À 13 h 59, Belle attendait encore devant la porte… sans savoir que son maître ne reviendrait jamais

Belle a arrêté de chercher.

Elle s’est couchée sur la terre.

Elle a posé la tête entre ses pattes.

Et elle est restée complètement immobile.

Pas comme à l’hôpital.

Là-bas, elle attendait encore quelque chose.

Ici, son attitude semblait différente.

Elle ne regardait plus autour d’elle.

Elle ne se relevait plus pour chercher.

Elle restait simplement là.

Claire s’est assise dans l’herbe.

Je l’ai rejointe.

Pendant longtemps, nous sommes restés tous les trois près de Papa sans parler.

En rentrant, Belle n’a pas pris sa laisse à 13 h 30 le lendemain.

Ni le jour suivant.

Pendant plusieurs jours, le rituel de l’hôpital a semblé disparaître.

Puis, un après-midi, elle s’est levée.

Elle a regardé Claire.

Elle est allée vers sa laisse.

Mais cette fois, lorsque nous avons ouvert la porte, elle n’a pas couru vers la voiture avec la même excitation.

Elle semblait simplement attendre que nous l’accompagnions.

Claire a eu la même idée que moi.

Nous l’avons emmenée au cimetière.

Belle a traversé l’allée.

Elle connaissait déjà le chemin.

Elle s’est rendue directement devant la tombe de Papa.

Puis elle s’est couchée.

Il était presque 14 heures.

Nous sommes restés environ une heure.

À 15 heures, Belle s’est relevée toute seule.

Elle s’est étirée.

Puis elle a marché vers nous.

Le lendemain, elle a recommencé.

Et le jour suivant aussi.

Progressivement, sans que personne ne l’ait décidé, un nouveau rituel s’est installé.

À 13 h 30, Belle se levait.

Elle venait nous chercher.

Nous prenions la laisse.

Et vers 14 heures, nous arrivions au cimetière.

Elle se couchait près de Papa.

Parfois trente minutes.

Parfois une heure.

Lorsque nous avions des obligations, nous adaptions un peu l’horaire.

Belle semblait l’accepter.

Mais dès que nous pouvions, nous respections ses 14 heures.

Les saisons ont changé.

Au printemps, l’herbe a poussé autour de la tombe.

En été, Belle cherchait l’ombre d’un petit arbre voisin.

À l’automne, les feuilles s’accumulaient dans les allées.

L’hiver, nous lui avons acheté un petit manteau imperméable pour les journées les plus froides.

Le gardien du cimetière a fini par la reconnaître.

Un matin, nous l’avons croisé à l’entrée.

Il a souri.

— Voilà la visiteuse de 14 heures.

Cela nous a immédiatement rappelé l’hôpital.

« La chienne qui vient à 14 heures. »

Sauf que maintenant, l’adresse avait changé.

Cela fait plus d’un an que Papa est parti.

Belle a vieilli.

Quelques poils blancs sont apparus autour de son museau.

Elle court moins vite.

Elle dort davantage.

Mais elle a gardé certaines habitudes.

Le matin, elle attend toujours près de la cuisine à l’heure où mon père préparait autrefois son café.

Elle s’installe encore devant son vieux fauteuil.

Parfois, lorsqu’un bruit de voiture ressemble vaguement à celui de Papa, elle relève la tête.

Et presque chaque après-midi, quand arrive l’heure qu’elle connaissait si bien, elle cherche sa laisse.

Certaines personnes nous ont demandé pourquoi nous continuions.

Pourquoi conduire une chienne jusqu’à un cimetière ?

Pourquoi entretenir un rituel aussi triste ?

Ne vaudrait-il pas mieux l’aider à oublier ?

Peut-être.

Je ne prétends pas avoir une réponse universelle.

Je sais seulement que Belle ne semble pas y aller pour souffrir.

Elle s’y couche calmement.

Elle reste près de lui.

Puis elle se relève et rentre avec nous.

Elle mange.

Elle joue encore parfois.

Elle renifle tous les buissons du village.

Elle poursuit les pigeons avec l’énergie d’une chienne beaucoup plus jeune.

Sa vie continue.

La nôtre aussi.

Mais continuer ne veut pas nécessairement dire effacer.

Un jour, une voisine a posé la question à Claire.

Elle connaissait Papa depuis longtemps.

Elle savait pour Belle.

Elle avait entendu parler des visites à l’hôpital puis au cimetière.

— Ce n’est pas trop difficile, chaque jour ? a-t-elle demandé doucement.

Claire a réfléchi quelques secondes.

Puis elle a regardé Belle, qui attendait près du portail avec sa laisse.

Elle a répondu :

— Non. Elle rend toujours visite à Papa à 14 heures. C’est seulement l’endroit qui a changé.

Depuis, je repense souvent à cette phrase.

Pendant six mois, à 14 heures, Belle entrait dans une chambre d’hôpital et retrouvait l’homme qu’elle aimait.

Elle posait sa tête contre lui.

Elle restait une heure.

Puis elle rentrait.

Aujourd’hui encore, lorsque l’après-midi arrive, elle se lève.

Elle cherche sa laisse.

Elle nous regarde.

Et nous savons exactement ce qu’elle demande.

Alors nous prenons les clés.

Nous montons dans la voiture.

Nous suivons une route différente de celle d’autrefois.

Belle la connaît maintenant par cœur.

À l’arrivée, elle marche lentement entre les allées.

Puis elle s’arrête devant la même tombe.

Elle se couche.

Elle pose la tête sur ses pattes.

Et pendant un moment, elle reste là, paisible.

Comme autrefois contre le lit de la chambre 214.

À 14 heures.

Toujours à 14 heures.

Elle va encore voir Papa.

Il est simplement ailleurs.

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