Sous cette voiture abandonnée, une mère épuisée protégeait cinq chiots avec son propre corps

NOUS L’AVONS TROUVÉE SOUS UNE VOITURE ABANDONNÉE, TREMPÉE ET ÉPUISÉE, UTILISANT SON PROPRE CORPS POUR GARDER SES CINQ CHIOTS AU SEC.

— Attends… ne bouge plus.

Claire venait de s’accroupir dans l’eau boueuse et fixait l’espace sombre sous une vieille voiture sans roues, posée sur des parpaings au fond d’un terrain abandonné.

Je me suis penché à mon tour.

Pendant quelques secondes, je n’ai vu qu’une masse de poils sales.

Puis cette masse a levé la tête.

Et derrière elle, cinq minuscules silhouettes ont commencé à remuer.

C’était un mardi matin de fin octobre, dans une ancienne zone industrielle à la périphérie de Saint-Étienne.

Il pleuvait depuis trois jours.

Une pluie froide, continue, de celles qui transforment les terrains vagues en mares brunes et font disparaître les chemins sous plusieurs centimètres d’eau.

Je faisais du bénévolat depuis plusieurs années pour un petit réseau local de familles d’accueil.

Rien de très spectaculaire.

Des transports chez le vétérinaire, des animaux à récupérer, parfois des cages à installer pour attraper un chien trop méfiant.

Avec le temps, on croit s’habituer.

On se fabrique une sorte de carapace.

On apprend à ne pas ramener chaque histoire chez soi.

Mais ce matin-là, ma carapace n’a servi à rien.

L’appel venait d’un homme qui travaillait dans un entrepôt voisin.

Depuis deux jours, il entendait de petits cris derrière le grillage.

Il avait aperçu plusieurs chiots sous une voiture abandonnée et avait déposé un peu de nourriture, mais dès qu’il approchait, une chienne apparaissait dans l’ombre.

Elle ne chargeait pas.

Elle ne poursuivait personne.

Elle se contentait de se placer devant les petits.

Alors il avait appelé quelqu’un.

Quand Claire et moi sommes arrivés, la moitié du terrain était inondée.

Des herbes hautes sortaient de l’eau.

Des morceaux de béton, des palettes cassées et de vieilles ferrailles dépassaient ici et là.

Au milieu de tout cela se trouvait une berline rouillée, sans pneus, soulevée par quatre blocs de béton.

Sous son châssis, quelques dizaines de centimètres de terre étaient encore relativement protégés.

C’était là qu’elle avait installé ses petits.

La chienne était couchée sur le côté.

Elle était grande, probablement croisée de plusieurs races, avec une tête large et un pelage dont il était impossible de deviner la couleur sous la boue.

Elle était surtout incroyablement maigre.

Ses côtes formaient des lignes sous sa peau.

Ses hanches ressortaient.

Son ventre semblait presque creux.

Mais les cinq chiots serrés contre elle étaient vivants.

Ils étaient petits, peut-être âgés de quelques semaines.

Et surtout, ils étaient beaucoup moins mouillés qu’elle.

C’est là que nous avons compris.

Elle s’était placée du côté ouvert de la voiture.

Son dos faisait face à la pluie.

Les chiots étaient coincés entre son ventre et la partie la plus abritée sous le châssis.

Elle recevait l’eau.

Eux recevaient le peu de sol sec qu’il restait.

Chaque rafale froide frappait son corps avant d’atteindre les petits.

Elle était devenue leur mur.

Leur toit.

Leur dernier abri.

Quand Claire s’est rapprochée, la chienne a levé légèrement la tête.

Un son très faible est sorti de sa gorge.

Pas vraiment un grognement.

Plutôt un avertissement fatigué.

Claire s’est immobilisée.

— Regarde son état.

Elle parlait presque en chuchotant.

— Et regarde les petits.

Je les ai regardés.

Le contraste était frappant.

Ils étaient maigres, certes, mais leurs ventres n’étaient pas creux comme le sien.

Cette mère les nourrissait encore.

Claire a baissé les yeux.

— Elle leur donne tout.

Je savais ce qu’elle voulait dire.

Une chienne qui allaite a besoin de beaucoup plus de nourriture qu’un animal adulte ordinaire.

Et celle-ci n’avait probablement presque rien trouvé à manger depuis plusieurs jours.

Son corps avait donc commencé à utiliser ses propres réserves.

Elle continuait à produire du lait alors qu’elle n’avait presque plus de graisse.

Puis plus assez de muscles.

Elle se vidait pour les nourrir.

Nous ne connaissions pas encore son nom.

Plus tard, une famille d’accueil l’appellerait Reine.

Mais sous cette voiture, elle n’était encore qu’une mère sans collier, sans identification, sans maison connue.

Et lorsqu’on a tendu la main vers ses chiots, elle a fait quelque chose que je n’ai jamais oublié.

Elle s’est levée.

Je ne sais toujours pas comment.

Ses pattes tremblaient tellement que je pensais qu’elle allait retomber immédiatement.

Elle s’est redressée lentement sur quatre jambes trop fines, dans la boue froide, puis s’est placée devant ses petits.

Claire et moi avons reculé aussitôt.

La chienne vacillait.

Elle n’avait presque plus la force de tenir debout.

Pourtant, elle restait là.

Entre nous et eux.

Elle ne pouvait probablement pas se battre.

Elle ne pouvait même plus courir.

Mais elle pouvait encore faire une chose.

Être un obstacle.

Alors elle l’était.

— Elle croit qu’on va les prendre, a murmuré Claire.

La voix de Claire tremblait légèrement.

Nous sommes restés plusieurs minutes accroupis sous la pluie.

Il fallait gagner sa confiance rapidement, sans la brusquer.

Je me suis assis presque dans l’eau.

Claire lui parlait doucement.

Pas de grands gestes.

Pas de tentative pour l’attraper.

Nous avons simplement attendu.

La chienne nous observait.

Ses jambes tremblaient de plus en plus.

Finalement, elle a tourné la tête vers ses chiots.

Puis vers nous.

Encore une fois vers les chiots.

Et lentement, elle s’est recouchée.

Pas comme un animal qui s’effondre.

Elle s’est abaissée volontairement.

Elle est restée tout près d’eux, mais elle ne barrait plus complètement le passage.

Claire a avancé une main.

La chienne l’a regardée.

Puis elle a laissé Claire toucher le premier petit.

Ce moment peut sembler insignifiant.

Pour moi, il ne l’est pas.

Une chienne épuisée, seule depuis on ne sait combien de temps, entourée de cinq petits qu’elle avait protégés contre tout, venait de prendre le risque de faire confiance à deux inconnus.

Nous avons installé les chiots dans une caisse de transport garnie de couvertures sèches.

À chaque fois que l’un d’eux quittait le sol, Reine redressait la tête.

Ses yeux suivaient chacun de nos gestes.

Lorsque le dernier chiot a été placé avec les autres, nous nous sommes occupés d’elle.

Je l’ai soulevée avec une couverture.

Elle pesait beaucoup moins que ce que son gabarit laissait penser.

Sous le pelage trempé, j’avais l’impression de tenir uniquement des os et un peu de chaleur.

Dans le véhicule, elle refusait de se coucher correctement.

Elle essayait sans cesse de regarder la caisse.

Claire a compris.

Elle a entrouvert la porte de transport juste assez pour que Reine voie les petits.

Les cinq étaient là.

Serrés les uns contre les autres.

Au chaud.

Alors seulement, la chienne a posé la tête sur la couverture.

Mais elle n’a jamais détourné complètement les yeux.

Nous sommes allés directement chez un vétérinaire partenaire du réseau.

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