Le petit chien volait toujours les mêmes gants… jusqu’à ce qu’on remarque les trois points bleus

Si je ne le suivais pas, il partait seul.

Chaque nouveau gant était une nouvelle tentative.

Les poignets tournés vers la sortie indiquaient la direction.

Pendant trois semaines, j’avais cru qu’un petit chien volait des moufles.

En réalité, il déposait des avis de recherche dans la seule langue qu’il connaissait.

Élodie ne pouvait pas récupérer Biscotte immédiatement.

Son logement temporaire interdisait les animaux.

Elle me demanda s’il pouvait rester avec moi quelques mois.

J’acceptai.

Je pensais que cela me soulagerait.

Pourtant, sur le parking, après notre première rencontre, je restai longtemps devant mon volant sans démarrer.

Biscotte dormait chez moi depuis plus d’un mois.

Il connaissait le bruit de mes chaussures de travail.

Il m’attendait chaque matin quand je rentrais.

Il avait pris l’habitude de dormir près de mes pieds.

Et moi, j’avais cessé d’allumer la télévision pour remplir le silence.

Élodie s’approcha de la voiture.

— Vous n’êtes pas obligée de nous le rendre aujourd’hui.

— Je sais.

À travers la fenêtre du bâtiment, je voyais Biscotte assis dans le manteau de Léa.

— Je croyais l’avoir sauvé, murmurai-je.

Élodie sourit tristement.

— Vous l’avez sauvé.

Je regardai le petit chien.

— Lui aussi m’a sauvée un peu.

À partir de ce jour, Léa appelait deux fois par semaine.

Biscotte reconnut rapidement la sonnerie de l’ordinateur.

Au début, il cherchait encore derrière l’écran.

Puis il comprit.

Il restait assis devant l’image.

Écoutait Léa lire.

Et finissait souvent par s’endormir.

Deux samedis par mois, Élodie et Léa revenaient à Strasbourg.

Nous refaisions l’ancien parcours de Biscotte.

Devant la maison vide, il ne tentait plus de passer sous le portail quand Léa était près de lui.

À l’arrêt de bus, il montait sur le banc, reniflait le coin gauche puis s’installait sur ses genoux.

Il cessa aussi de sortir seul la nuit.

C’est ce changement qui me convainquit définitivement.

Sa mission n’était plus urgente.

En janvier, Élodie obtint enfin un appartement acceptant les animaux, à une vingtaine de minutes de chez moi.

Le jour du déménagement, des cartons envahirent mon entrée.

Biscotte les vit.

Et disparut immédiatement dans la salle de bains.

Je m’assis sur le sol sans essayer de l’attraper.

Léa arriva.

Elle posa le gant rouge près de la porte.

Puis recula.

Biscotte le renifla.

Et sortit.

Dans le nouvel appartement, tout était prêt.

Ses gamelles.

Un petit panier.

Une couverture bleue près du lit de Léa.

Je détachai sa laisse.

Il inspecta chaque pièce.

La buanderie.

La cuisine.

La chambre.

Puis il grimpa sur les genoux de Léa.

Je décidai de partir avant que quelqu’un ne voie mon visage.

Je pris mes clés.

Biscotte les entendit.

Il courut jusqu’à moi.

Il s’arrêta sur le seuil.

Léa derrière lui.

Moi dans le couloir.

Il nous regarda tour à tour.

Son corps bougeait d’un côté puis de l’autre.

— Il croit que quelqu’un disparaît encore, murmura Léa.

Elle prit le gant rouge.

Le donna à Biscotte.

Il me l’apporta.

Puis il retourna vers Léa, saisit doucement le poignet du gant et recula jusqu’à ce qu’elle le suive dans le couloir.

Objet.

Adulte.

Suivre.

Encore une fois.

Il ne choisissait pas entre nous.

Il refusait simplement que quelqu’un parte sans que l’autre sache où.

Nous avons inventé une solution qu’aucun formulaire d’adoption n’aurait pu prévoir.

Biscotte vivrait principalement avec Léa et Élodie.

Je le récupérerais chaque mercredi après l’école.

Deux week-ends par mois, il dormirait chez moi.

Je resterais enregistrée comme deuxième personne à contacter en cas de besoin.

Nous avons gardé deux paniers.

Deux gamelles.

Deux couvertures.

Biscotte apprit deux chemins entre deux maisons.

Aucun ne passait devant l’ancien appartement.

L’hiver suivant, l’école créa une petite table de réparation pour les vêtements perdus.

Léa l’appela « La Deuxième Paire ».

Chaque jeudi, avec Sophie, elle triait les gants oubliés.

Elle recousait les petits trous.

Toujours avec du fil bleu.

À 15 h 38, je venais parfois chercher Biscotte avec elle.

Le chien attendait près de l’entrée.

Il ne grattait plus les portes.

Il ne fouillait plus les gouttières.

Il attendait simplement que Léa apparaisse.

Quand elle arrivait, son oreille gauche se redressait.

Cela lui suffisait.

Les enfants déposaient parfois des gants abîmés dans une boîte.

Biscotte les reniflait.

Mais il ne les emportait plus.

Un jour de février, nous sommes passés près du petit jardin où, deux ans auparavant, tout avait commencé.

Une fillette marchait quelques mètres devant son père.

Elle laissa tomber une moufle verte.

Biscotte s’arrêta.

Il la renifla.

La prit.

Puis trottina derrière eux.

Le père tendit la main.

Biscotte passa devant lui.

Il rejoignit directement la petite fille et posa la moufle contre sa chaussure.

Ensuite seulement, il regarda son père.

L’homme récupéra la moufle.

— Il l’a retrouvée !

Léa caressa la petite ligne blanche entre les yeux de Biscotte.

— Oui, dit-elle. C’est ce qu’il fait.

Biscotte revint vers nous sans rien dans la gueule.

Aujourd’hui encore, il dort dans deux maisons.

Il attend encore devant certaines portes.

Les cartons ne le font presque plus fuir, même s’il surveille toujours attentivement qu’on les ouvre.

Le vieux gant rouge reste près de son panier chez moi.

Son pouce est usé.

Les trois points de fil bleu partent dans des directions différentes.

Biscotte ne le renifle presque plus.

Il n’en a plus besoin.

La petite fille qu’il cherchait n’a pas disparu.

Et lui non plus.

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