Elle avait fini son service, mais ce chien terrorisé l’a empêchée de rentrer chez elle

Michel était revenu discrètement.

« Il t’a choisie. »

« Ne dis pas ça. »

« Pourquoi ? »

« Parce que je dois rentrer dormir après. »

Michel sourit.

« Justement. »

Nathalie lui lança un regard.

« Ne commence pas. »

« Je n’ai rien dit. »

Mais elle savait exactement ce qu’il pensait.

Et elle refusait déjà d’y penser elle-même.

Depuis la mort de son vieux chien, Oscar, trois ans plus tôt, elle avait juré qu’elle n’en reprendrait pas.

Oscar avait vécu seize ans.

Les derniers mois avaient été difficiles.

Il fallait l’aider à se lever, nettoyer derrière lui, surveiller ses médicaments et parfois dormir à côté de son panier quand il gémissait.

Quand il était parti, Nathalie avait rangé sa gamelle dans un placard.

Elle n’avait jamais réussi à la jeter.

Mais elle avait décidé que c’était terminé.

Plus de chien.

Plus de cette inquiétude constante.

Plus de ce vide énorme à la fin.

Alors non.

Ce chien noir n’avait pas « choisi » Nathalie.

Elle était simplement la personne assise près de lui à quatre heures du matin.

Rien de plus.

À 4 h 18, il s’approcha encore.

Son épaule toucha sa jambe.

Nathalie baissa les yeux.

Le chien resta immobile.

Elle bougea très lentement la main.

Pas pour le caresser.

Seulement pour la poser à côté de sa patte.

Le chien renifla ses doigts.

Puis il posa son menton sur sa cuisse.

Nathalie ferma les yeux.

« Oh, toi… »

Elle resta ainsi.

Une minute.

Cinq minutes.

Dix.

Quand elle osa enfin lui caresser doucement le côté du cou, il ne bougea pas.

Au contraire, il expira longuement.

Ce fut un soupir si profond qu’elle eut l’impression qu’il retenait son souffle depuis des heures.

Vers cinq heures, Nathalie commença à lutter contre le sommeil.

Elle avait tiré son gilet sur ses jambes et une vieille couverture de chantier sur ses épaules.

Le chien était maintenant collé contre elle.

Chaque fois qu’un bruit le faisait sursauter, Nathalie posait simplement sa main contre son dos.

« C’est bon. »

Petit à petit, il trembla moins.

La caméra de sécurité fixée au-dessus de la porte enregistrait toute la scène.

Nathalie n’y pensait pas.

Elle ne pensait pas non plus à son téléphone.

Elle ne prit aucune photo.

Elle n’envoya rien sur les réseaux sociaux.

Elle resta juste là.

À un moment, elle s’endormit assise contre le mur.

Sa tête pencha sur le côté.

Son bras resta posé autour du chien.

Quand Michel passa devant la caméra quelques minutes plus tard, il s’arrêta.

Il observa l’écran.

Nathalie dormait.

Le chien aussi.

La tête de l’animal reposait complètement sur sa jambe.

Michel prit un café.

Puis il revint avec une deuxième couverture qu’il posa doucement sur les épaules de Nathalie.

Elle entrouvrit les yeux.

« Ils sont arrivés ? »

« Pas encore. »

« Quelle heure ? »

« Cinq heures quarante. »

Elle souffla.

« Ma mère va me tuer. »

« Appelle-la plus tard. »

« Elle dira que je suis folle. »

« Elle aura peut-être raison. »

« Merci, Michel. »

« Je t’en prie. »

Le ciel commença à pâlir derrière les bâtiments.

Les premiers employés du matin arrivèrent.

Certains ralentissaient en voyant Nathalie assise avec le chien.

Un chauffeur lui apporta un café.

Une collègue posa une brioche sur une chaise.

Un mécanicien proposa une gamelle.

Personne ne s’approcha trop près.

Nathalie répétait toujours la même chose.

« Doucement. Il a peur des mouvements rapides. »

À 6 h 12, un véhicule utilitaire entra enfin sur le parking.

Une femme en descendit avec une couverture propre, une laisse et une caisse de transport.

Elle s’appelait Claire.

Elle travaillait pour le service intercommunal chargé de récupérer les animaux trouvés.

Elle approcha sans précipitation.

Le chien releva immédiatement la tête.

Son corps se raidit.

Claire s’accroupit à bonne distance.

« Bonjour, mon grand. »

Le chien grogna faiblement.

Nathalie sentit sa main trembler sous son poil.

« Il n’a rien fait de la nuit », dit-elle. « Mais les moteurs lui font très peur. »

Claire acquiesça.

« Merci d’être restée. »

« Je ne savais pas quoi faire d’autre. »

« Ce que vous avez fait, c’était déjà beaucoup. »

Claire posa une nouvelle laisse au sol.

Le chien n’en voulait pas.

Quand elle tenta de réduire légèrement la distance, il recula contre Nathalie.

« Je crois qu’on va avoir besoin de vous », dit Claire.

« Moi ? »

« Marchez juste à côté de lui. Ne le tirez pas. »

Nathalie se leva lentement.

Ses jambes étaient engourdies.

Le chien se leva aussi.

Il était plus maigre qu’elle ne l’avait imaginé.

Claire fixa la laisse au collier.

Puis elle avança.

Le chien resta planté là.

Elle fit un nouveau pas.

Rien.

Nathalie se plaça à côté de lui.

« Allez… viens. »

Le chien tourna la tête vers elle.

Elle avança.

Cette fois, il la suivit.

Un pas.

Puis deux.

Puis cinq.

Jusqu’au véhicule.

Arrivé devant la porte, il s’arrêta de nouveau.

Nathalie posa une main sur son épaule.

« Ça va aller. »

Il monta.

Juste avant que Claire referme la porte, le chien se retourna.

Et Nathalie eut cette sensation absurde qu’il lui demandait si elle montait aussi.

Elle avala difficilement.

« Je viendrai te voir. »

Les mots étaient sortis avant qu’elle ait eu le temps d’y réfléchir.

Claire lui tendit une petite carte.

« Appelez dans la journée. On pourra vous donner de ses nouvelles. »

Le véhicule partit.

Nathalie resta au milieu du parking.

Le soleil apparaissait à peine au-dessus des toits.

Michel arriva derrière elle.

« Tu rentres maintenant ? »

Nathalie regarda l’endroit vide contre le mur.

« Oui. »

« Tu vas revenir le voir ? »

Elle glissa la carte dans sa poche.

« J’ai dit que oui. »

« Alors tu vas revenir. »

Nathalie connaissait suffisamment Michel pour savoir qu’il ne parlait pas seulement du refuge.

Elle ne répondit pas.

Elle rentra chez elle à sept heures passées.

Sa mère avait déjà laissé deux messages.

Nathalie l’appela immédiatement.

« Tu étais où ? »

« Au travail. »

« Jusqu’à cette heure-là ? »

« Il y avait un chien. »

Silence.

Puis :

« Nathalie… »

« Quoi ? »

« Ne me dis pas que tu as encore ramené un animal. »

« Non. »

« Tu avais dix ans quand tu as caché un chaton dans ton cartable pendant trois jours. »

« J’avais onze ans. »

« Ça ne change rien. »

Nathalie se mit à rire pour la première fois depuis des heures.

« Il est au refuge. »

Sa mère soupira.

« Et toi, tu vas dormir maintenant. »

« Oui, maman. »

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