Sous la glace, une seule patte bougeait encore… puis la chienne refusa d’être sauvée

La cage remonta brutalement contre mon visage.

Au-dessus de nous, quatre personnes tiraient sur la corde.

Je guidai un coin vers l’ouverture.

Des mains saisirent les barreaux.

Lorsque la cage sortit enfin de l’eau, la chienne poussa son premier véritable aboiement.

Un son cassé.

Presque sans voix.

À l’intérieur se trouvaient deux chiots âgés d’à peine cinq semaines.

L’un bougeait.

L’autre non.

Nous ouvrîmes la cage sur la glace.

Une petite femelle claire respirait par à-coups.

Le mâle, plus sombre, était complètement mou.

Je le pris dans mes mains.

Pas de respiration.

Ses gencives étaient bleuâtres.

Je l’allongeai sur le traîneau.

La mère rampa vers nous.

Quelqu’un voulut l’arrêter.

— Laissez-la.

Elle se coucha contre le chiot.

Son museau toucha son oreille.

Je commençai les compressions avec deux doigts.

Une.

Deux.

Trois.

Sur un animal aussi petit, chaque pression semble trop forte.

On a peur de casser ce que l’on essaie de sauver.

Trente compressions.

Deux petites insufflations.

Rien.

Encore.

La mère glissa son museau sous le cou de son petit et le maintint légèrement relevé.

Je recommençai.

Une goutte d’eau apparut dans une narine.

Puis le corps du chiot se contracta.

Une patte bougea.

— Continue !

Douze compressions plus tard, il expulsa un filet d’eau.

Puis inspira.

Un son presque imperceptible.

Comme une feuille que l’on froisse.

La mère poussa un long gémissement et posa doucement le menton contre son dos.

Je restai quelques secondes immobile.

Mes mains ne tremblaient plus.

Je ne les sentais simplement plus.

Nous transportâmes les trois animaux vers la rive.

Dans le véhicule de secours, les chiots furent enveloppés dans des couvertures chauffantes.

La mère, elle, refusait de détourner la tête.

Même lorsqu’elle n’avait plus la force de la tenir droite, ses yeux restaient fixés sur eux.

À la clinique vétérinaire d’urgence la plus proche, les examens révélèrent une hypothermie sévère, de l’eau dans les poumons et de profondes blessures causées par la corde.

Mais il y avait autre chose.

De vieilles côtes fracturées.

Une hanche mal remise.

Et un petit fragment métallique sous la peau, près de l’épaule.

Les chiots furent installés dans des caissons chauffants.

La petite femelle se stabilisa assez vite.

Le mâle resta plusieurs heures sous oxygène.

Pendant ce temps, une vétérinaire passa un lecteur électronique sur la mère.

Rien.

Elle recommença.

Cette fois, l’appareil sonna près de l’épaule gauche.

Une puce.

La vétérinaire consulta le registre.

Son visage changea.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Elle relut l’écran.

Puis elle me regarda.

— Cette chienne n’était pas un animal de compagnie ordinaire.

Le dossier indiquait son nom.

Naya.

Huit ans.

Berger allemand.

Ancienne chienne opérationnelle spécialisée dans la recherche sur glace et en milieu aquatique.

Son ancienne conductrice s’appelait Claire Vasseur.

Une secouriste de cinquante-trois ans vivant près d’Annecy.

Lorsque la vétérinaire l’appela et lui lut le numéro de la puce, un long silence suivit.

— Relisez-le.

La vétérinaire recommença.

Claire inspira.

— Où est-elle ?

On lui raconta le lac.

La corde.

La cage.

Les chiots.

Claire arriva quelques heures plus tard.

Elle entra dans la pièce sans appeler Naya.

Elle s’arrêta à plusieurs mètres.

Puis leva la main et fit un petit geste.

Les oreilles de la chienne se redressèrent.

Claire baissa lentement la paume.

Naya essaya de se lever.

Ses pattes arrière ne la portèrent pas.

Alors elle rampa.

Claire courut jusqu’à elle et posa son front contre le sien.

— Tu as encore tenu…

Naya glissa son museau sous son menton.

C’est Claire qui nous expliqua les cinq griffures.

Trois.

Pause.

Deux.

Pendant ses années de travail, Naya avait été entraînée à localiser des odeurs remontant à travers des fissures dans la glace.

Lorsqu’elle trouvait l’endroit le plus probable, elle grattait trois fois.

Elle s’arrêtait pour vérifier.

Puis deux fois.

Ce signal permettait aux sauveteurs de savoir où percer, descendre une caméra ou envoyer un plongeur.

Naya avait participé à plusieurs interventions.

Des personnes avaient été retrouvées vivantes grâce à elle.

D’autres avaient malheureusement été retrouvées trop tard.

Trois ans plus tôt, lors de sa dernière mission, elle avait localisé un enfant sous une zone de glace effondrée.

Elle était elle-même tombée dans l’eau.

Ses côtes avaient été fracturées.

Sa hanche avait été gravement touchée.

Le petit morceau métallique retrouvé sous sa peau provenait d’un ancien dispositif de localisation endommagé ce jour-là.

Après cet accident, Naya avait été mise à la retraite.

Elle vivait avec Claire.

Jusqu’à sa disparition.

Six mois avant notre intervention, quelqu’un avait forcé le portail du jardin pendant la nuit.

Une caméra s’était arrêtée au même moment à cause d’une coupure électrique.

Un voisin avait aperçu une camionnette sombre.

Claire avait cherché Naya pendant six mois.

Dans les refuges.

Chez les vétérinaires.

Dans les villages.

Sur les petites annonces.

Elle n’avait jamais cessé.

L’enquête permit de comprendre ce qui s’était passé.

Un homme nommé Marc Delcourt, quarante-six ans, élevait et revendait clandestinement des chiens dans un hangar loué à une trentaine de kilomètres du lac.

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