Oslo sentit sa présence avant même qu’elle ouvre la porte.
Il se leva.
Ses pattes arrière glissèrent.
Mais il resta debout.
Quand Inès entra, Oslo traversa la pièce et posa toute sa tête contre son ventre.
Pas d’aboiement.
Pas de saut.
Il se contenta de s’appuyer contre elle.
Inès l’entoura de ses bras.
Puis elle vit le collier jaune.
Son visage changea.
— Ce n’est pas là que je l’ai laissé.
— Où était-il ?
— Sur June.
Avant de partir, Inès avait caché le chiot sous la terrasse.
Elle avait remis le collier jaune autour de son cou.
Puis elle avait glissé un mot demandant qu’on appelle sa tante Sandrine.
Un autre mot était resté sous la gamelle d’Oslo :
« JUNE S’EST DÉTACHÉE. PRENEZ LES DEUX CHIENS. APPELEZ SANDRINE. »
Madeleine avait découvert ce message.
Elle avait appelé un bénévole qui distribuait parfois de la nourriture pour animaux dans le quartier.
Il s’appelait Marc.
L’homme du fourgon blanc.
Marc était arrivé à 21 h 05.
Il avait pu récupérer June parce qu’elle passait sous la clôture.
Mais Oslo reculait dans sa niche à chaque tentative d’approche.
Sa chaîne était verrouillée.
Marc n’avait pas de pince assez solide.
Il avait emmené June en promettant de revenir.
Plus tard, Fabien était revenu.
Il avait condamné le portail.
Marc continua de déposer discrètement de la nourriture pendant plusieurs jours.
Puis un problème familial l’obligea à quitter la région.
Le message anonyme venait de lui.
— Où avez-vous emmené June ? lui ai-je demandé lorsqu’il accepta enfin de parler.
— Chez Sandrine.
Nous pensions avoir résolu l’affaire.
En réalité, June avait disparu une deuxième fois.
Sandrine vivait dans un petit immeuble près de Tourcoing.
Elle comptait garder le chiot seulement quelques semaines.
Trois nuits après l’arrivée de June, un incendie électrique se déclara dans un appartement au rez-de-chaussée.
Les habitants sortirent en urgence.
Sandrine descendit avec June enveloppée dans une serviette.
Dans la confusion, elle confia quelques minutes la chienne à une voisine avant de retourner aider une personne âgée à quitter le bâtiment.
Quand elle revint, la voisine avait bougé.
June aussi.
La petite chienne, affolée par les sirènes et les mouvements, s’était échappée.
Elle n’avait plus de collier.
Pas de médaille.
Pas de puce.
Pendant trois semaines, Sandrine chercha partout.
Inès consultait les annonces depuis son hébergement.
Marc vérifiait les refuges.
Personne ne la retrouva.
Parce que June ne ressemblait déjà plus au chiot de quatre mois qu’ils cherchaient.
Nous avons repris l’enquête à partir de l’incendie.
Un témoin se souvenait d’avoir vu une petite chienne claire courir vers le nord après un bruit violent.
Nous avons vérifié les prises en charge animales des jours suivants.
Plusieurs chiens correspondaient vaguement.
Puis une fiche attira mon attention.
Une femelle d’environ cinq mois avait été trouvée plusieurs jours après l’incendie, près d’une zone d’entrepôts.
Le dossier la décrivait comme blanche, avec une tache sombre autour de l’œil gauche.
June l’avait autour de l’œil droit.
Mais la photographie avait été inversée.
La tache était bien à droite.
Le refuge l’avait appelée Plume.
Elle avait ensuite été confiée à une famille d’accueil, quelques dizaines de kilomètres plus loin.
La femme qui l’avait hébergée se souvenait parfaitement d’elle.
— Elle avait peur du bruit des chaînes, m’expliqua-t-elle. Et elle refusait presque tous les jouets.
— Presque ?
— Elle avait une petite balle rouge.
Mon cœur s’arrêta une seconde.
La femme avait même une vidéo.
On y voyait la chienne regarder un écran sur lequel apparaissait brièvement un gros chien bringé.
Plume s’était jetée contre l’écran avec les deux pattes.
Nous avons montré l’enregistrement à Inès.
Elle n’a pas hésité.
— C’est June.
Même tache noire.
Même fine ligne blanche sur le museau.
Même patte avant avec un seul doigt sombre.
June avait été retrouvée.
Mais pas longtemps.
Quelques semaines plus tôt, un portail mal fermé s’était ouvert pendant un orage.
June avait disparu une troisième fois.
La dernière observation fiable venait d’un gardien travaillant près d’une rangée d’anciens entrepôts.
Il avait vu une chienne crème se cacher sous des remorques.
Nous y sommes allés avec Inès, Sonia, Marc et la balle rouge retrouvée dans le jardin d’Oslo.
Oslo, lui, resta à la clinique.
Son corps était encore trop fragile.
Nous avons installé une caméra et une gamelle.
À 21 h 14, l’appareil envoya une alerte.
Une chienne maigre entra dans l’image.
La tache noire apparut en premier.
Puis le museau blanc.
Inès porta les mains à son visage.
— June…
Lorsque nous approchâmes, la chienne se réfugia sous une remorque.
Inès s’assit à plusieurs mètres.
Elle posa la balle rouge devant elle.
Elle ne répéta pas le nom de June.
Elle ne supplia pas.
Elle dit simplement :
— Papi t’attend.
Un museau clair apparut dans l’ombre.
Inès fit rouler la balle.
June rampa lentement.
Elle la renifla.
La prit entre ses dents.
Puis elle partit en courant.
Pas dans l’autre direction.
Vers Inès.
La jeune fille reçut June contre elle.
La chienne tremblait de tout son corps.
Sonia s’agenouilla près de sa fille et posa une main sur le dos de June.
Marc s’assit directement sur les graviers.
Même Malik détourna un instant le regard.
Nous avions retrouvé June.
Mais il restait une chose.
Oslo avait attendu quarante-trois jours au bout d’une chaîne.
Pas pour qu’on remplisse des dossiers.
Pas pour que nous retrouvions un collier.
Il avait attendu son retour.
À la clinique, avant même que nous ouvrions le véhicule, Oslo releva la tête.
Il ne pouvait pas voir June.
La climatisation couvrait presque tous les bruits.
Mais il pouvait la sentir.
Dans le fourgon, June lâcha la balle rouge.
Elle rebondit une fois.
Oslo se leva.
Puis frappa sa gamelle vide avec sa patte.
La vétérinaire insista pour organiser les retrouvailles dans la cour sécurisée.
June entra la première avec un harnais.
Oslo arriva par l’autre porte.
Il s’immobilisa.
June se retourna.
Pendant trois secondes, aucun des deux ne bougea.
Puis June s’aplatit dans l’herbe.
Sa queue commença à frapper le sol.
Oslo avança aussi vite que sa hanche le lui permettait.
June rampa vers lui.
Son museau toucha l’épaule du vieux chien.
Oslo sentit son visage.
Ses oreilles.
Ses pattes.
Puis il se dirigea vers la gamelle d’eau.
Il la frappa une fois.
June le suivit.
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