Enchaînée au pied d’un arbre, elle remua pourtant la queue en voyant enfin quelqu’un approcher

Et une mère qui, quelques heures plus tôt, n’avait même pas la possibilité de s’allonger.

Nous avons attendu que son état se stabilise suffisamment pour la transporter.

Marc est remonté chercher une grande caisse et du matériel.

À notre grande surprise, dès que nous avons voulu déplacer les chiots, Liberté s’est levée.

Ses jambes tremblaient.

Mais elle a essayé de nous suivre.

— On ne va pas les voler, ma grande.

Je lui ai montré la caisse.

Elle a reniflé chacun de ses petits avant d’accepter de faire quelques pas.

Nous avons progressé extrêmement lentement jusqu’à la piste.

Je portais la caisse avec quatre chiots.

Marc en portait trois dans une seconde couverture.

Liberté marchait entre nous.

Tous les dix mètres, elle s’arrêtait pour vérifier.

À mi-chemin, elle n’en pouvait plus.

Alors Marc et moi avons improvisé une civière avec une couverture renforcée.

Nous avons installé la mère dessus.

Elle n’a pas protesté.

Elle a simplement gardé les yeux fixés sur les deux paquets contenant ses petits.

Une heure plus tard, nous arrivions à la clinique.

L’équipe nous attendait devant la porte.

Ils ont pris Liberté immédiatement.

Les chiots ont été placés sous chaleur et examinés un par un.

Nous sommes restés dans le couloir.

Nos uniformes étaient couverts de terre.

Mes mains sentaient le chien, la forêt et le métal.

Personne ne parlait.

Finalement, le vétérinaire est sorti.

— Vous l’avez trouvée au bon moment.

J’ai demandé :

— Ils vont s’en sortir ?

Il a hoché lentement la tête.

— Pour l’instant, les sept sont vivants. Certains sont faibles, mais ils réagissent bien. La mère est très déshydratée et sous-alimentée. Elle aurait probablement eu beaucoup de difficultés à terminer la mise bas seule dans son état.

Puis il s’est arrêté.

— Une journée de plus dehors aurait pu tout changer.

Une journée.

Cette phrase m’a poursuivi longtemps.

Si Marc n’avait pas entendu ce gémissement.

Si nous avions parlé plus fort.

Si nous avions emprunté une autre boucle de patrouille.

Si le vent avait soufflé différemment.

Liberté et ses sept petits seraient peut-être restés invisibles sous ce pin.

Pendant les premières quarante-huit heures, nous avons reçu régulièrement des nouvelles.

Les petits avaient été provisoirement numérotés.

Mais le personnel de la clinique trouvait cela trop froid.

Ils ont commencé à leur donner des surnoms.

Le premier, le brun foncé, est devenu Noisette.

La petite blanche avec sa tache près de l’œil : Pirouette.

Le troisième, un mâle particulièrement rond malgré les circonstances : Gaston.

La quatrième : Miette.

Le petit qui avait eu du mal à respirer : Courage.

La femelle fauve qui grimpait partout : Fripouille.

Et le dernier, celui que nous avions cru perdre au pied du pin, a reçu un nom choisi par Marc.

Espoir.

Quand je suis allé les voir trois jours plus tard, je n’ai presque pas reconnu Liberté.

Elle était toujours maigre.

Toujours fatiguée.

Mais ses yeux avaient changé.

À mon arrivée, elle était couchée dans un grand panier, sept chiots pressés contre elle.

Je me suis arrêté devant la porte.

Elle m’a regardé.

Sa queue a commencé à frapper doucement le coussin.

Boum.

Boum.

Boum.

Je me suis accroupi.

Elle a essayé de se lever.

— Non, reste là.

Je me suis approché.

Et exactement comme dans la forêt, elle a posé sa tête dans ma main.

Sauf que cette fois, elle était couchée confortablement.

Avec de l’eau à portée de museau.

Une gamelle pleine.

Et ses petits autour d’elle.

L’enquête pour comprendre comment elle était arrivée là a suivi son cours.

Je ne peux pas raconter chaque détail, mais des éléments ont permis de retrouver l’endroit où Liberté avait vécu auparavant.

Ce qui m’a surtout marqué, c’est que plusieurs habitants du secteur se souvenaient d’elle.

Une voisine nous a dit qu’elle la voyait parfois derrière un portail.

Toujours très calme.

Toujours à regarder les gens passer.

Une autre personne pensait qu’elle avait été donnée à quelqu’un quelques semaines plus tôt.

Personne ne savait exactement ce qui s’était produit ensuite.

Mais la chaîne, le cadenas et l’endroit choisi dans la forêt ne laissaient guère de doute sur une chose :

Liberté n’avait pas pu arriver là seule.

Je pensais que je serais obsédé par la personne qui l’avait abandonnée.

Pendant quelques jours, ça a été le cas.

Puis quelque chose d’autre a pris plus de place.

Les gens qui l’avaient sauvée après.

L’auxiliaire vétérinaire qui venait vérifier Espoir toutes les deux heures.

La famille d’accueil qui avait transformé son salon en nurserie.

Une dame retraitée qui apportait des couvertures propres.

Un jeune voisin qui venait simplement s’asseoir à distance pour habituer les chiots aux voix humaines.

Le couple qui avait proposé de payer une partie des soins sans demander que son nom soit mentionné.

La cruauté d’une seule personne avait conduit Liberté sous cet arbre.

Mais des dizaines de mains se sont ensuite tendues vers elle.

Six semaines plus tard, les chiots étaient méconnaissables.

Gaston ressemblait à une petite boule brune montée sur ressorts.

Fripouille était devenue une exploratrice professionnelle.

Pirouette avait découvert que les lacets étaient apparemment la plus merveilleuse invention humaine.

Courage, le plus fragile au départ, suivait sa mère partout.

Quant à Espoir, le plus petit, il avait développé un caractère étonnant.

Il n’avait peur de rien.

Chaque fois qu’un bruit nouveau retentissait, ses frères se rapprochaient de leur mère.

Lui avançait.

Un pas.

Puis un autre.

Comme pour vérifier personnellement si le danger méritait vraiment toute cette agitation.

Marc avait pris l’habitude de passer les voir.

Il prétendait que c’était « pour le suivi du dossier ».

Personne ne le croyait.

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