On lui offrait n’importe quel chien du refuge… mais Mathis s’arrêta devant celui que personne ne choisissait

Il regardait toujours Oscar.

Puis il a ajouté :

— Mais ça va.

Il s’est tourné vers nous.

— Mon copain est parti devant.

Je n’ai pas compris tout de suite.

— Devant où ?

Mathis a levé légèrement les épaules.

— Devant moi.

Sa voix était presque rassurante.

Comme si c’était lui qui consolait deux enfants perdus.

— Il va voir le chemin avant. Comme ça, quand ce sera mon tour, je saurai qu’il est déjà passé.

Mon mari s’est assis de l’autre côté du lit.

Mathis a continué :

— Et après, on pourra courir.

Il a regardé ses jambes sous la couverture.

Puis celles d’Oscar.

— Tous les deux.

Un petit sourire est apparu.

— Là où personne n’est malade.

Je ne sais pas exactement ce qu’il existe après une vie.

Je ne prétends pas le savoir.

Mais je sais ce que cette idée a offert à mon fils.

Jusque-là, tous les adultes autour de Mathis avaient peur de ce qui approchait.

Nous essayions de cacher cette peur.

Mal.

Un enfant voit tout.

Il remarquait nos silences.

Les conversations interrompues quand il entrait.

Les yeux rouges de son père.

Ma façon de rester parfois deux secondes de trop devant sa porte avant d’entrer en souriant.

Il sentait notre peur de le perdre.

Et je crois qu’à force, notre peur était devenue aussi un poids pour lui.

Puis Oscar est parti.

Sans agitation.

Dans un lit qu’il connaissait.

À côté de quelqu’un qu’il aimait.

Et d’une manière étrange, ce vieux chien a transformé quelque chose pour Mathis.

Ce qui était une grande porte noire dans son imagination est devenu un chemin.

Oscar l’avait pris.

Oscar avait disparu de notre chambre, oui.

Mais dans l’esprit de notre fils, il n’avait pas disparu n’importe où.

Il était simplement passé le premier.

Après sa mort, nous avons fait conserver ses cendres dans une petite boîte en bois clair.

Nous l’avons posée sur le rebord de la fenêtre.

À l’endroit d’où Mathis et Oscar regardaient les oiseaux.

Les semaines suivantes, l’état de notre fils s’est dégradé.

Il parlait moins.

Il dormait davantage.

Mais une chose avait changé.

Il posait beaucoup moins de questions sur la peur.

À la fin du mois de juillet, alors que j’étais assise près de son lit, il a montré la petite boîte.

— Maman ?

— Oui ?

— Quand ce sera mon tour…

J’ai senti immédiatement ma gorge se serrer.

Il l’a vu.

— Ne pleure pas tout de suite.

Cette phrase m’a fait rire malgré moi.

Lui aussi a souri.

— D’accord. Pas tout de suite.

Il a repris :

— Est-ce qu’on pourra rester ensemble ?

— Avec papa et moi ?

— Non.

Il a montré la boîte.

— Avec Oscar.

Je suis restée silencieuse.

— Je veux qu’on soit au même endroit.

J’ai pris sa main.

— Si c’est ce que tu veux.

— Oui.

Il a fermé les yeux.

Puis il a murmuré :

— On était bien côte à côte.

Deux semaines plus tard, un matin d’août, Mathis est parti.

Dans le même lit.

Près de la même fenêtre.

Son père tenait une main.

Je tenais l’autre.

Il était très calme.

Quelques heures auparavant, il avait encore demandé que le rideau reste ouvert pour voir le jardin.

Ce que je vais dire maintenant est ce qui me permet encore de me lever certains matins.

Mathis n’avait plus peur.

Je ne dis pas qu’il n’était jamais triste.

Il l’était.

Je ne dis pas qu’il voulait nous quitter.

Il voulait rester.

Un enfant veut rester avec ses parents.

Avec sa chambre.

Avec ses dessins.

Avec la voix de son père.

Avec les tartines que sa mère coupe toujours de la même manière.

Mais entre vouloir rester et avoir peur de partir, il y a une différence.

Et à la fin, cette peur n’était plus dans ses yeux.

Je pense souvent à ce jour au refuge.

Pendant longtemps, j’ai cru que Mathis avait choisi Oscar parce qu’il avait eu pitié de lui.

Ce n’était pas ça.

La pitié regarde quelqu’un de l’extérieur.

Mathis, lui, s’était reconnu.

Tous les autres chiens du refuge se trouvaient encore dans un monde qu’il avait déjà commencé à quitter.

Ils étaient pleins d’énergie.

Pleins de lendemains.

Pleins de choses à demander.

Oscar se trouvait exactement au même endroit que lui.

Près de la fin.

Fatigué.

Encore capable d’aimer.

Encore capable de profiter d’une caresse, d’un rayon de soleil, d’une présence.

Mais sans prétendre que demain serait forcément plus grand qu’aujourd’hui.

Mathis ne cherchait pas un compagnon pour courir.

Il cherchait quelqu’un auprès de qui il n’aurait plus besoin d’expliquer pourquoi il ne pouvait pas courir.

Nous, ses parents, l’aimions plus que tout.

Mais nous étions incapables de le rejoindre complètement là où il se trouvait.

Nous voulions encore des traitements.

Des solutions.

Une semaine supplémentaire.

Un mois.

Un miracle.

Même lorsque nous disions accepter les choses, une partie de nous se battait encore.

Oscar ne se battait pas contre Mathis.

Il se reposait à côté de lui.

Voilà pourquoi ils s’étaient compris dès le premier regard.

Après la mort de notre fils, nous avons respecté sa demande.

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