Un motard découvre une chienne suspendue après l’inondation… puis sent quelque chose bouger sous sa main

Une seule patte couverte de boue bougeait encore dans le filet suspendu à l’arbre… puis un motard tatoué comprit qu’elle ne se battait pas seule.

L’arbre se dressait là où, deux jours plus tôt, coulait encore la rivière.

Tout autour racontait jusqu’où l’eau était montée : des sacs en plastique accrochés aux branches les plus hautes, une chaise de cuisine coincée contre le tronc, des morceaux de clôture entremêlés dans les buissons.

Et, à presque quatre mètres du sol, il y avait cette chienne.

Elle était prisonnière d’un vieux filet de pêche vert, tendu entre deux branches cassées.

Son pelage bringé avait disparu sous une épaisse croûte de boue. Une large tache blanche couvrait son poitrail, une oreille était presque noire, et une fine cicatrice traversait son museau.

Son corps s’était tellement enroulé dans les mailles qu’elle ne pouvait plus bouger les pattes.

Douze motards s’arrêtèrent sur ce qui restait de la petite route agricole.

À première vue, ils n’avaient rien de rassurant.

Blousons de cuir usés, épaules larges, barbes grisonnantes, bras tatoués, mains marquées par des années de travail et bottes couvertes de terre.

Pourtant, s’ils se trouvaient là, ce n’était pas pour une balade.

Depuis quatre jours, ils transportaient de l’eau, des couvertures, des vêtements secs et des produits de première nécessité aux habitants touchés par les inondations dans plusieurs villages du sud-ouest de la France.

Luc « Le Faucon » Mercier fut le premier à descendre de sa moto.

À soixante ans, il était encore l’homme le plus imposant du groupe. Ancien technicien de lignes électriques, il avait passé une grande partie de sa carrière à grimper sur des poteaux et des arbres après les tempêtes.

Il fixa une corde autour de sa taille.

— Gardez-la tendue.

Personne ne discuta.

Le sol entre la route et l’arbre ressemblait à une mare de glaise. Impossible d’y faire avancer une moto sans risquer de l’enliser.

Les hommes prirent donc le matériel à la main.

Luc commença à grimper.

À mi-hauteur, l’odeur lui arriva.

La vase.

Le bois humide.

Le pelage trempé.

Et cette odeur aigre que les animaux dégagent parfois lorsqu’ils ont eu peur trop longtemps.

La chienne ouvrit les yeux lorsque la branche ploya sous son poids.

Elle ne grogna pas.

Elle n’en avait plus la force.

Ses yeux ambrés suivirent simplement le couteau de Luc lorsqu’il commença à couper les premières mailles.

— Doucement, ma belle. Je suis là.

Il continua de lui parler.

Pas parce qu’il pensait qu’elle comprenait chaque mot.

Mais parce qu’après ce qu’elle venait probablement de vivre, le silence lui paraissait cruel.

Le filet avait serré son ventre, son poitrail et ses pattes arrière.

Chaque fil devait être coupé séparément.

Trop vite, et la chienne risquait de tomber.

Trop lentement, et elle pouvait perdre le peu d’énergie qui lui restait.

Luc glissa un bras sous son corps.

Il coupa le dernier nœud.

La chienne s’effondra contre sa poitrine.

Et soudain, quelque chose bougea sous sa main.

Luc s’immobilisa.

Ce n’était pas un tremblement.

Il sentit plusieurs petites formes se déplacer dans des directions différentes sous l’abdomen tendu.

Puis le ventre de la chienne se contracta brutalement.

Luc baissa les yeux.

— Les gars…

En bas, Marc leva la tête.

— Quoi ?

Luc resserra son bras autour de l’animal.

— Elle va mettre bas.

Pendant quelques secondes, personne ne répondit.

Puis tout le monde se mit à bouger.

Ils descendirent Luc et la chienne avec la corde.

Dès que ses pattes touchèrent le sol, elle tenta de se lever.

Elle fit un pas.

Tourna sur elle-même.

Puis s’écroula sur le blouson que Luc venait de retirer pour la couvrir.

Autour de son cou, un collier apparaissait sous la boue.

Une petite médaille en laiton y était accrochée, mais il était impossible de lire quoi que ce soit.

La seule clinique vétérinaire encore accessible se trouvait de l’autre côté d’un pont fragilisé par les eaux.

Ils n’avaient pas le temps.

Le groupe possédait un vieux fourgon utilisé pour transporter les dons.

La chienne fut installée à l’arrière, enveloppée dans le blouson de Luc.

Claire, quarante-neuf ans, ancienne conductrice de poids lourd et probablement la meilleure au volant sur une route défoncée, prit la direction du local du groupe.

Marc monta à l’avant.

Luc resta derrière avec la chienne.

Ils n’avaient parcouru que quelques kilomètres lorsqu’elle poussa un souffle grave.

Ses pattes arrière se tendirent.

Sa tête vint s’appuyer contre le genou de Luc.

— Claire…

— Je sais.

Elle avait déjà le téléphone en main.

Un vétérinaire de garde accepta de les guider à distance.

Puis le premier chiot apparut.

Petit.

Mouillé.

Immobile.

Luc sentit son cœur tomber dans sa poitrine.

La chienne essaya de se retourner, mais ses muscles, comprimés pendant des heures par le filet, ne répondaient presque plus.

— Retirez délicatement la membrane autour de la tête, expliqua le vétérinaire. Dégagez les voies respiratoires. Ensuite, frottez-le doucement avec une serviette propre.

Luc obéit.

Rien.

Marc grimpa à l’arrière lorsque Claire arrêta brièvement le fourgon sur une portion stable.

Luc frotta encore le petit corps dans la doublure chaude de son blouson.

Dix secondes.

Quinze.

Vingt.

La mère fixait leurs mains.

Luc continua.

— Allez, petit…

Toujours rien.

Puis le thorax minuscule se contracta.

Une fois.

Deux fois.

Le chiot ouvrit la gueule.

Un cri presque ridicule tellement il était petit remplit soudain l’arrière du fourgon.

La chienne releva la tête.

Elle tendit le museau.

Et toucha doucement son petit.

Aucun des hommes ne parla pendant quelques secondes.

Même Marc, qui avait toujours une plaisanterie pour chaque situation, resta silencieux.

Onze minutes plus tard, ils arrivèrent au local.

C’était un ancien atelier mécanique loué à la sortie d’une petite commune près d’Agen.

D’habitude, on y trouvait surtout des outils, des pièces de moteur, une grande table en bois, des casiers métalliques et une rangée de motos.

Ce matin-là, tout changea.

Les motos furent poussées dehors.

Les établis furent dégagés.

Des bâches propres recouvrirent le sol.

Des serviettes furent chauffées dans un vieux sèche-linge.

Un bol d’eau fut placé près du museau de la chienne.

Le deuxième chiot naquit vingt minutes après le premier.

Le troisième suivit rapidement.

Pour le quatrième, les choses furent plus difficiles.

La chienne se crispa lorsque Luc approcha les mains.

Un grondement faible sortit de sa gorge.

Luc s’arrêta immédiatement.

— D’accord. D’accord, ma belle.

Le vétérinaire les guida par téléphone.

Quelques longues minutes plus tard, un nouveau petit corps respira contre sa mère.

Puis vint le cinquième.

Le plus petit de tous.

Marc le reçut entre ses deux grandes mains noircies par la graisse.

Il avait passé plus de trente ans à réparer des boîtes de vitesse.

Il pouvait reconnaître un problème mécanique rien qu’au bruit.

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