Le chien sauvé du puits posa sa tête sur son cœur… puis toute l’équipe se mit à pleurer

Le chien avait tenu trois jours au fond d’un vieux puits… puis il posa sa tête sur mon cœur et toute notre équipe craqua

— Il est vivant ! Mais il faut descendre maintenant !

Je venais de braquer ma lampe vers le fond lorsque j’ai aperçu deux yeux dans l’obscurité. Quarante mètres plus bas, ou du moins c’est ce que cette profondeur me semblait représenter à cet instant, un chien se tenait sur une minuscule avancée de pierre, le cou presque entièrement dans l’eau.

Il tremblait si fort que je voyais son corps bouger depuis le haut.

Et pourtant, il ne cherchait même plus à sortir.

Il attendait.

Je m’appelle Mathieu. J’avais vingt-cinq ans ce jour-là et je travaillais depuis quelques années dans un service de secours d’une ville moyenne du centre de la France.

J’étais célibataire, ma famille habitait loin, et ma vie tournait presque entièrement autour de mon métier. Je faisais partie de ces jeunes qui prennent toutes les gardes qu’on leur propose parce qu’ils n’ont pas grand-chose qui les attend à la maison.

Cet après-midi-là, l’appel avait semblé presque banal.

Une femme vivant à la sortie d’un petit village avait téléphoné au centre d’urgence après avoir entendu des plaintes provenant d’un terrain abandonné derrière plusieurs maisons.

Elle avait d’abord pensé à un chat.

Puis les plaintes avaient continué.

Faibles.

Régulières.

Presque étouffées.

Elle avait suivi le bruit jusqu’à un ancien puits entouré de pierres, caché derrière des ronces et un vieux mur écroulé.

Personne ne l’utilisait depuis des décennies.

Quand nous sommes arrivés, elle nous attendait près du chemin.

— C’est là-bas, nous a-t-elle dit. Je l’entends depuis ce matin. Je ne sais pas depuis combien de temps il est là.

Nous avons écarté les branches et découvert le puits.

À première vue, on aurait pu passer devant sans même le remarquer.

Un cercle de pierres usées, à moitié couvertes de mousse. Une ouverture sombre. Aucun couvercle digne de ce nom.

Je me suis agenouillé et j’ai dirigé ma lampe vers le bas.

Le faisceau a glissé le long des parois humides.

Puis nous avons entendu le son.

Un petit gémissement.

À peine assez fort pour remonter jusqu’à nous.

J’ai déplacé la lumière.

C’est là que je l’ai vu.

Un chien assez massif, au poil sombre, coincé tout en bas. De l’eau remplissait le fond du puits et une petite pierre dépassait de la paroi.

Le chien avait réussi à poser ses pattes dessus.

Cette pierre était si étroite que je me suis demandé comment il avait pu y rester plus de quelques minutes.

L’eau lui arrivait presque au cou.

S’il glissait, il disparaissait.

S’il s’endormait, il disparaissait.

S’il abandonnait, il disparaissait.

Un collègue a soufflé :

— Bon sang…

Personne n’a répondu.

Nous savions tous ce que nous regardions.

Ce chien n’essayait plus vraiment de se sauver.

Il économisait simplement ce qu’il lui restait.

Le puits était ancien, étroit et irrégulier. Impossible d’y envoyer plusieurs personnes. Il fallait quelqu’un capable de descendre avec un harnais, de rejoindre l’animal, de le sécuriser puis de remonter avec lui.

Je me suis entendu dire :

— J’y vais.

Mon chef m’a regardé.

— Tu es sûr ?

J’avais déjà commencé à enfiler le matériel.

— Oui.

Ce n’était pas du courage.

Je ne supportais simplement plus le bruit qu’il faisait.

Ce petit gémissement montait du fond comme s’il demandait encore de l’aide sans croire réellement que quelqu’un viendrait.

Nous avons installé les cordes.

On m’a vérifié deux fois.

Harnais.

Mousquetons.

Casque.

Lampe.

Sangle supplémentaire pour l’animal.

Puis je me suis assis sur le rebord.

Et j’ai commencé à descendre.

Je n’oublierai jamais ce que l’on ressent lorsqu’on quitte la lumière pour entrer dans un vieux puits.

Au début, on voit encore les visages au-dessus de soi.

Puis ils deviennent plus petits.

Le cercle de ciel rétrécit.

La température baisse.

