Puis elle s’est couchée.
Complètement.
Sur le flanc.
Les quatre pattes enfin détendues.
Son ventre a touché la terre fraîche.
Et elle a poussé un long soupir.
Un son profond.
Presque humain.
Ce n’était pas un gémissement.
C’était du soulagement.
Pendant plusieurs secondes, elle n’a plus bougé.
Elle respirait simplement, le nez posé sur le sol.
Marc s’est retourné.
Il faisait semblant d’examiner les arbres.
Je le connaissais assez bien pour comprendre.
Je n’ai rien dit.
Puis la chienne a contracté tout son corps.
J’ai cru qu’elle avait mal à cause de la position.
Quelques secondes après, elle a recommencé.
Marc s’est retourné immédiatement.
— Julien.
Je regardais son ventre.
— Oui.
Nouvelle contraction.
Plus forte.
— Oh non…
Marc s’est accroupi.
— Elle commence.
La liberté qu’on venait de lui rendre semblait avoir donné à son corps l’autorisation de faire ce qu’il retenait peut-être depuis des heures.
La chienne allait mettre bas.
Là.
Au milieu de la forêt.
Nous avons essayé de la déplacer.
Elle s’est mise debout avec difficulté, a fait trois pas, puis s’est couchée de nouveau.
Impossible de lui imposer une longue remontée jusqu’au véhicule.
Nous avons appelé une clinique vétérinaire de la vallée.
Une auxiliaire nous a passé immédiatement le vétérinaire de garde.
Je lui ai décrit la situation.
Le silence qui a suivi m’a inquiété.
— Combien de temps pour rejoindre la route ?
— Au moins vingt minutes avec elle. Probablement plus.
— Ne la forcez pas si les contractions sont rapprochées. Gardez-la calme, au propre autant que possible et rappelez-moi si quelque chose vous semble anormal.
Marc est reparti chercher les couvertures de secours et une trousse plus complète.
Je suis resté avec elle.
Je lui ai donné un nom à ce moment-là.
Pas officiellement.
Juste dans ma tête.
Liberté.
Parce que c’était la première chose qu’elle avait reçue de nous.
Je lui parlais sans arrêt.
— Allez, Liberté. Tu peux le faire.
Je n’avais aucune idée si elle m’écoutait.
Mais chaque fois que j’arrêtais de parler, elle tournait légèrement les yeux vers moi.
Alors je continuais.
Marc est revenu avec deux grandes couvertures.
Nous en avons installé une sous son arrière-train aussi délicatement que possible.
Vingt minutes plus tard, le premier chiot est arrivé.
Minuscule.
Brun foncé.
Pendant une seconde interminable, il n’a pas bougé.
Mon cœur s’est arrêté.
Puis sa mère s’est redressée malgré son épuisement.
Et quelque chose a changé dans son regard.
La chienne presque incapable de tenir assise quelques instants plus tôt s’est mise à s’occuper de son petit avec une précision instinctive.
Le chiot a remué.
Puis il a poussé un petit couinement.
Marc a soufflé.
— Un.
Nous avons appelé la clinique.
Le vétérinaire nous a guidés à distance.
Il nous a expliqué quoi surveiller, quand intervenir, quand ne surtout pas intervenir.
Le deuxième chiot est arrivé environ vingt minutes plus tard.
Une petite femelle blanche avec une tache brune près de l’œil.
Puis un troisième.
Puis un quatrième.
Les minutes semblaient durer des heures.
Liberté était épuisée.
Entre deux contractions, elle posait la tête sur mes genoux.
Je pouvais sentir chaque respiration traverser son corps.
Je me demandais comment elle trouvait encore la force.
Le cinquième chiot est né plus faible.
Il bougeait à peine.
Marc l’a pris dans la couverture pendant que je gardais la mère calme.
Nous suivions les instructions du vétérinaire au téléphone.
Friction douce.
Chaleur.
Stimulation.
— Allez, petit.
Marc répétait ces mots comme une prière.
Pendant quelques secondes, rien.
Puis le chiot a ouvert la gueule.
Un son minuscule en est sorti.
Je crois que Marc et moi avons souri exactement au même moment.
— Cinq.
Le sixième est arrivé rapidement.
Une femelle fauve qui semblait déjà décidée à grimper sur ses frères et sœurs.
Puis les contractions se sont arrêtées.
Liberté s’est effondrée sur le côté.
Nous avons cru que c’était terminé.
Six petits corps se pressaient contre elle.
J’étais soulagé.
Mais quelque chose me dérangeait.
Son ventre me semblait encore très rond.
Marc aussi l’avait remarqué.
— Tu crois qu’il en reste un ?
J’ai appelé la clinique.
Le vétérinaire nous a demandé depuis combien de temps il n’y avait plus eu de contraction.
Puis il nous a dit de nous préparer à la transporter si rien ne se passait rapidement.
Nous étions déjà en train d’organiser la remontée lorsque Liberté a brusquement levé la tête.
Nouvelle contraction.
Très forte.
Puis une autre.
Le septième chiot est né.
Le plus petit de tous.
Presque noir.
Avec une minuscule ligne blanche sur le poitrail.
Mais contrairement aux autres, il ne faisait aucun bruit.
Liberté s’est tournée vers lui.
Elle l’a poussé du nez.
Rien.
Elle l’a poussé encore.
Je n’oublierai jamais son regard à cet instant.
J’ignore quelle émotion un chien peut comprendre exactement.
Mais elle savait que quelque chose n’allait pas.
Marc a pris le petit.
Il connaissait déjà les gestes que le vétérinaire venait de nous expliquer.
Je tenais le téléphone contre mon oreille.
— Continuez, nous disait le vétérinaire. Gardez-le au chaud.
Dix secondes.
Vingt.
Trente.
Une éternité.
Puis Marc s’est arrêté.
— J’ai senti quelque chose.
Le chiot a bougé une patte.
Une seconde plus tard, il a poussé un cri étonnamment fort pour un corps si petit.
Liberté s’est redressée.
Elle a presque essayé de nous l’arracher des mains.
Marc a ri.
Un vrai rire.
Le premier depuis que nous avions découvert l’arbre.
— D’accord, maman. Il est à toi.
Nous avons posé le chiot contre elle.
Elle l’a immédiatement ramené vers les autres.
Sept.
Sept chiots vivants.
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