Tout le monde croyait que ce motard tatoué pillait l’épave… jusqu’à ce qu’il sorte cet objet

Parce qu’il savait que le premier geste de Claire, si elle se réveillait, serait de chercher l’ours.

Et que si elle ne le trouvait pas, pendant quelques secondes terribles, elle croirait que tout ce qui lui restait de Léa avait disparu dans l’accident.

Jo avait déjà été trop souvent absent lorsque sa sœur avait besoin de lui.

Cette fois, il refusait d’arriver trop tard.

Quand le policier comprit, il ne prononça pas de grand discours.

Il regarda simplement l’ours sale dans les mains du motard.

Puis il dit :

— Je vous emmène à l’hôpital.

Jo secoua la tête.

— J’ai ma moto.

— Votre sœur est déjà partie depuis un moment.

Jo regarda la route.

Le policier ajouta :

— Montez.

Ce fut le pompier qui récupéra les clés de la moto.

Un dépanneur trouva un chiffon propre et le tendit à Jo.

— Pour la peluche.

Jo essuya doucement le visage de Biscotte.

La dame au manteau beige était toujours là.

Elle tenait son téléphone contre elle.

— Monsieur…

Jo leva les yeux.

Elle hésita.

— J’ai cru que…

Il comprit.

— Je sais.

Elle rougit.

— Je suis désolée.

Jo haussa légèrement les épaules.

— Vous n’êtes pas la première.

Cette réponse fut pire qu’un reproche.

Parce qu’elle signifiait qu’il avait l’habitude.

Dans la voiture de police, Jo garda Biscotte entre ses deux mains.

À mi-chemin, il demanda :

— Vous pouvez éviter de dire à Claire que j’ai failli me faire embarquer pour avoir fouillé dans l’épave ?

Le policier sourit malgré lui.

— Pourquoi ?

Jo regarda la peluche.

— Parce qu’elle me remercierait avant de demander si je me suis fait mal.

Le policier ne répondit pas.

Il comprit qu’il venait probablement d’apprendre plus sur cet homme en une phrase que tous ceux restés sur la route en le regardant pendant dix minutes.

Claire fut opérée.

Des côtes cassées.

Un poignet fracturé.

De fortes contusions.

Une intervention longue, mais les médecins étaient prudemment optimistes.

Jo attendit.

L’ex-mari de Claire arriva lui aussi.

Ils se regardèrent comme deux hommes qui avaient partagé trop de choses difficiles pour avoir besoin de se saluer longtemps.

— Elle va tenir ? demanda l’ex-mari.

— Oui.

Jo ne savait pas.

Mais il le dit quand même.

Après minuit, Claire se réveilla.

Ses yeux s’ouvrirent à peine.

Sa main droite bougea sur le drap.

Elle tâtonna.

Une infirmière comprit avant même qu’elle parle.

Jo se tenait encore près de la porte.

Il avait gardé Biscotte tout ce temps.

L’infirmière lui fit un signe.

Approchez.

Il avança.

Claire remua encore les doigts dans le vide.

Jo posa l’ours contre sa main.

Ses doigts trouvèrent l’oreille rose.

Puis le cœur sous la patte.

Elle inspira brusquement.

Un son sortit de sa gorge.

Ni vraiment un sanglot.

Ni vraiment un soupir.

Quelque chose entre la douleur et le retour à la vie.

Jo baissa les yeux.

— Hé, petite sœur.

Claire tourna lentement la tête.

Elle regarda l’ours.

Puis lui.

— Tu es venu.

Trois mots.

Jo sentit pourtant qu’ils contenaient quarante années de retard, de promesses ratées, de dimanches gâchés et de secondes chances.

— Oui.

Il tenta de sourire.

— J’ai même réussi à me disputer avec une voiture accidentée.

Claire eut un minuscule rire.

Puis elle murmura :

— Léa savait que tu le retrouverais.

Jo détourna immédiatement le visage vers la fenêtre.

Claire continua :

— Elle disait toujours que tu retrouvais les choses perdues.

Il passa une main sur ses yeux.

— Elle racontait beaucoup de bêtises.

— Pas celle-là.

Cette fois, il ne répondit pas.

Il resta jusqu’au matin.

Biscotte entre eux.

Claire passa neuf jours à l’hôpital.

Jo vint tous les jours.

Au début, avec un café infect acheté sur la route.

Après que Claire eut grimacé en le goûtant, il revint avec quelque chose de meilleur.

— Tu deviens bourgeois, lui dit-elle.

— Je fais ça pour toi.

Il apportait aussi des mots croisés.

Des chaussettes chaudes.

Des élastiques.

Un vieux magazine que Claire lisait chez leur mère autrefois.

Et chaque fois qu’il entrait dans la chambre, son premier geste consistait à vérifier où se trouvait Biscotte.

Le policier de l’accident passa le troisième jour.

Il avait retrouvé le portefeuille de Jo dans son véhicule.

Lorsqu’il entra, Claire dormait.

Biscotte était coincé sous son bras.

Jo dormait assis, la tête inclinée contre le mur.

Le policier déposa le portefeuille sur la table et repartit sans les réveiller.

Le cinquième jour, le dépanneur apporta une petite boucle métallique retrouvée sous le siège enfant.

— Je me suis dit qu’elle voudrait peut-être la garder.

Jo le remercia.

Le sixième jour, une enveloppe arriva à l’accueil.

Aucun nom.

Seulement quelques lignes.

« J’étais sur la route ce soir-là. Je vous ai jugé avant de savoir. J’ai filmé. J’ai supprimé la vidéo. Je suis désolée. J’espère que votre sœur guérira. »

Claire lut le mot deux fois.

Puis elle le rangea dans le tiroir où reposait Biscotte.

— Pourquoi tu gardes ça ? demanda Jo.

— Parce que les gens peuvent se tromper.

Elle leva les yeux vers son frère.

— Et parfois ils peuvent aussi changer d’avis.

Jo sourit.

— Tu parles encore de cette femme ?

Claire ne répondit pas.

Il comprit qu’elle parlait aussi de lui.

À sa sortie, Jo la ramena chez elle.

Pas en moto.

Il emprunta le véhicule de son ex-mari.

Quand ils arrivèrent, l’emplacement vide devant la maison sembla étrangement violent.

La voiture accidentée avait été déclarée irréparable.

Claire fixa longtemps la place.

Jo ne fit aucun commentaire.

Il prit Biscotte et le posa simplement sur ses genoux.

Elle caressa l’oreille rose.

— Tu sais toujours quand parler, maintenant.

— Justement, je n’ai rien dit.

— C’est bien ce que je voulais dire.

Cliquez sur le bouton ci-dessous pour lire la suite de l’histoire

Retour en haut