Sous cette voiture abandonnée, une mère épuisée protégeait cinq chiots avec son propre corps

Le docteur Laurent nous attendait.

Claire l’avait appelé pendant le trajet.

Il a d’abord examiné les chiots.

Déshydratés.

Un peu faibles.

Ils auraient besoin d’être surveillés et supplémentés.

Mais il était plutôt confiant.

Puis il s’est tourné vers Reine.

Son visage a changé.

Il a pris son temps.

Il a regardé ses gencives, son rythme cardiaque, son état d’hydratation.

Il a passé doucement les mains le long de son dos et de ses hanches.

Des analyses ont été faites.

Nous attendions dans une petite pièce pendant que les chiots dormaient enfin au sec.

Lorsque le vétérinaire est revenu, il ne nous a pas caché la gravité de la situation.

Reine n’était pas simplement maigre.

Son organisme était profondément affaibli.

Elle avait consommé presque toutes ses réserves disponibles.

Le vétérinaire nous a expliqué que son corps commençait à économiser l’énergie partout où il pouvait.

Encore quelques jours dans les mêmes conditions auraient pu faire basculer la situation.

— Si personne ne l’avait trouvée cette semaine, a-t-il dit calmement, je ne suis pas certain qu’elle aurait tenu beaucoup plus longtemps.

Puis il a regardé les cinq petits.

— Ce qui est étonnant, c’est leur état à eux.

Ils n’étaient évidemment pas en pleine forme.

Mais ils étaient nettement moins amaigris qu’elle.

Le docteur Laurent a hoché la tête.

— Elle a continué à les nourrir alors qu’elle n’avait plus de réserves.

Il nous a expliqué quelque chose de simple.

Lorsqu’un animal allaitant manque de nourriture, son organisme ne cesse pas immédiatement de produire du lait.

Il utilise d’abord ses réserves.

Puis il puise de plus en plus profondément.

Dans le cas de Reine, c’était allé très loin.

Chaque fois qu’elle avait obtenu un peu d’énergie, son corps en avait utilisé une partie pour continuer à nourrir les cinq chiots.

Le vétérinaire ne pouvait évidemment pas savoir ce qu’elle avait trouvé dehors ni dans quelles quantités.

Mais une chose était évidente.

Elle s’était maintenue au strict minimum.

Ses petits, eux, avaient continué à recevoir ce dont ils avaient besoin pour survivre.

Je pensais que le plus difficile était derrière nous.

Nous avions tort.

Parce que Reine refusait de manger.

Le vétérinaire lui avait préparé une très petite portion adaptée à son état.

Avec un animal aussi affaibli, on ne peut pas simplement remplir une gamelle et le laisser tout avaler.

La reprise alimentaire doit être progressive.

Mais même cette petite quantité, Reine n’y touchait pas.

Elle reniflait.

Puis elle détournait la tête.

On lui présentait quelques bouchées à la main.

Rien.

Claire commençait à s’inquiéter.

— Elle est trop faible ?

Le vétérinaire a attendu.

Il a observé Reine.

Puis il a suivi son regard.

La chienne ne regardait pas la nourriture.

Elle regardait l’autre côté de la pièce.

Là où se trouvaient ses chiots.

Il a déplacé légèrement la gamelle.

Aucune réaction.

Il a demandé qu’on rapproche la caisse de transport.

Immédiatement, Reine a redressé la tête.

Le docteur Laurent a eu une idée.

Les chiots avaient déjà reçu un complément adapté et étaient rassasiés.

Il les a fait installer près de leur mère, dans un espace chaud et sécurisé.

Un par un, ils se sont approchés d’elle.

Reine les a reniflés.

Elle a touché le premier avec son museau.

Puis le deuxième.

Le troisième.

Elle semblait les compter.

Le quatrième s’est couché contre son ventre.

Le cinquième a essayé maladroitement de grimper sur son frère.

Pour la première fois depuis que nous l’avions trouvée, Reine semblait respirer plus lentement.

Ses petits étaient chauds.

Ils étaient calmes.

Leurs ventres étaient pleins.

Ils étaient là.

Tous les cinq.

Le vétérinaire a alors replacé la petite gamelle près de sa tête.

Reine a continué de regarder ses petits quelques secondes.

Puis elle a tourné les yeux vers la nourriture.

Elle a reniflé.

Elle a pris une bouchée.

Claire s’est retournée vers moi.

Elle avait les yeux humides.

Reine a pris une deuxième bouchée.

Puis une troisième.

Elle mangeait lentement, couchée, avec les cinq chiots collés contre elle.

Je ne sais pas ce qui se passait exactement dans sa tête.

Il serait facile de lui prêter des pensées humaines.

Mais ce que nous pouvions observer était simple.

Tant qu’elle n’avait pas vu ses petits nourris et en sécurité, elle ne s’était pas intéressée à sa propre gamelle.

Une fois rassurée, elle avait accepté de manger.

Le docteur Laurent a soufflé.

— On va avoir une chance.

Les premiers jours ont été compliqués.

Reine devait récupérer sans aller trop vite.

Son alimentation était fractionnée en plusieurs petites portions.

On surveillait son hydratation, sa digestion, son poids, son comportement.

Les chiots recevaient aussi des compléments pour éviter que leur mère ne dépense à nouveau toute son énergie.

Mais Reine avait une obsession.

Les garder près d’elle.

Lorsqu’un soignant emportait un chiot pour le peser, elle le suivait des yeux jusqu’au retour.

Lorsqu’un petit couinait, sa tête se relevait immédiatement.

Même épuisée, elle restait attentive.

Alors les vétérinaires ont décidé qu’on ne les séparerait pas inutilement.

Quelques jours plus tard, une famille d’accueil expérimentée a accepté de prendre les six ensemble.

C’est à ce moment-là que la chienne a reçu son nom.

La famille comptait deux adultes, Sophie et Michel, dont les enfants avaient déjà quitté la maison.

Sophie nous a raconté qu’au premier soir, elle avait installé un grand couchage dans une pièce calme.

Elle avait préparé de l’eau.

Les repas.

Des couvertures.

Les cinq chiots se sont endormis presque immédiatement.

Reine, elle, est restée assise.

— Elle ne voulait pas dormir, m’a raconté Sophie. Elle les regardait.

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