
Personne ne parla.
Je pensais que tout était enfin expliqué.
Mais Léa regarda les autres gants.
— Il ne vous les apportait pas seulement parce qu’ils sentaient comme moi.
Elle caressa les trois points bleus du pouce.
— Il voulait que vous le suiviez.
Deux ans plus tôt, Biscotte avait déjà utilisé un gant pour demander de l’aide.
Léa avait huit ans.
Un après-midi d’hiver, l’école avait fermé plus tôt.
À cause d’une confusion, elle était partie dans la mauvaise direction et s’était retrouvée loin du lieu où sa mère devait la récupérer.
Biscotte, qui se trouvait habituellement chez une voisine pendant les heures de classe, s’était échappé.
Il suivit son odeur.
Léa le vit près d’un petit jardin partagé.
En courant vers lui, elle glissa sur une plaque de neige tassée et se fit mal à la cheville.
Pour s’abriter du vent, elle entra dans une petite remise dont la porte se rabattit derrière elle.
Impossible de l’ouvrir de l’intérieur.
Son téléphone était déchargé.
Une de ses moufles rouges était tombée dans l’allée.
Biscotte la trouva.
Il la rapporta à Mme Nguyen.
Il la posa sur sa chaussure.
Puis courut vers le portail.
Mme Nguyen ne comprit pas.
Biscotte revint.
Il reprit le gant.
Le posa devant elle.
Repartit.
À la quatrième tentative, elle le suivit.
Biscotte la conduisit jusqu’à la remise.
Les secours purent ouvrir la porte.
Après cet épisode, Léa transforma tout cela en jeu.
Elle se cachait.
Sa mère faisait sentir un gant à Biscotte.
Le chien devait la retrouver.
Puis Léa compliqua le jeu.
Elle cachait le gant elle-même.
Biscotte devait trouver l’objet, le rapporter à un adulte et repartir vers l’endroit où elle attendait.
Toujours le même enchaînement.
Trouver l’odeur de Léa.
Prendre le gant.
Chercher un adulte.
L’amener jusqu’à elle.
Pour Biscotte, un gant n’était donc pas un souvenir.
C’était une consigne.
Le soir où Léa avait quitté son ancien appartement, elle avait laissé le gant rouge dans son panier.
Léa disparaissait.
Son odeur restait.
Biscotte avait fait ce qu’il connaissait.
Il avait porté le gant vers la porte.
Mais aucun adulte ne l’avait suivi.
Plus tard, le gant avait disparu.
Alors il avait cherché d’autres objets portant la même odeur.
Quand il était arrivé chez moi, il m’avait observée.
J’ouvrais des portes.
Je conduisais.
Je ramenais les objets perdus à leurs propriétaires.
Je répondais au téléphone.
Dans son esprit, j’étais devenue l’adulte disponible.
À 15 h 38, l’heure à laquelle Léa quittait habituellement l’école, il allait à la porte.
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