La famille Moreau n’avait plus de maison.
Le centre provisoire acceptait Maya dans une zone réservée aux animaux, mais accueillir une mère et cinq nouveau-nés y était impossible.
Trop de bruit.
Trop de passages.
Une température difficile à stabiliser.
Et les chiots devaient rester plusieurs semaines auprès de leur mère.
Amélie baissa les yeux.
— On trouvera une famille d’accueil.
Luc répondit immédiatement :
— Vous en avez déjà une.
Elle leva la tête.
— Comment ça ?
Il désigna l’atelier derrière lui.
— Ici.
Le groupe s’organisa.
Chaque nuit, deux personnes resteraient sur place.
On nettoierait.
On aiderait pour les repas.
On assurerait les visites vétérinaires.
Maya et ses petits resteraient là aussi longtemps que nécessaire.
La famille viendrait les voir tous les jours.
Léa donna des noms aux chiots.
Châtaigne.
Rivière.
Pierre.
Trèfle.
Et Mai.
Marc commença immédiatement à appeler Pierre « Piston ».
— Il s’appelle Pierre, corrigeait Léa.
— Oui, oui. Pierre.
Cinq minutes plus tard :
— Viens là, Piston.
— Marc !
Le vétérinaire examina Maya dès le lendemain.
Elle était déshydratée.
Ses muscles avaient été fortement sollicités.
Le filet avait laissé des marques de compression.
Mais aucun dommage interne grave n’apparut.
Les cinq chiots étaient petits, mais en bonne santé.
Selon lui, Maya avait probablement passé entre trente-six et quarante-huit heures suspendue dans l’arbre.
Elle était déjà presque à terme.
Le stress du sauvetage et de l’inondation avait probablement déclenché le travail.
Malgré tout, elle avait gardé ses cinq petits en vie.
La question des futures adoptions arriva quelques jours plus tard.
Ou plutôt, elle aurait dû arriver.
Parce que le groupe semblait avoir déjà pris une décision sans jamais l’annoncer.
Cinq chiots.
Cinq membres intéressés.
Claire choisit Trèfle, la seule femelle avec une petite marque blanche sous le menton.
Marc prétendit qu’il n’avait choisi personne.
Puis il passa vingt minutes à expliquer pourquoi « Piston » avait exactement le caractère qu’il recherchait chez un chien.
Thomas choisit Rivière.
Jean et sa femme tombèrent amoureux de Mai.
Restait Châtaigne.
Le plus petit.
Le premier-né.
Celui qui avait pris sa première respiration dans le blouson de Luc.
Luc n’avait rien dit.
Depuis le décès de sa femme trois ans plus tôt, il vivait seul dans une petite maison à la sortie du village.
Il y avait une chaise dans la cuisine.
Trop d’outils dans le garage.
Et un réfrigérateur dont le ronronnement semblait beaucoup trop fort certaines nuits.
Il ne cherchait pas de chien.
Il n’avait jamais dit qu’il en voulait un.
Un soir, après le passage de la famille, Luc resta assis près de l’enclos.
Châtaigne rampa hors de la couverture.
Il avança maladroitement sur quelques centimètres.
Puis encore quelques-uns.
Jusqu’au vieux blouson posé contre la chaise.
Il grimpa sur la doublure.
Tourna deux fois sur lui-même.
Et s’endormit.
Luc le regarda longtemps.
Marc passa derrière lui.
Il ne dit qu’une chose :
— Je crois qu’il a choisi.
Luc ne répondit pas.
Mais personne ne proposa plus jamais Châtaigne à quelqu’un d’autre.
Maya et ses petits restèrent neuf semaines dans l’ancien atelier.
Le lieu changea complètement.
Les bidons furent rangés dans des armoires fermées.
Les motos restaient dehors pendant les périodes de repos des animaux.
Une petite barrière en bois sépara l’espace des chiots du reste du local.
Claire créa même un tableau pour noter leur poids, les rendez-vous et les heures de surveillance.
Des hommes capables de discuter pendant une heure du meilleur itinéraire pour traverser les Pyrénées se mirent à débattre sérieusement de quelques dizaines de grammes pris par un chiot.
Marc installa une petite caméra au-dessus de l’enclos.
Il jurait que c’était uniquement pour vérifier la sécurité.
Pourtant, il la consultait pendant ses pauses.
Tous les soirs, la famille Moreau venait.
Léa s’asseyait près de Maya et lisait des livres empruntés à la bibliothèque du centre d’accueil.
Hugo nettoyait les gamelles et aidait à peser les petits.
Julien travaillait temporairement sur des chantiers de remise en état.
Amélie essayait de reconstruire un semblant de quotidien entre les démarches administratives et l’école.
Au bout de deux mois, une solution de logement provisoire leur fut proposée.
Ils pourraient reprendre Maya.
Mais pas six chiens.
Les adoptions restaient donc nécessaires.
Le groupe ne voulut prendre aucun raccourci.
Chaque futur propriétaire suivit les démarches habituelles.
Les chiots furent examinés, identifiés et suivis par le vétérinaire avant leur départ.
Trèfle partit la première avec Claire.
Maya la renifla longuement près de la porte.
Puis elle retourna vers les quatre autres.
Rivière partit quelques jours plus tard.
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