Les pierres sont humides et l’air sent la terre froide, l’eau stagnante et quelque chose d’ancien.

Je savais exactement ce qui se passait.

J’étais attaché.

Mes collègues tenaient la corde.

À tout moment, il suffisait que je donne l’ordre pour qu’on me remonte.

Malgré cela, au bout de quelques mètres, mon corps me disait déjà une seule chose :

Sors d’ici.

Alors j’ai pensé au chien.

Lui n’avait pas de corde.

Pas de harnais.

Pas de voix humaine au-dessus pour lui dire que tout allait bien.

Il était tombé dans ce trou sans comprendre où il se trouvait.

Il avait touché l’eau.

Il avait cherché une sortie dans le noir.

Et il avait trouvé cette petite avancée de pierre.

Puis il était resté là.

Combien d’heures ?

Une nuit entière ?

Deux nuits ?

Nous ne le savions pas encore.

Plus je descendais, plus cette question me serrait la poitrine.

Ma lampe a fini par éclairer sa tête.

— Doucement, mon grand…

Il n’a presque pas réagi.

C’est ce qui m’a fait le plus peur.

Un chien effrayé peut aboyer.

Un chien paniqué peut montrer les dents.

Un chien qui se débat possède encore de l’énergie.

Lui ne faisait rien.

Il avait simplement les yeux ouverts.

De grands yeux fatigués qui suivaient ma lumière.

Je suis arrivé à sa hauteur.

À cet endroit, le puits était si étroit que mon épaule touchait presque une paroi tandis que mon genou frôlait l’autre.

Le chien tremblait violemment.

Son pelage était complètement trempé.

J’ai posé une main contre son cou.

Il était glacé.

— Ça y est, lui ai-je murmuré. Je suis là.

Sa tête a bougé de quelques centimètres.

Pas pour me repousser.

Comme s’il n’avait tout simplement plus la force de la tenir droite.

J’ai passé un bras autour de lui.

Il s’est laissé faire immédiatement.

Aucune résistance.

Je pensais devoir le rassurer, le maîtriser, éviter qu’il panique.

Je n’ai eu besoin de rien faire de tout cela.

Il s’est abandonné entre mes bras.

Pas comme un animal en confiance.

Comme un animal arrivé au bout de ses forces.

J’ai passé la sangle autour de son corps avec difficulté.

— Prêts à remonter ! ai-je crié.

La voix d’un collègue est descendue jusqu’à moi :

— Reçu !

La corde s’est tendue.

J’ai serré le chien contre ma poitrine.

Puis nous avons commencé à monter.

Centimètre après centimètre.

Je sentais son corps trembler contre moi.

Par moments, son museau touchait mon cou.

Je lui parlais sans arrêt.

Je ne sais même plus exactement ce que je disais.

Probablement des choses simples.

« Tiens bon. »

« Ça va aller. »

« On remonte. »

« Encore un peu. »

Je ne sais pas s’il comprenait les mots.

Mais je voulais qu’il entende une voix.

Pendant toute la montée, j’ai regardé le cercle lumineux au-dessus de nous devenir de plus en plus grand.

Et j’ai pensé que lui aussi devait le voir.

Pour la première fois depuis qu’il était tombé, le ciel se rapprochait.

Des mains sont apparues au-dessus.

Mes collègues m’ont attrapé par le harnais.

D’autres ont saisi doucement le chien.

Puis nous avons basculé tous les deux sur l’herbe.

Je me suis retrouvé à genoux.

J’avais encore l’animal contre moi.

Quelqu’un apportait déjà une couverture.

Un autre préparait de quoi le réchauffer.

Tout le monde parlait en même temps.

Et soudain, le chien a bougé.

Pas beaucoup.

Il a relevé lentement la tête.

Puis il a posé son museau contre ma poitrine.

Exactement au niveau de mon cœur.

Je me suis figé.

Il est resté là quelques secondes.

Et il a commencé à produire un son que je n’avais encore jamais entendu de cette façon.

Ce n’était pas un aboiement.

Ce n’était même plus le faible gémissement entendu au fond du puits.

C’était une longue plainte tremblante, interrompue par sa respiration, comme si toute la peur contenue dans son corps ressortait enfin.

Son corps vibrait contre moi.

Sa tête restait posée sur ma poitrine.

Je lui ai caressé le cou.

— C’est fini, mon grand.

Ma voix s’est cassée.

J’ai essayé de continuer.

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