Le camion s’est renversé avec 30 chiens à bord… mais un seul a refusé de fuir

Je ne sais pas combien de secondes exactement séparaient la sortie du dernier chien du départ du feu.

Très peu.

Assez peu pour que cette différence me hante encore aujourd’hui.

Les secours sont arrivés rapidement ensuite.

Les pompiers ont sécurisé la zone.

Les gendarmes ont interrompu la circulation.

Les équipes présentes ont regroupé les chiens loin de la chaussée.

On m’a installé sur une civière.

Je refusais de partir tant qu’on ne m’avait pas confirmé le nombre.

— Trente, monsieur.

J’ai demandé :

— Vous êtes sûrs ?

— Trente.

Je crois que c’est seulement à cet instant que j’ai commencé à trembler.

Ils avaient quelques petites coupures.

Un chien boitait.

Un autre avait une griffe cassée.

Mais aucun n’était resté dans le camion.

Pendant qu’on me conduisait vers l’ambulance, j’ai cherché le grand fauve.

Il était assis un peu à l’écart.

Il regardait le véhicule brûler.

Sa poitrine se soulevait très vite.

Son museau avait de petites traces de sang à cause de la tôle.

Une dent semblait abîmée.

Son poil était sale et imprégné de cette odeur de carburant que je déteste encore aujourd’hui.

Pourtant il était assis calmement.

Pas comme un animal qui attend des félicitations.

Pas comme un héros de cinéma.

Juste comme un chien épuisé.

J’ai repensé à sa fiche.

Trouvé errant.

Historique inconnu.

Pas de nom.

Numéro 17.

Et quelque chose m’a frappé.

Pendant tout ce trajet, personne ne savait vraiment qui était ce chien.

Personne ne savait où il avait vécu.

S’il avait déjà eu une famille.

S’il avait été aimé.

S’il avait dormi dans une maison ou dehors.

Tout ce que nous savions, c’était qu’il n’appartenait à personne.

Pourtant, quand il avait trouvé une sortie, il n’était pas parti seul.

Je veux être prudent sur ce point.

Je ne prétends pas savoir ce qu’un chien pense.

Je ne sais pas s’il comprenait la gravité du danger.

Je suis même certain qu’il ne pouvait pas savoir qu’un incendie allait se déclarer.

Il ne connaissait évidemment pas le risque lié au carburant.

Peut-être répondait-il simplement aux cris des autres chiens.

Peut-être suivait-il un comportement social.

Peut-être avait-il compris que les autres étaient coincés.

Je ne le saurai jamais.

Mais je sais ce que j’ai vu.

J’ai vu un chien sortir.

J’ai vu ce chien se retourner.

J’ai vu ses dents tirer sur le métal.

J’ai vu vingt-neuf animaux passer par l’ouverture qu’il avait agrandie.

J’ai vu ce chien les repousser loin de la zone dangereuse.

Et je l’ai vu retourner à l’intérieur quand il en manquait un.

Cela me suffisait.

Depuis ma civière, j’ai appelé la femme qui vérifiait les fiches des animaux.

Je lui ai demandé d’approcher.

J’ai montré le chien.

— Celui-là, il était destiné à quel refuge ?

Elle a regardé son registre.

— Dans le nord-est.

J’ai secoué la tête.

— Non.

Elle m’a regardé sans comprendre.

J’ai répété :

— Il n’y va plus.

— Comment ça ?

— Dès que les démarches seront possibles, je le prends.

Elle m’a observé quelques secondes.

Puis elle a regardé le grand chien assis devant le camion qui brûlait.

Et elle a simplement répondu :

— D’accord.

J’ai passé deux jours à l’hôpital.

Mon genou avait besoin de longs mois de rééducation.

Mes côtes me faisaient souffrir à chaque fois que je riais, toussais ou respirais trop profondément.

Le premier matin où j’ai pu sortir, avec mes béquilles, je suis allé voir le chien.

Il avait été examiné.

Nettoyé.

Soigné.

Sa dent abîmée nécessiterait plus tard un traitement, mais rien de grave.

On l’avait installé temporairement dans un petit centre d’accueil.

Quand la porte s’est ouverte, il est sorti au bout de sa laisse.

Il m’a regardé.

Je ne savais même pas s’il me reconnaîtrait.

Après tout, avant l’accident, je n’étais pour lui qu’un homme aperçu quelques fois entre deux arrêts.

Il s’est avancé.

Puis il a posé tout son poids contre ma jambe valide.

Je me suis presque retrouvé par terre.

J’ai ri.

Mauvaise idée avec mes côtes.

Je me suis quand même accroupi.

Je lui ai passé la main sur la tête.

Et je lui ai dit :

— Cette fois, c’est terminé.

Il a relevé le museau.

— Plus de camion.

Il a remué la queue.

— Plus de refuge.

Encore un mouvement de queue.

— Tu viens avec moi.

Il n’avait jamais eu de nom officiel.

J’aurais pu l’appeler Chance.

Miracle.

Courage.

Tous ces noms semblaient trop grands.

Trop théâtraux.

Je voulais quelque chose qui me rappellerait simplement ce que j’avais vu.

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